Lectures sexuelles [z]et électroniques, Le Morozoff, Marseille, Mai 2014. Lectures sexuelles [z]et électroniques, Le Morozoff, Marseille, Mai 2014. © Photo : Damien Chamcirkan.
Entretiens Théâtre festival

Vous y croyez ?

Détachement international du Muerto Coco

 

Parmi les différentes propositions du festival Parallèle à Marseille, le duo du Détachement international du Muerto coco jouait ses Lectures(z) Électroniques en caravane, devant le luxueux théâtre du Gymnase. L’occasion de discuter poésie, projets, poney et magie. 

 

 

Par Emmanuelle Tonnerre publié le 15 févr. 2016

 

 

Raphaëlle, vous avez étudié les lettres classiques, Maxime vous avez une formation de comédien. Et finalement, vous travaillez ensemble un répertoire de poètes contemporains, vivants et souvent non-édités… Mais que s’est il passé ?

Maxime Potard : On s’est rencontrés à la compagnie d’entrainement d’Alain Simon à Aix-en-Provence et petit à petit, on s’est tournés vers la poésie contemporaine et la poésie sonore. On a commencé avec les textes de Jacques Rebotier, parce qu’il a une approche du parler-chanter –  en plus du fait qu’il soit compositeur autant que poète – qui le place à un endroit hybride du partitionnage de texte. Donc on a commencé à travailler à cet endroit là, avec ces outils, et puis au fil du temps, on a découvert d’autres auteurs et on a gardé cette posture. Ce qui m’excite dans la poésie, c’est que c’est direct, on dit un texte, sans tout ce qu’il peut y avoir sur une scène, sans fiction… On est débarrassé de tout ça. C’est l’immédiateté qui me plait – mais pas dans le sens du temps – c’est im-médiat, quoi, comme la musique.

Raphaëlle Bouvier : Moi je dirai qu’avec la poésie, il y a un truc sur la taille aussi, on a une liberté qui fait que des fois on peut prendre des textes de trois lignes, ou de 300 pages. Pour les Lectures [z]électroniques ça permet de travailler sans cette contrainte, d’aller piocher dans le montage sans que ce soit outrageux pour le texte.

Par rapport à nos spectacles en eux même – merci, d’ailleurs, à Romain Girard avec qui on travaillait à l’époque avec le collectif Le coq est mort – dès le départ, on s’est dit qu’on allait d’abord essayer d’être bons avant de trop se structurer administrativement. Ça a pris du temps mais c’était important et ça nous a permis aussi de pouvoir faire les spectacles sans être soumis à une production ou un calendrier de diffusion qui peuvent être contraignants. Du coup, on a choisi des formes légères, transformables et adaptables partout qui sont devenues la collection des Lectures [z]électroniques qui comprennent pour le moment les Lectures sexuelles [z]et électroniques, les Urbaines, les Médicales, les Politiques, les Animales, les Familiales, les Insurrectionnelles, les Super-héroïques, les Internationales. Soit 9 volets sur les 10 prévus d’ici cet été.

 

Réalisé par Annabelle Verhaeghe.
 

Ce soir, vous avez joué les lectures dans une caravane customisée, en jauge réduite…

R. B. : On a construit la caravane quand on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas jouer les lectures dans l’espace public parce qu’on avait besoin d’absorber des gens – enfin, que des gens s’absorbent dans ce qu’on propose, plutôt.

M. P. : Il y a aussi la question du public et de toucher des gens qui ne constituent pas le public habituel des salles. Et notre moyen, pour ça, c’était d’avoir des lieux de diffusion infinis, pouvoir aller n’importe où, du festival d’art de rue au parvis d’un théâtre comme le Gymnase, à Marseille. Alors on s’est fait un théâtre miniature, esthétiquement adapté à nos Lectures, avec des jouets, des circuits imprimés et des lampes…

 

Vous avez d’autres spectacles déplaçables et adaptables partout ?

R. B. : Même si à priori, on ne voulait pas particulièrement revenir dans du travail de plateau, on s’y est remis avec Et si vous y croyez assez, peut-être il y aura un poney, que l’on a crée l’année dernière. Et effectivement, on est soumis au calendrier et aux contraintes des salles, des spectacles de théâtre… Mais on va y arriver, on va s’acharner ! (rires).

M. P. : Le poney, c’est un spectacle « d’investigation poétique et documentaire autour de la magie » qui est basée sur des textes que Raphaëlle écrit.

R. B. : En fait ça m’intéressait en tant que sujet, je n’y connaissais rien, et à ce moment là j’avais des droits Afdas à faire valoir. J’ai donc trouvé le site du Cnac de Châlons-en-Champagne et j’ai vu Raphael Navarro, magie nouvelle avec une date qui collait parfaitement. Je n’avais jamais entendu parler de lui, ça avait l’air super. J’ai rencontré plein de magiciens, je me suis intéressée à fond à qu’est ce que c’est la magie, sans focaliser sur l’opposition vraie ou fausse magie. Le spectacle mélange pas mal de choses, la magie est prise comme objet central d’investigation avec à chaque fois un texte qui donne un éclairage différent. Une fois c’est une fille qui raconte une scène ouverte magique avec son mec à Paris, il y a un vrai magicien qui a l’air vraiment magique, y’a des discours d’amour magique, y’a une fête du jambon…

 

Le Poney reprend le côté collage, montage autours d’un thème...

R. B. : C’est assez différent, tout de même, parce qu’il n’y a pas d’allers retour entre les textes comme on en fait dans les lectures, où on peut commencer un texte, en lire deux autres et revenir au premier. Le poney, c’est des textes qui s’enchainent, qui commencent et finissent. Et puis surtout, il y a Roman Gigoi qui est musicien et qui a chaque fois que j’écrivais un texte, composait au piano en même temps.

M. P. : La bonne nouvelle c’est qu’on est invités à Bruxelles en mai pour le festival Maelstrom qui va bientôt éditer le texte et on va faire une date là bas. On est assez contents et puis pour la suite, on espère très fort que l’année prochaine, Le poney pourra faire une reprise de création.

 

Vous considérez les Lectures comme un cycle achevé, alors ?

M. P. : On est en train de se dire qu’on va finir la collection thématique des Lectures et on aimerait, plus tard, se lancer dans un hors série « historique » avec des épisodes du genre Les lectures {z} antiques et électroniques, les médiévales, les renaissance… En fait, piocher dans un champ qui regrouperait tout sauf la poésie contemporaine. Faire dans les morts, quoi.

R. B. : À part quelques poètes morts que je connais bien, parce que je les ai étudiés, lus et relus, je suis assez mauvaise en poésie globalement. On a tellement focalisé sur le vivant qu’on a laissé de coté plein de choses. Et puis on s’est dit que ça pourrait être intéressant, justement, de mélanger ces langues là, avec nos pratiques de voix et de jeux pour enfants…. Dans cette dynamique là, on se disait que ce serait bien, avec nos jouets et nos jacks, d’aller plus loin dans la création, avec des sons bendés, des grosses nappes… Le fait de bender, c’est par exemple, sur les petits circuits électroniques des jouets, par un bidouillage, changer la hauteur du son. Ça fait des fréquences plus aigues et donc plus rapides et inversement avec le grave. C’est aller simplement chercher des fréquences, des nappes bizarres qui passent et les contrôler avec un interrupteur qui gère l’amplification. Ça permet d’aller plus loin dans la déformation du son et donner un coté plus noise.

 

Choisir ce format, court, déplaçable, adaptable, assez ludique, est-ce qu’il est arrivé que ça vous fasse du tort, réduise votre champ de diffusion ?

R. B. : Même si Maxime déteste le mot « entresort », c’est vrai que les lectures sont souvent rangées dans cette catégorie. C’est un format qui fait que l’on se retrouve souvent entre les balances des autres, tu vois…

M. P. : C’est le nouveau mot qui revient à la mode dans les arts de la rue : c’est comme les petits trucs entre les vrais spectacles, comme un petit trou normand… Non, je ne suis pas d’accord, qu’on soit classifiés là dedans alors que ce qu’on fait, c’est simplement une proposition courte. Par rapport aux scènes labélisées, ce qui est sûr c’est qu’on a toujours assumé notre parti pris. Effectivement, face à ces scènes là, pour se défaire de cette image, c’est un peu plus compliqué. Mais par exemple, Sylvie Gerbault du 3bisf à Aix, nous a fait confiance, elle a aimé le travail et dès qu’elle l’a vu, elle en a tout de suite parlé comme d’un truc valide, aussi important que n’importe quel spectacle de plateau. Parce qu’elle nous parlait du travail, pas du format.

R. B. : Pour moi dans ce qu’on fait, y’a vraiment un lien avec théâtre d’objet, même si évidemment, on en est très loin. Surtout dans la caravane, où on est hyper près : qu’est ce qu’on fait avec les livres, les textes imprimés ? Est-ce qu’on doit les stabiloter ? Comment on peaufine ce truc là ? Parce que je vois, les gens au premier rang, ils peuvent lire mon texte à l’envers ! On est très près, les jouets sont très visibles et le moindre trait de notre visage est fait du sens… Potentiellement, on pourrait chorégraphier ça mille fois plus. 

 

Il me faut un nouveau vagin, texte et réalisation : Annabelle Verhaeghe ; enregistrement studio et mixage : Jérémy Perrouin, août 2013.
 

Liste non-exhaustive des auteurs du Détachement international du Muerto Coco : Jacques Rebotier, Emmanuel Adély, Christophe Tarkos, Charles Pennequin, Jean-Michel Espitallier, Noëlle Renaude, Katalin Molnar, Valérie Mrejen, Annabelle Verhaeghe, Fanny Taillandier...