Malik Djoudi Malik Djoudi © Marcel Hartmann
Portraits Musique

Malik Djoudi

L’auteur-compositeur-interprète compare sa musique à une peinture électronique, tirant parti des accidents et de sa voix dégenrée. Il signe son second Album, Tempéraments, avec lequel il affirme une fragilité toute aussi intense qu’hypnotique.

Par Alain Berland publié le 20 mars 2019

Malik Djoudi fait partie de cette nouvelle génération d’auteur- compositeur-interprète qui mêle les couleurs de la poésie à celles des sons électroniques. À l'instar de Flavien Berger, Perez, Petit Prince, il a su, avec cette magnifique voix de tête dégenrée et entraînante, mettre à nu des émotions et des fragilités qui appartiennent à tous. Ce 22 mars, on pourra découvrir son dernier album, Tempéraments, mixé avec le professionnalisme de Ash Workman, le célèbre ingénieur du son qui a travaillé notamment avec Metronomy mais aussi avec l'aide précieuse d’Amaury Ranger de François and the Atlas Montain. Un second album à la fois sensible et sensuel de 12 titres qui reprend le titre éponyme que l’on a pu écouter en avant-première tout au long de l'hiver. Un cd ouvertement mélancolique composé selon les mots de Yann Chevalier, le directeur du Confort Moderne à Poitiers « par une belle personne ».

Enfant du pays, Malik Djoudi est familier de ce lieu qui donne la part belle aux fanzines, aux arts visuels et aussi aux musiques actuelles. « Le Confort Moderne a beaucoup compté pour moi, j’y ai vu mes premiers concerts, de nombreuses expositions et j’y travaille encore souvent », confie l’artiste qui se souvient par ailleurs avoir été dégoûté du solfège et de la technique par ses cours de musique au collège. « Je ne sais pas lire une partition, je ne veux pas apprendre car je souhaite préserver la magie. Pour moi la musique est sacrée, je veux collaborer avec elle avec spontanéité, et instantanéité dans un dialogue, sans savoir à quoi m'attendre. Il faut que les sons me parviennent dans la tête car ce sont eux et leurs accidents que j'approfondis sans cesse et qui me guident ; même chose pour les mots car je n'ai jamais écrit autres choses que des chansons. »

 

 

Son bac littéraire au lycée autogéré d’Oléron en poche, le jeune étudiant s’installe à 18 ans dans la capitale pour suivre les cours de sociologie à l’université. Très rapidement, il change de projet et débute les cours de l'école des musiques actuelles (ATLA) où il a pour professeur Klaus Blasquiz ; le chanteur du groupe historique Magma. Encouragé à persévérer, il travaille la voix à l’aide de jeux rythmiques et apprend surtout à respirer avec le ventre. Il y rencontre des producteurs qui le font intervenir en tant que « chanteur-mélodiste » et, dès 19 ans, il gagne suffisamment d’argent pour devenir autonome et s’offrir son premier home-studio. « Je vois le studio comme un laboratoire où émerge ma musique, où l'on teste les sonorités. J’y suis tous les jours comme un sculpteur ou un peintre et ma musique pourrait être une sorte de peinture électronique. Parfois c'est un combat et parfois une ballade mais je ne fais jamais de calcul par rapport à l'époque que l'on traverse. Toujours, j'essaie d'y arriver comme un débutant. D'oublier tout ce que je sais faire pour repartir de choses très simples. Il m'arrive d'aller chercher dans les compositions que je faisais à 20 ans, recherchant une insouciance passée. »

Après avoir envisagé de baisser les bras et puis surtout détesté sa voix, placée il est vrai différemment à l’époque où il chantait en anglais, Malik Djoudi part au Vietnam sur les traces de l'histoire familiale. Au retour, apaisé et réconcilié avec l'écriture de textes en français, il compose dans le home-studio de Poitiers son premier album tout en continuant le travail de chanteur et de danseur qu'il mène depuis dix ans avec la compagnie de Pierre Rigal. C’est alors et enfin la reconnaissance avec UN et les deux énormes titres « Sous garantie » et « Cinéma ». Un est un splendide album de huit titres, oscillant entre 3 et 5 minutes envoûtantes et pourtant dépourvues d’emphase, qui l’a conduit sur les routes pour une tournée en duo avec son ami de longue date, le musicien Greg Cadu. « J'ai réalisé seul mon premier album mais aussi le second [Tempéraments – Nda] jusqu'à la dernière phase de mixe. Pour ce dernier, je me suis simplement entouré de cuivres et d'une basse. Sinon je fais tout, la guitare, le clavier, etc. La méthode est toujours la même : je crée la mélodie et les arrangements, puis j'écris les textes et enfin j'enregistre la voix. » Une « pop sentimentale de cœur noir », pour reprendre les mots du directeur du Confort Moderne qui ajoute : « Je suis vraiment content que Malik ai trouvé sa voie, qu’il n’ait plus peur de sa sensibilité et confiance en son talent. »

 

> Tempéraments de Malik Djoudi, sortie le 22 mars