One flat thing reproduced de William Forsythe © Michel Cavalca

Carte blanche à William Forsythe

C’est un lien d’amitié fort qui unit l’Opéra de Lyon à William Forsythe. Ce ballet, chouchou français du chorégraphe star, lui dédie cet automne une carte blanche. Au programme : son monument des années 2000 One flat thing reproduced, la lettre d’amour mélancolique qu’est Quintett (1993), et une invitation faite à Fabrice Mazliah, collaborateur de longue date du chorégraphe américain, qui signe une création portée par des chants populaires : Sheela Na Gig.

Par Léa Poiré publié le 2 nov. 2021

On dit de lui qu’il a révolutionné le ballet et marqué de son empreinte un genre qu’on appelle néo-classique, soit un style à part entière qui respecte l’académisme de la danse classique tout en se permettant de détourner ses pas et de prendre quelques libertés avec ses conventions. Inutile d’y aller par quatre chemins : William Forsythe est une légende. Cet automne, l’Opéra de Lyon lui dédie une carte blanche, que le chorégraphe américain a choisi de remplir avec trois spectacles, comme autant d’éclairages sur son œuvre.

One flat thing reproduced est un monument du style Forsythe. Dix-sept danseurs au milieu de vingt tables en fer opèrent une danse pure, ciselée, au rythme tellement soutenu que la pièce est parfois surnommée les « William Forsythe’s Olympics ». Ce flux perpétuel de mouvements, caractéristique de l’œuvre du chorégraphe, apparaît comme un génial chaos organisé, un désordre orchestré. C’est aussi une pièce que le créateur a étudié sous toutes ses coutures, avec le lancement en 2009 des « Synchronous Objects », une partition numérique open-source qui révèle les modes d’organisation de cette danse. Cette partition a été la première pierre du projet Motion Bank, plate-forme de recherche de la Forstyhe Company, qui étudie les manières d’écrire, de visualiser et transmettre la danse grâce aux programmes de code informatique. Revue pour l’œil de la caméra, One flat thing reproduced a aussi fait l’objet d’un film réalisé par Thierry De May, une première dans l’œuvre du chorégraphe.

 

 

Toujours dans un flux permanent de gestes comme suspendus dans le temps, Quintett est une pièce sombre que William Forstyhe écrit en 1993, alors que sa femme est en train de mourir. Lettre d’amour autant que d’adieu, Quintett, pour cinq danseurs, se joue sur le célèbre Jesus’ Blood Never Failed Me Yet de Gavin Bryars. Composé en 1975, le morceau mélancolique qui a fait couler des larmes à plus d’un, charrie une histoire bien particulière. Alors que le compositeur travaille sur la bande-son d’un documentaire sur les sans-abris de Londres, un des rushs du tournage expose un vieil homme qui chante inlassablement un court cantique protestant de Noël, décalant parfois le rythme de ses paroles. Il n’en faut pas moins à Gavin Bryars alors attentif à la musique minimaliste, pour reprendre l’enregistrement, le mettre en boucle et y ajouter un accompagnement de cordes, guitare, basse électrique, orgue, et instruments à vents qui s’intègrent petit à petit à la voix éraillée de l’homme de la rue. Les danseurs du Quintett lui font écho par leurs étirements extrêmes et profonds déséquilibres.

Pour apporter un éclairage légèrement décalé sur l’œuvre de Forsythe, c’est un autre danseur et chorégraphe qui prend la scène. Passé par le Nederland Dans Theater aux Pays-Bas, Fabrice Mazliah a rejoint en 1997 le ballet de Francfort – alors dirigé par notre William Forsythe – puis la compagnie indépendante du chorégraphe, fondée dans la même métropole allemande. Pour le ballet de l’Opéra de Lyon, ce collaborateur de longue date qui porte en lui les outils chorégraphiques de la compagnie, imagine une danse qui intègre pleinement la voix chantée. Son titre, Sheela Na Gig, fait référence aux sculptures figuratives de femmes aux sexes ouverts, vestiges de divinités païennes ou grigri de fertilité, retrouvées dans des îles britanniques et irlandaises. Assemblage live de chant et de gestes, la création empreinte de désir et de puissance féminine lance six danseuses de la troupe lyonnaise sur la piste de chansons populaires, toutes écrites par des femmes.

 

> Carte blanche à William Forsythe par le ballet de l’Opéra de Lyon du 4 au 8 novembre à l’Opéra de Lyon ; du 2 au 10 juin 2022 à Chaillot, Théâtre National de la Danse-Chaillot, Paris