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Saturation numérique, droitisation de la société : quel spectateur cette époque fait-elle de nous ? Depuis vingt ans, crise après crise, Claire Bishop scrute l’évolution de notre regard sur les objets culturels. Et ses diagnostics font mouche : des deux côtés de l’Atlantique, les artistes la lisent et les critiques la citent. En 2012, dans le bien nommé Artificial Hells, la chercheuse scanne la tendance à l’interaction qui traverse les arts depuis les années 1960 : si tu participes, c’est toi le produit. De l’avant-garde au socioculturel, son ouvrage distingue les œuvres qui reproduisent les techniques du pouvoir de celles qui nous en émancipent. L’année suivante, dans Radical museology, l’auteure britannique imagine ce que serait un « musée radical » : sans doute celui qui repense l’histoire au présent, délaisse les « starchitectes » et expérimente. Dernièrement, elle s’est attaquée à un plus gros dossier encore : à l’ère du smartphone, sait-on encore regarder de l’art ? La réponse est oui et peut-être même mieux. S’asseoir et regarder en silence, c’est un truc de privilégié, défend la théoricienne. Les installations et performances immersives qui fleurissent çà et là induisent une « attention hybride : présente et connectée, furtive et profonde, live et online, collective et individuelle ». En bref, prendre des photos dans une expo, c’est ok. Paru en 2024 mais pas encore traduit chez nous, Disordered attention est devenu le livre de chevet d’une génération d’artistes qui créent iPhone à la main. Mais aujourd’hui, Claire Bishop n’a plus le cœur à discuter écrans et économie de l’attention. Aux États-Unis, sous Trump, chercheurs et artistes sont aux abois. Depuis New York où elle réside et enseigne, cette nouvelle voix de la critique culturelle a des préoccupations plus urgentes : comment la gauche peut-elle faire mieux ?

Un entretien extrait du numéro 128 de Mouvement




La gauche internationale retrouve espoir depuis l’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York. Comment ce soulagement se traduit-il dans les milieux culturels et académiques sur place ? 


C’est une bouffée d’air frais, bien sûr. D’autant que sa femme est artiste et sa mère réalisatrice. Ce n’est pas un hasard si sa campagne était si élaborée visuellement. Mais il devra affronter des montagnes. Son élection intervient dans un contexte très sombre. Depuis les dernières présidentielles, nous avons compris que New York n’était plus une bulle. Cette année, on a pu voir dans nos rues un cortège de supporters MAGA ou, plus récemment, une commémoration pour Charlie Kirk. Trump a donné un meeting au Madison Square Garden. ICE, le service d’immigration des &E

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