3 Works for 12 d'Alban Richard © Agathe Poupeney
Critiques Danse Musique

3 Works for 12

Alban Richard creuse plus loin encore les relations entre danse et musique. Après avoir sondé pèle mêle les partitions alambiquées de Stravinski, les beats électro d’Arnaud Rebotini, des mélodies pop ou baroques, le chorégraphe convoque cette fois-ci trois compositeurs expérimentaux des années 1970 : Brian Eno, Louis Andriessen et David Tudor. Dense et virtuose, son 3 Works for 12 présenté à la scène nationale d’Orléans n’a de minimaliste que l’apparence.

Par Belinda Mathieu publié le 9 nov. 2021

Douze danseurs et danseuses sont face à nous, alignés. Ils effectuent quelques gestes saccadés sur Hoketus, une pièce musicale de Louis Andriessen. Sur les notes entêtantes du compositeur hollandais, ils répètent ces mêmes gestes en colonne, se réorganisent dans l’espace, par groupes de trois. Ils forment un ensemble frénétique aux allures industrielles, sorte de constellation vivante où chaque interprète tisse une relation aux sonorités minimales.

La musique est primordiale pour Alban Richard, qui lui a dédié sa recherche chorégraphique. Dans 3 Works for 12 le chorégraphe propose trois moments de danse qui correspondent à trois pièces musicales de la vague minimaliste expérimentale, toutes composées entre 1975 et 1976. Malgré leur appartenance à un même mouvement, ces trois pièces nous entraînent dans des esthétiques radicalement différentes : un rythme scandé vigoureusement dans Hoketus de Louis Andriessen, des variations nébuleuses et lyriques de Fullness Of Wind de Brian Eno et des accents alambiqués et imprévisibles avec des variantes électroniques pour Pulsers de David Tudor.

 

3 Works for 12 d'Alban Richard p. Agathe Poupeney

 

Minimaliste, rien qu’en apparence

Bien que répétitive et hypnotique, 3 Works for 2 frappe par la richesse de son écriture. Elle réveille notre attention, invite à saisir les subtilités de la danse et de la musique et ouvre la voie pour pénétrer dans un labyrinthe mental aux sentiers inattendus. À travers leur danse, chaque interprète semble décortiquer la musique pour nous faire entendre ses accents intenses, une texture électrique ou la densité d’un son. Au fil des trois tableaux, les gestes, tantôt dynamiques, aériens, chaotiques, révèlent la virtuosité des danseuses et danseurs qui jouent avec précision avec leur tonicité corporelle. Tous ces paramètres s’emboîtent avec justesse pour créer un ensemble extrêmement dense, bien que minimaliste d’apparence.

Car si les costumes – shorts, baskets – sont plutôt simples et le décor quasi inexistant – mis à part une table sur le côté où les interprètes viennent se changer – on pourrait voir cette pièce des dizaines de fois sans pouvoir prétendre capter son entièreté. Comme si elle continuait de poser, encore et encore, les grandes questions qui accompagnent l'art chorégraphique : Comment la danse existe vis-à-vis de la musique ? Est-ce que l’un peut prendre le pas sur l’autre ? Comment peuvent-elles coexister et se valoriser mutuellement ?

 

> 3 Works for 12 d’Alban Richard a été présenté pour la première fois les 8 et 9 octobre à La Filature scène nationale de Mulhouse dans le cadre du festival Musica ; le 12 octobre à la scène nationale d’Orléans ; le 9 novembre au Tangram scène nationale d’Evreux-Louviers ; le 24 novembre au Théâtre scène nationale de Saint-Nazaire ; le 30 novembre au Bateau Feu scène nationale de Dunkerque ; le 3 décembre au Rive Gauche, Saint-Étienne-du-Rouvray avec l’Opéra de Rouen ; les 5 et 6 janvier 2022 au Théâtre de Caen ; du 12 au 15 janvier au Théâtre National de la Danse-Chaillot, Paris ; le 10 mai au ZEF scène nationale de Marseille dans le cadre du festival Propagations