Simple de Ayelen Parolin © François Declercq

Biennale de Charleroi danse

À la Biennale de Charleroi danse, riche en créations, Ayelen Parolin déploie le coloré et quasi grotesque Simple tandis que Lara Barsacq rend hommage à Nijinska avec Fruit Tree. Une pièce tout en douceur qui apporte sa pierre à l’édifice de réhabilitation du travail des femmes dans l’histoire de l’art.

Par Belinda Mathieu publié le 27 oct. 2021

Juste avant la pandémie, en octobre 2019, on découvrait WEG d’Ayelen Parolin1. Habituée aux compositions plutôt austères, la chorégraphe d’origine argentine amorçait alors un cycle plus joyeux, aux nuances pastel, ses huit interprètes faisant exploser une énergie jouissive sur le plateau. Toujours dans cette même direction, elle dévoile à présent Simple. Mais contrairement à ce que laisse entendre son titre minimaliste, la proposition est encore plus délurée que la précédente.

Devant un fond de scène aspergé de différentes couleurs, trois danseurs débarquent en combinaison moulante tachetée. Ils ont les yeux écarquillés, une expression ahurie et exécutent des mouvements saccadés avec une raideur comique. Ces trois clowns-danseurs provoquent les rires hilares de plusieurs personnes dans le public. Tour à tour, ils nous présentent des gestes qui paraissent tirés de chorégraphies contemporaines connues, ou classiques, à l’instar du Lac de Cygnes. Guidés par les seuls sons qu’ils produisent, ils répètent encore et encore ces mêmes séquences, traçant des diagonales et des courbes sur le plateau. Ils ne se privent pas de remplir et de maltraiter l’espace à leur disposition – à coups de bâton en bois fluo qu’ils tapent sur le sol ou qu’ils éclatent sur leurs têtes – comme s’ils voulaient l’épuiser. Leur danse parodique aux nuances pop est exacerbée par des chansons connues, comme Bésame mucho, chantées de manière ridicule. L’ensemble à la fois virtuose et grotesque, touche par sa naïveté décalée.

 

Fuit Tree de Lara Barsacq p. Stanislav Dobak

 

Comme la proposition d’Ayelen Parolin, Fruit Tree de Lara Barsacq fait la part belle à la simplicité et au retour aux sources. Quatre interprètes sont entourés d’instruments, de tableaux et de chaises. L’une d’entre eux se lance : en montrant une photo encadrée, posée sur la scène, elle commence à raconter le destin de Bronislava Nijinska, figure des Ballets Russes qui a chorégraphié soixante pièces de la compagnie. Pourtant, restée dans l’ombre de son frère Vaslav Nijinski, qui était le danseur star de cette célèbre troupe des années 1909 à 1929, Nijinska a été oubliée de l’histoire de la danse. À charge de revanche, les quatre danseuses et danseurs sur le plateau réactivent un de ses chefs-d'œuvre : Les Noces, ballet de 1923, à la modernité saisissante. Ils déplient avec ardeur cette danse qu'ils ont imaginé à partir d'archives photos de la pièce. Dans ce délire, ils font jaillir une dimension solennelle et sacrée, avec une expressivité quasi mélodramatique (à prendre au second degré), qui paraît aujourd’hui désuète. Ces moments de danse intense sont ponctués de passages plus calmes où, assis en cercle, ils parlent et jouent de la guitare. Avec douceur et fluidité, la musique se déplie comme dans une courbe, marquant un beau contraste avec la ferveur des passages dansés exaltés, exécutés sur la musique survoltée de Stravinsky. Enfin, chacun leur tour, les danseuses et danseurs citent les noms de femmes importante de leur entourage : une autre manière, tout aussi sensible que l’incarnation des danses de Nijinska, de réhabiliter les femmes et le féminin dans notre histoire.

 

1. Lire l'entretien avec Ayelen Parolin sur Mouvement.net

 > Simple d’Ayelen Parolin a été présenté les 14 et 15 octobre à Charleroi danse, Belgique dans le cadre de la Biennale Internationale de Charleroi danse, jusqu'au 29 octobre ; les 2 et 3 novembre au Lieu Unique, Nantes ; du 10 au 12 mars 2022 aux Brigittines, Bruxelles, Belgique ; du 19 au 21 mars au CENTQUATRE-Paris ; du 14 au 16 octobre 2022 au Théâtre de Liège, Belgique

> Fruit Tree de Lara Barsacq a été présenté les 15 et 16 octobre à Charleroi danse, Belgique dans le cadre de la Biennale Internationale de Charleroi danse, jusqu'au 29 octobre ; les 26 et 27 novembre à l’Atelier de Paris CDCN ; 16 décembre à la Manufacture CDCN, Bordeaux ; les 11 et 12 février 2022 au Théâtre de Liège, Belgique dans le cadre du festival Pays de Danses ; le 25 février au Theaterzaal Biekorf, Bruges, Belgique dans le cadre du festival Bits of dance ; du 17 au 19 mars aux Brigittines, Bruxelles, Belgique dans le cadre du festival In Movement