Portman et Frémaux présentant la séance. © Nicolas Villodre.
Critiques cinéma

Exodus

Nathalie Portman

Une carte postale de Cannes #2

Nathalie Portman présentait son premier long métrage à Cannes, une adaptation de Une histoire d’amour et de ténèbres, de l’auteur israélien Amos Oz. Nicolas Villodre, notre envoyé spécial nous a adressé une carte postale pour nous raconter. 

Par Nicolas Villodre publié le 27 mai 2015

Cher C,

Tu voulais à tout prix savoir comment était, d’après moi, le film d’une de tes idoles, Natalie Portman, Une histoire d’amour et de ténèbres (2014), présenté à Cannes hors compétition. Je vais te le dire franchement.

Techniquement parlant, rien à signaler. La photo de Slawomir Idziak est belle à voir, les cadrages sont soignés, le montage d’Andrew Mondsheim tout à fait correct. Le son de Niv Adiri, clair et net.

Scénaristiquement, j’ai l’impression que la réalisatrice a fidèlement adapté le roman fleuve et best-seller éponyme d’Amos Oz et qu’elle est parvenue à faire tenir les 852 pages (de la version française publiée par Gallimard en 2004, soit deux ans après sa sortie), respecté les faits, les situations, les personnages, l’esprit de l’œuvre littéraire originelle.

Scénographiquement, chaque élément de décor, chaque accessoire, chaque véhicule d’époque est bien choisi par Arad Sawat. De même, costumes, maquillages « nude » ou naturels, coiffures sont nickel chrome.

Cependant, il me semble que le film a quelque faiblesse, formellement parlant. Son aspect, à bien des égards lénifiant, peut se justifier par les tragédies auxquelles ont été confrontés les protagonistes durant la Seconde guerre mondiale et par les drames qu’ils s’apprêtent à vivre à partir de la création de l’État d’Israël, époque relatée par le roman et le film. L’esthétique est proche non pas de la production de propagande – les Palestiniens ne sont jamais diabolisés ou débinés – mais plutôt du film publicitaire. Le syndrome Guy Degrenne a encore frappé : pour évoquer le temps passé, la pellicule vire au sépia. De même, l’usage de la musique est un peu convenu, pour ne pas dire redondant et, dans certaines scènes, grandiloquent.

Ceci dit, la star y est resplendissante, comme toujours. Elle y incarne un personnage de femme complexe, d’origine lituanienne, qui passe de la joie de vivre à la mélancolie la plus sombre et nous cadeaute non seulement de ce portrait mais d’une direction de tous les autres acteurs digne d’être soulignée, s’agissant d’un premier film.

Très émue, la comédienne-cinéaste est venue simplement présenter son film, salle Buñuel. Inutile de dire que cet événement a donné lieu à une cohue indescriptible dans les différentes files d’attente organisées suivant une hiérarchie byzantine qui tient au principe énoncé par La Fontaine dans Les Animaux malades de la peste : «  selon que vous serez puissant ou misérable »...