Critiques Théâtre

Farm Fatale

Optimisme rime-t-il nécessairement avec naïveté ? Pas si sûr. Face à l’effondrement des écosystèmes et l’obsession de contrôle sur toute forme de vivant, les épouvantails du metteur en scène Philippe Quesne sont bien plus armés qu’ils ne le paraissent.

Par Agnès Dopff publié le 29 sept. 2021

 

 

Comment affronter la crise écologique ? Pas avec des interrogations existentielles, pose d’emblée la clique d’épouvantails de Farm Fatale. Nichée à flanc de toile immaculée, la pièce de Philippe Quesne nous convie aux côtés de pantins de paille à taille humaine, faces de poupées usées et démarches de robots détraqués. Réfugiés dans leur planque lumineuse, la bande se remémore d’un air résigné l’époque lointaine où les agriculteurs du monde entier avaient encore besoin de leurs services pour surveiller les champs, faire fuir les oiseaux et veiller sur les récoltes. Aujourd’hui, le seul oiseau qui reste, petite boule bricolée avec un sac poubelle, pendouille tristement au-dessus de la scène.

Installés sur leurs bottes de paille, les gugus en fourrage se font les conteurs tendres d’un monde passé, se repassent inlassablement la fraîcheur du vent, le chant des oiseaux et la belle réussite des semailles. Ni tristes, ni rancuniers, les veilleurs de champs désoeuvrés n’ont d’yeux que pour ce qui reste à sauver. Avec leur gestuelle de clowns rouillés, Sissi, Globi et les autres se chamaillent et s’enjaillent avec une spontanéité toute enfantine. Toujours ensemble, ils s’appliquent à animer une émission de radio, et entre le changement d’antenne et l’interview exclusive de la toute dernière reine des abeilles, le programme est chargé !

 

 

Derrière le ton tendre, les rebondissements improbables et les intermèdes musicaux, cette bande-là régale par le regard plein de tendresse qu’elle pose sur toute forme de vie, par la solidarité permanente des actions et des pensées, par la candeur avec laquelle, elle nous ramène à l’état du monde que l’on va laisser. Mais lorsque le voisin, ultime représentant d’une lutte à mener, vient menacer la planque tranquille des épouvantails, les pantins se fâchent tout rouge et se concertent en urgence. Sous le réenchantement de notre monde abîmé, la révolte gronde.
 


Farm Fatale de Philippe Quesne, du 29 septembre au 3 octobre à la Commune, Aubervilliers ;  du 17 au 19 novembre au Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon ; du 24 au 27 novembre au Théâtre Garonne, Toulouse