Graces de Silvia Gribaudi © Riccardo Panozzo

Graces

Inspiré des postures des sculptures ou peintures des trois grâces – déesses antiques du charme, de la beauté et de la créativité – Graces déverse sur la scène un torrent de bonne humeur. La chorégraphe italienne Silvia Gribaudi y affirme un regard féminin trouble et désobéissant, puisque désirant des corps masculins, sans jamais en faire des objets.

Par Léa Poiré publié le 19 janv. 2022

Trois hommes, chaussettes hautes, short lycra et torse nu, nous accueillent l’air un peu sonné. « Thank you » répètent-t-ils en boucle, pointant du doigt les spectateurs, les autres performeurs et leur propre poitrine. Durant cette cérémonie de remerciements qui ne tarde pas à déclencher les rires, la chorégraphe Silvia Gribaudi au corps pulpeux et à la mine malicieuse a rejoint les garçons. À chaque pirouette, chaque pas de danse presque proche d’un numéro d’aérobic, chaque air d’opéra grandiosement exécuté, le groupe se congratule d’un « magnifique », tout en s’applaudissant. Après seulement trente minutes de performance et quelques saluts, ils s’avancent au bord du plateau pour entamer une discussion avec le public, comme pour anticiper ce format de médiation qui permet de rencontrer les artistes à la fin d’une représentation. Mais Graces est loin de nous avoir encore partagé toute sa positive-attitude.

 

 

Quand la musique aux accents techno reprend, les trois hommes, alors nus, déplient une lente série de postures tout droit venues de la statuaire grecque. La chorégraphe dit d’ailleurs s’être inspirée des Trois Grâces, les filles de Zeus, et plus particulièrement des versions qu’en a fait Antonio Canova entre 1812 et 1817. Sculptant leurs courbes, érotisant leur sueur, mais cachant pudiquement leurs sexes en privilégiant les poses de profil, Silvia Gribaudi affirme un regard féminin qui les sexualise sans pour autant les réifier.

Dans une apothéose de joie, le groupe entier termine enfin sa course sur un plateau trempé d’eau, enchaînant les glissades, les séquences de voguing, de Haka, de Kung fu, ou des poses de Power Rangers. Impossible d’effacer notre sourire au sortir de la salle. Spectacle-doudou qu’on aimerait toujours garder près de soi, Graces est aussi un spectacle-énergie pour recharger ses batteries. « You have the power » nous avaient dit les garçons, avant de s’échapper en coulisses.

 

> Graces de Silvia Gribaudi les 21 et 22 janvier à Pôle-Sud CDCN, Strasbourg dans le cadre de l'Année commence avec elles ;  du 25 janvier au 6 février avec le Malraux scène nationale Chambéry-Savoie dans le cadre de Savoie Nomade ; le 29 mars au Théâtre de Vanves dans le cadre du festival Artdanthé ; le 24 mai à KLAP, Marseille