Je suis Alice Davazoglou. Je suis trisomique normale mais ordinaire de Alice Davazoglou
Critiques Danse dessin Livre

Je suis Alice Davazoglou

Alice Davazoglou est une jeune artiste - danseuse, chorégraphe, dessinatrice, auteure et pédagogue - porteuse de trisomie 21. Par un livre aux allures de conte réunissant des textes et ses dessins, elle porte haut ses convictions : les personnes en situation de handicap sont différentes mais ordinaires.

Par Léna Hervé publié le 29 sept. 2021

On aurait envie de qualifier l’entreprise d’extraordinaire. Pourtant, l’est-elle vraiment ? Est-il si insolite qu’une artiste porteuse de trisomie 21 publie un livre qui mêle des textes et ses propres dessins ? Qu’elle revendique qu’on l’écoute ? Qu’elle puisse se définir à la fois différente et ordinaire ? Elle, c’est Alice Davazoglou. La jeune femme de 35 ans danse depuis près de 20 ans et donne des cours dans les écoles. Elle est membre, aux côtés de sa mère Françoise, de l’association ART21 qui, basée à Laon dans les Hauts de France, propose des ateliers de danse pour personnes porteuses de handicap et personnes dites valides. Mue par la volonté de faire ce qu’elle aime et de montrer les personnes atteintes de trisomie 21 sous un autre jour, elle a signé Je suis Alice Davazoglou. Je suis trisomique normale mais ordinaire, un petit livre illustré aux airs de conte pour enfants. Derrière ce titre qui interpelle, une idée toute simple : les personnes handicapées sont différentes mais comme tout le monde. Se raconter pour faire savoir « qui on est », cette intention, Alice Davazoglou la porte aussi à la scène avec sa mère Françoise dans la pièce De Françoise à Alice, orchestrée par le chorégraphe Mickaël Phelippeau.

En 21 mots, avec cet ouvrage qui s'ouvre par le recto ou le verso, Alice livre aussi bien sa personnalité que son parcours étonnant. D’ « Amoureuse » à « Tristesse », elle égrène les différents aspects de sa vie : son couple, son quotidien, son travail, ses rêves et ses peurs. Avec un questionnaire en neuf points auquel elle se soumet elle-même, elle fait le portrait de seize de ses amis, eux aussi porteurs de trisomie 21. Ils s’échangent leurs visions du handicap et une passion commune qui les rassemble : la danse. Le style est simple et la langue parfois enfantine renforce des idées fortes et images d’une grande douceur. L’occasion de découvrir les personnalités et les vies somme toute très ordinaires de ceux que l’on a de cesse d’exclure et de cacher. Chaque portrait, chaque mot de l’abécédaire, est accompagné de dessins à la gouache d’une grande qualité : des corps en mouvement, des visages, des gestes et des expressions diverses, comme autant de variations du regard de chorégraphe qu’Alice porte sur ses pairs.

« Nous aussi, on a des choses à dire », nous rappelle-t-elle, « il faut que les non-handicapés comprennent qu’on peut être trisomique et danseur ou danseuse, et même, transmettre la danse à d’autres ». Un travail poétique et politique, que ce soit dans son sujet ou dans son traitement, puisqu’en plus de son message, Alice a choisi d’écrire son livre de manière collective, insistant sur la nécessité d’être et de penser ensemble, avec ou sans handicap.

 

> Je suis Alice Davazoglou. Je suis trisomique normale mais ordinaire de Alice Davazoglou éditions de L’Échangeur CDCN, 14€

> Je suis Alice Davazoglou exposition des dessins de Alice Davazoglou jusqu’au 9 octobre à l’Échangeur CDCN, Château-Thierry

> De Françoise à Alice de Mickaël Phelippeau du 28 au 30 septembre au Quartz, Brest ; le 6 octobre à l’Échangeur CDCN, Château-Thierry ; les 12 et 13 octobre à l’Espace 1789, Saint-Ouen ; les 19 et 20 octobre au CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy ; les 9 et 10 novembre au Dancing CDCN, Dijon ; le 25 novembre au Maison des Arts et Loisirs, Laon, en partenariat avec l’Échangeur CDCN dans le cadre du festival NEXT ; le 11 décembre à l’Atelier de Paris CDCN ; les 15 et 16 décembre au Théâtre de l’Entresort, Morlaix ; le 19 janvier 2022 au Théâtre Francine Vasse, Nantes ; les 18 et 19 février au Carreau du Temple, Paris ; le 8 mars à la scène nationale d’Orléans ; le 21 mars à KLAP, Marseille ; les 24 et 25 mars au Théâtre du bois de l’Aune, Aix-en-Provence ; les 3 et 4 mai à la Maison de la Culture de Bourges