La Caresse du Coma ft. YOLO de Anne Lise Le Gac © YOLO
Critiques Performance

La Caresse du Coma ft. YOLO

Avec sa présence magnétique, on suivrait Anne Lise Le Gac à peu près partout, jusque dans ce spa croate quatre étoiles, où elle situe l’action de sa série La Caresse du Coma. À L'Arsenic de Lausanne, dans un nouveau chapitre de cette création à laquelle elle se refuse pour l’instant à mettre un point final, la performeuse continue de raconter ses aventures brumeuses et tarabiscotées, en insufflant à la scène un relaxant esprit épicurien.

Par Léa Poiré publié le 13 oct. 2021

On entre dans les créations d’Anne Lise Le Gac comme on ouvre une boîte à outils : en dépliant un a un des casiers en escaliers, pour y découvrir de nombreux petits compartiments en désordre, regorgeant de boulons, vis et clous. La Caresse du Coma, sa création en plusieurs épisodes – à chaque fois titrés comme un featuring avec un nouveau personnage – est bâtie sur une structure narrative solide comme un mur porteur, autour de laquelle la performeuse bricole des aventures farfelues. Le tout avec un lexique de son invention, aussi tordu que désopilant.

Dans son espace tout aménagé – suspensions fumantes et poteries en céramique qui dégringolent du plafond, grande cabane cabossée faite en lino blanc, éclairage violacé – notre hôte est occupée, lorsqu’on arrive, à performer un numéro de claquettes flamenco, en face-à-face avec le musicien Loto Retina, penché sur ses platines. Mais après un dernier coup de talon, Anne Lise Le Gac enfile toge-peignoir blanche et tongs en plastique, et en profite pour nous téléporter, d’une simple phrase, dans un spa quatre étoiles croate. Ce lieu est la seule chose concrète qu’elle ait gardé de l’expérience qui a inspiré sa série, avant qu’elle ne s’en détache : son expérience sur le tournage du documentaire Bonheur Académie des réalisateurs Alain Della Negra et Kaori Kinoshita, filmé en 2015 au cœur de l’université d’été des Raëliens, un mouvement sectaire fondé par un Français qui aurai été en contact avec des extraterrestres.

 

« Symbioses numériques » de Anne Lise Le Gac dans La Caresse du Coma ft. YOLO

 

Après avoir, dans les épisodes précédents, rencontré « Coach », puis « Pirate » et enfin une dénommée « Ange 92Kcal »1, Anne Lise Le Gac découvre à présent Vierge Liquide : une sorte de souffle énergétique ou philosophie épicurienne du « YOLO », acronyme anglais pour « you only live once ». Ce personnage nous invite, rien que par son nom, à éveiller tous nos sens. Et Anne Lise Le Gac de nous proposer de respirer à pleins poumons l’air du petit sachet qu’elle a laissé sur nos sièges et qui sent bon l’humus de la forêt. De souffler dans les flutes qu’elle nous distribue, pour ajouter à l’ambiance sonore enveloppante. Puis de venir sur scène découvrir ses cocktails – dits de « concentrés ultra fonciers » – réalisés à partir de décoctions maison : sirop de fleur de sureau, eau de citron, jus de gingembre, vodka et feuilles de basilic. Et de les déguster installés sur des coussins moelleux, entièrement absorbés par l’espace recouvert de brume et la musique qui prend soudain le dessus sur la parole, tissage de sons d’ovnis et de rythmes électro, vibes des années 90’ à tendance New Age.

En ouvrant la porte du studio sur la ruelle taguée, pour y faire entrer un peu d’air et terminer La Caresse du Coma ft.YOLO, Anne Lise Le Gac et Loto Retina, magnétiques l’un comme l’autre, semblent surtout nous faire une proposition : elle de s’autoriser à « freestyler » un peu plus sa vie, à remixer ce qui nous entoure, à inventer notre propre langage et se lâcher un peu. Comme on relâcherait la pression dans un bon bain chaud.

 

1. lire la critique La Caresse du Coma ft. ANGE 92Kcal sur Mouvement.net et le portrait d’Anne Lise Le Gac dans Mouvement n°95

> La Caresse du Coma ft. YOLO de Anne-Lise Le Gac a été présenté pour la première fois en représentation professionnelle le 31 janvier 2021 à La Friche de la Belle de Mai dans le cadre du festival Parallèle, Marseille ; du 7 au 10 octobre à l’Arsenic Centre d’art scénique contemporain, Lausanne, Suisse ; le 1er décembre à Buda, Courtrai dans le cadre du festival NEXT ; le 4 décembre au Veem house for performance, Amsterdam, Pays-Bas ; en janvier à Marseille dans le cadre du festival Parallèle ; les 22 et 23 avril 2022 au Nouveau Théâtre de Montreuil