La Chaleur de Madeleine Fournier © Margaux Vendassi, François Segallou, Parallèle
Critiques Danse Musique

La Chaleur

De chansons joueuses en rondes amicales, la dernière création de Madeleine Fournier apporte une dose bienvenue de réconfort. Mais à se laisser cajoler, on finit par s’embraser et se brûler. Avec La Chaleur, la chorégraphe transpose l’air de rien la problématique du réchauffement climatique à l’échelle des corps.

Par Léa Poiré publié le 28 avr. 2021

Sur scène, cinq amis entament une ronde réconfortante et cajoleuse. Des vibratos s’en échappent, timidement d’abord, avant de muer en chansons polyphoniques tandis que la ronde se transforme en arc de cercle. Tout au long de son épopée chantée et dansée, le groupe est porté par les compositions baroque de l’Anglais Henry Purcell et accompagné, pour seuls instruments de musique, des vibrations de longs pans transparents, suspendus au plafond. Avec La Chaleur, la chorégraphe Madeleine Fournier procède par accumulation de calques, de mouvements et de sons dans une ambiance oscillant entre des teintes de couleurs primaires et pastels.

« La voix est pour moi une façon de donner à voir ce soi déployé, cette présence plus large que l’échelle de nos corps, c’est donner à voir notre âme virevoltante, englobante, chaleureuse, aimante, riante, joueuse », écrit-elle à ses interprètes avant la présentation de cette nouvelle création devant les professionnels du festival Parallèle à Marseille. « Nos cinq voix sont un seul corps de joie qu’on veut partager parce que ça déborde. Cela peut paraître un peu hippie mais j’y crois et la pièce ne m’intéresse qu’en cela », précise la chorégraphe qui a embarqué son équipe de danseurs pendant plus d’un an dans un travail de longue haleine, trois semaines de cours avec un chef de chœur et accompagnement par une « accoucheuse de voix » à l’appui.

 

 

Mais cette paisible harmonie déraille. Soudain, la superposition de chants et de danses se brouille, comme si la scène toute entière avait été chauffée à blanc : les corps fondent, dégoulinent, les voix se font fantomatiques et vacillent vers des sanglots, la tonalité bascule du majeur au mineur, les visages affichent des grimaces de dégout ou se tordent en bâillements grotesques. Dans La Chaleur, on retrouve la prédilection de Madeleine Founier pour les glissements de gestes et de significations. Dans son précédent solo, Labourer, la danseuse s’emparait du pas de bourré médiéval pour basculer vers des gestes paysans, labourant le plateau avec une fourche invisible. À présent, elle prend toute la mesure de son titre et de son ambivalence : la chaleur est aussi réconfortante que destructrice. S’il n’est jamais explicitement nommé dans la pièce, le réchauffement de notre planète n’est pourtant pas très loin. Il s’immisce déjà dans ces corps, bouillants.

 

> La Chaleur de Madeleine Fournier a été présentée en représentation professionnelle le 27 janvier dans le cadre du festival Parallèle à Marseille ; le 8 mai en représentation professionnelle dans le cadre du festival June Events à l’Atelier de Paris CDCN ; les 5 et 6 juin à BUDA Kortrijk, Belgique ; les 19 et 20 juin à La Raffinerie de Charleroi Danse à Bruxelles, Belgique