Monstro du Collectif Sous le Manteau © Albertine Guillaume

Monstro

Ni les reports intempestifs imposés par la crise sanitaire, ni les deux remplacements au sein de l’équipe n’auront réussi à envoyer la toute première création du collectif Sous le Manteau au tapis. Avec Monstro, spectacle exclusivement dédié au mât chinois, les sept acrobates témoignent finalement moins des bassesses de l’humain que de sa capacité à faire œuvre commune.

Par Agnès Dopff publié le 27 sept. 2021

Sur un plancher autonome imaginé de toutes pièces par le collectif Sous le Manteau, sept poteaux noirs se tiennent bien droit. La forêt de pylônes est assurée par une toile de câbles et de fils métalliques. À l’avant-scène, sept paires de chaussures alignées nous attendrissent par leur petitesse dans l’espace. Ensemble, les sept machinistes de Monstro font une entrée silencieuse par les mêmes portes que celles empruntées par le public un peu plus tôt, pour venir se poster chacun devant l’un des mâts. Ensemble encore, et au signal qu’eux seuls semblent pouvoir entendre, ils partent à l’assaut de leurs troncs en métal. Communauté arboricole aux airs de malins primates, les membres du collectif titillent leurs agrès, s’élèvent de quelques mètres et reviennent au sol, bientôt portés par les rythmes électro d’un accompagnement sonore signé Simon Saï-T Toutain.

Entre déplacements à l’unisson et percées individuelles, la bande de Monstro tutoie les cimes et flirte avec le sol. Parfois pratiqué en binôme, mais le plus souvent en solitaire, le mât chinois se révèle ici en agrès collectif, dans une distribution qui ne laisse plus les femmes sur le banc de touche. Dos à dos, pieds contre pieds, tous les appuis sont bons pour multiplier les acrobaties au-dessus du sol et donner une illusion de lévitation. Que ce soit dans les airs ou sur le plancher de la scène, la moindre contrainte matérielle est intégrée avec ingéniosité à l’écriture du mouvement, jusqu’aux sangles de maintien des mâts devenues elles-mêmes point d’appui et objet d’esquive. Et si le titre de la pièce nous promet le plus sombre de l’humain, c’est surtout de la prouesse technique et de l’évidente capacité d’écoute collective de ce petit groupe dont on se souviendra.

> Monstro du collectif Sous le Manteau a été présenté le 3 juillet au Grand Sud par le Prato de Lille, dans le cadre du festival des Toiles dans la Ville ; les 4 et 5 novembre au Domaine d’O, Montpellier ; le 9 novembre au théâtre des Jacobins, Dinan ; le 12 novembre au Carré, Château-Gontier ; les 17 et 18 décembre au CDN de Sartrouville ; le 29 mars 2022 à La Rampe, Echirolles ; le 31 mars au Dôme, Albertville ; les 5 et 6 avril au Théâtre de Bourg-en-Bresse ; les 12 et 13 mai aux Rotondes, Luxembourg