Parloir de Delphine Hecquet © Simon Gosselin
Critiques Théâtre

Parloir

Le temps d’une visite au parloir – 1h10, montre en main –, une jeune femme décide de briser le silence. Face à elle, sa mère, condamnée neuf ans plus tôt pour le meurtre du paternel violent. Après Balakat (2015), consacré au quotidien d’une détenue, la metteure en scène Delphine Hecquet se tourne cette fois du côté des victimes collatérales de la prison, elles aussi passibles d’errance dans les couloirs du système pénitentiaire.

Par Agnès Dopff publié le 25 mars 2022

Ces derniers temps, les représentations des prisons françaises parvenaient à résister un peu aux stéréotypes dont nous arrosent les séries en ligne et les reportages choc grâce, notamment au travail appliqué de chercheurs et journalistes, parmi lesquels Charlotte Bienaimé et sa série de podcasts Femmes violentes, les représentations du quotidien dans les prisons françaises résistent un peu aux stéréotypes. Avec un titre annonciateur, Parloir, la seconde création consacrée par Delphine Hecquet à la vie en centre de détention, promettait d’apporter une nouvelle pierre à l’édifice de la désinformation. Le temps d’une visite, la metteure en scène nous fait passer de l’autre côté des portes blindées. Mais à trop vouloir coller au récit d’une détenue qui refuse l’enfermement, la pièce efface finalement toute la matérialité du milieu carcéral, jusqu’à rejouer quelques clichés.

Au signal métallique d’un claquement de porte électronique, une jeune fille s’avance seule sur l’estrade rectangulaire placée en milieu de scène. Dans le confort glacial d’une table en bois cernée par deux chaises, l’enfant retrouve sa mère, condamnée à la restriction de liberté suite à un homicide sur conjoint. Ici, pas de réalisme obscène, pas de matons singés en coin, seulement une grande façade grisâtre en fond, pour figurer la taule et fermer la vue. Face à face, les deux générations de femmes se reniflent, se scrutent et réchauffent les liens.

À l’histoire des retrouvailles s’ajoute celle d’un couple, d’abord solide et uni, puis à l’équilibre vacillant et enfin plongeant dans la spirale de la violence. Le récit minutieux de la mère nous embarque dans l’intimité bien cachée du salon conjugal, celui de la fille complète la scène depuis ses souvenirs d’enfant terrorisée planquée à l’étage. Mais cette partition à deux voix nous parvient dans un débit continu, presque tranquille, livré comme un conte depuis ce parloir aux allures un peu trop paisible. Les corps, eux, apparaissent trop statiques, presque scolaires.

Ni complètement dans l’espace domestique, mais plus du tout dans l’espace du parloir, le dialogue entre les deux femmes multiplie finalement si bien les élisions et euphémismes que l’ensemble finit par prendre des allures de synopsis racontés à l’heure du thé. On aurait aimé qu’après le temps des silences et des effacements, vienne celui des tabous qui se dénouent. 


> Parloir de Delphine Hecquet, du 15 au 18 mars à La Comédie de Reims ; le 29 mars à Espaces Pluriels, Pau