ceux-qui-vont-contre-le-vent de Nathalie Béasse © Christophe Raynaud de Lage
Critiques Théâtre

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Patchwork de tableaux vivants tricotés sous nos yeux, ceux-qui-vont-contre-le-vent offre une cure de jouvence à nos esprits confinés. Pour cette pièce aux teintes théâtrales, chorégraphiques et résolument plastiques, Nathalie Béasse mène son équipe d’interprètes comme les navettes juvéniles d’un grand métier à tisser.

Par Agnès Dopff publié le 20 janv. 2022

Ici, pas de majuscule et pas de point, pas de début et pas de fin. Laissant les grands récits au placard, Nathalie Béasse poursuit avec ceux-qui-vont-contre-le-vent son travail de création centré sur les liens entre humains. À voir les sept interprètes débouler dans la salle de théâtre comme dans une cour de récré, à les voir encore s’emparer des objets laissés aux abords, on serait vite tentés de croire à des scènes d’improvisation.

Pris dans une folle partie de galipettes, une bataille d’eau ou un chat perché, les acteurs et actrices bien adultes se défoulent avec le sérieux de l’enfance. Au gré du vent, les distractions s’entrechassent, les rires légers se ponctuent de chamailleries récurrentes. Dans ce monde de jeu permanent, les objets du quotidien – table, couverts et vêtements – deviennent des partenaires à part égale avec les humains.

Et c’est bien là tout l’art de Nathalie Béasse. De sa formation initiale aux Beaux-Arts, elle conserve une attention centrale aux matières et aux couleurs. Sur scène, costumes et accessoires de seconde main sélectionnés avec minutie portent avec eux les récits de vie nichés dans les instants les plus ordinaires. Ainsi la table du dîner devient la montagne d’une ascension renversante, l’assiette fait masque, et la nappe se transforme en monstre vorace qui engloutit un à un les convives. Tout à la fois point de départ et d’arrivée, les chaises, bâches et bouquets concentrent l’attention et matérialisent mieux que les mots les interactions organiques entre chaque membre du groupe humain.

Débordement permanent d’une pose à peine tenue, les scènes qui bourgeonnent et se fanent aussitôt régalent de joie autant qu’elles laissent ensuite planer le spectre de leur disparition. Que l’on soit complètement embarqués dans la vision nostalgique de ce paradis perdu, ou laissés spectateurs de ces éclats sans filtre, ceux-qui-vont-contre-le-vent offre au moins le plaisir de faire prendre l’air à nos petites boîtes crâniennes.

 

> ceux-qui-vont-contre-le-vent de Nathalie Béasse, du 11 au 14 janvier à La Comédie de Clermont-Ferrand ; du 3 au 18 février au Théâtre de la Bastille, Paris ; les 2 et 3 mars au Théâtre de Lorient ; les 17 et 18 mars au Maillon, Strasbourg ; les 29 et 30 mars à La Rose des Vents hors les murs à la Condition Publique, Roubaix