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Un blanc immaculé recouvre la scène. Pas de décor, pas de son, ce monde-là paraît bien vide. Et pour cause, toutes les espèces vivantes ont disparu, humains compris. Cinq rescapés font leur entrée, des épouvantails de bric et de broc aux faces de poupées usées et à la démarche robotique. Bottes de foin sous le bras, la scène se transforme en refuge improvisé. D’un air las, la bande se remémore l’époque où les agriculteurs avaient encore besoin de leurs services pour veiller sur les récoltes et faire fuir les oiseaux. Le seul oiseau qui reste, petite boule bricolée avec un sac poubelle, pendouille tristement au-dessus de la scène. Comment affronter la crise écologique ? Pas avec des interrogations existentielles, nous assure la clique en paille de Farm Fatale.


Imaginée en 2019 et représentée des dizaines de fois en France et en Europe, la pièce de Philippe Quesne se penche à nouveau sur le sort des êtres non humains, thème de prédilection du metteur en scène et des arts vivants. Le voilà abordé cette fois-ci par l’angle de l’agriculture, mais sans surjouer le champêtre. Au contraire, dans ce monde-là, tout est artificiel. Le chant des oiseaux est enregistré sur cassette VHS et les empaillés comptent pour seul compagnon un cochon androïde. La faute à qui ? À l’humain bien sûr, et à sa quête de productivité et de profits aux dépens des écosystèmes qu’il habite. Politique, la pièce échappe néanmoins au didactisme et à la leçon de morale. Ni tristes, ni rancuniers, les veilleurs de champs désœuvrés n’ont d’yeux que pour ce qui reste à sauver. Ils se chamaillent et s’enjaillent avec une spontanéité toute enfantine et une gestuelle de clowns rouillés. La bande se fabrique même sa propre station radio, prétexte à des mini-concerts et autre sketchs – une interview de la toute dernière reine des abeilles est au programme. Bottes de foin et projos colorés, le tout ressemble à un festival DIY dans une ferme agricole.


Derrière ce festin de loufoqueries, Philippe Quesne et ses camarades posent un regard tendre sur leur environnement et les formes de vie qui l’habitent. Nous voilà confrontés à l’état dans lequel nous nous apprêtons à rendre le monde après notre passage. Le ton serait presque rassurant, mais pas naïf, et sûrement pas docile. Lorsque le voisin des épouvantails menace leur planque, voici les pantins en militants écologiques prêts à passer à l’action. Sous le réenchantement de notre monde abîmé, la révolte gronde.



Farm Fatale de Philippe Quesne


 du 15 au 19 avril à la MC93, Bobigny


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