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Glissée dans la peau de son double aigri à l’improbable accent italien, Stéphanie Aflalo assure la médiation de son propre spectacle en guise d’introduction et redouble d’attention à l’égard de son public. Sortie de secours, consignes de sécurité, mesures d’évacuation d’urgence : tout y passe. Une fois la logistique bien assurée, vient le balisage des questions de sens. Il ne faudrait surtout pas, grand dieu, que le spectateur se retrouve livré à lui-même !

Figure spectrale et hyper-cartésienne coincée dans l’écran d’une petite télé, la Stéphanie metteure en scène s’offre les services de son double bien en chair, Stéphanie l’interprète, sobrement recrutée au poste d’assistante intellectuelle. La première cogite, coupe les cheveux en quatre et frôle la surchauffe cérébrale. La seconde s’exécute avec docilité, glousse en coin et multiplie les œillades rieuses avec l’assistance. L’une se perd dans l’egotrip, l’autre régale de connivence et de pitrerie dans le dos du vieux téléviseur.

Directement inspirée par les écrits du philosophe Ludwig Wittgenstein, qui a poussé le langage dans ses retranchements pour en souligner la relativité et l’ambivalence, l’increvable comédienne passée metteure en scène construit l’air de rien une proposition méta-théâtrale, où la médiation culturelle comme le théâtre de tête en prennent pour leur grade. Faussement intello, et très franchement satirique, Jusqu’à présent, personne n’a ouvert mon crâne file la métaphore sécuritaire jusque dans l’obsession explicative du théâtre contemporain. À tout vouloir comprendre, traduire et expliciter, la tête pensante d’un metteur en scène devenu tout-puissant sature les esprits et ennuie les sens. Au profit heureux d’une interprétation incarnée, qui préfère l’autodérision aux grands mots pour asseoir la pertinence de l’art vivant.


> Jusqu’à présent, personne n’a ouvert mon crâne pour voir s’il y avait un cerveau dedans de Stéphanie Aflalo, les 23 et 24 février au Phénix, Valenciennes, dans le cadre du Cabaret de curiosités