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Adapter à la scène le Showgirls de Paul Verhoeven, c’était un rêve mais pas un caprice. Avec leur spectacle, Marlène Saldana et son fin collaborateur Jonathan Drillet réhabilitent librement ce film de 1995 qui suit des danseuses et strip-teaseuses de Las Vegas. Bide au box-office, ses images de corps nus, crues mais jamais pornographiques, furent très mal reçues. L’œuvre a même été cataloguée comme le « pire film de la décennie » aux Razzie Awards (cérémonie parodique des Oscars), avant d’être érigée dix ans plus tard au rand de monument du 7e art par les cinéphiles. Malheureusement trop tard pour la jeune actrice Elizabeth Berkley, dont la carrière fut stoppée net après son interprétation du rôle principal.

 

Showgirl de Marlène Saldana et Jonathan Drillet p. Jerome Pique

 

 

Showbizz et small talk

Sur scène, ça commence avec le pire de Vegas. Yeux parés de faux-cils, Marlène Saldana apparait en costume moulant orné de la silhouette de l’affiche du film : pin-up en blanc sur fond noir. Géniale actrice, danseuse et performeuse multi talents, elle frappe fort en incarnant de sa voix grave et franche toute la crasse cynique du showbizz : ici, un producteur de spectacle érotique, complètement misogyne, qui fait passer des auditions à des danseuses en les mettant une à une à la porte pour leurs seins « trop ceci » ou leurs fesses « trop cela ». Le ton de Saldana est volontairement potache, parfois kitch. Les chansons mises en musique par la compositrice techno Rebecca Warrior flirtent avec la comédie musicale, toujours clamées sur une même mélodie, qui entre vite dans la tête.


Entre glamour et grossièretés, balançant çà et là des insanités, manipulant un gigantesque pénis de diamants, celle qui sait tout faire et jouer tous les rôles en met plein la vue. Pour autant, ce ne sont ni ses fulgurantes chorégraphies énergiques, ni les effets piqués au cabaret qui viennent faire vibrer la corde sensible. Car c’est dans les interstices que se joue le vrai spectacle : un art subtil et millimétré du small talk. Terriblement spontanés, Jonhatan Drillet – mi technicien de plateau, mi drag-queen perchée sur talons hauts – et Marlène Saldana – en diva exigeante – discutent de la pluie et du beau temps, des inconforts de la vie, de leur admiration pour Elizabeth Berkley ou de tout autre chose que du spectacle. Car, si leur Showgirl prend tant de soin à nous raconter en paroles, en gestes et en chansons l’histoire de Nomi Malone – le vol de sa valise, ses danses dénudées, sa promotion dans une nouvelle revue – c’est pour mieux dessiner, dans le sillage de cette héroïne, en creux et l’air de rien, les récits somme toute banals de toutes les femmes ordinaires broyées par l’industrie des paillettes. Continuellement soumises à l’injonction du ni trop ni trop peu, jolies mais pas salopes, sexy mais pas vulgaires, ne sommes-nous pas à divers degrés toutes des « showgirls » qui ont dû apprendre, à vivre dans un monde crade et peuplé d’ordures.

 

 

> Showgirl de Marlène Saldana et Jonathan Drillet a été présenté du 6 au 13 octobre au Théâtre Vidy-Lausanne ; le 21 octobre à Charleroi Danse ; le 22 janvier 2022 au TAP Poitiers dans le cadre du week-end Warriors records ; le 2 mars à la Scène Nationale d’Orléans ; du 5 au 7 avril à la Comédie de Reims ; les 20 et 21 avril avec le CCN de Caen à la Comédie de Caen ; le 29 avril avec La Rose des Vents hors les murs à la Condition Publique, Roubaix