L’affaire « French Bukkake » met en cause une soixantaine d’hommes pour des faits, entre autres, de viol en réunion et de traite d’êtres humains. Pour ce projet, vous menez un long travail d’enquête et de nombreux entretiens. Comment trouver une forme à même de contenir cette violence ?
Mon travail est d’abord documentaire mais la forme reste primordiale. Ne pas y penser serait une faute professionnelle. Mes nuits d’insomnie sont centrées sur le pacte qui nous lie aux spectateurs. Chiens est la pièce la plus poussée, la plus bizarre, que j’ai pu faire jusque-là. Ce n’est évidemment pas un esthétisme gratuit. Comment est-ce possible qu’une chose aussi violente – le tournage de ces scènes d’abus sexuel – puisse être autorisée ? Autorisée par les hommes qui y participent, par la justice qui prend son temps, par ceux qui regardent ces vidéos sans se rendre compte qu’à chaque fois qu’ils cliquent sur le bouton play, ils éprouvent du plaisir devant un viol. Je voulais que la mise en scène dévitalise ce désir, produise du dégoût, que l’on soit dans un rapport d’attraction mais aussi de

