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Martin Zimmermann

Grand Prix suisse des arts de la scène 2021

Les stand-up, très peu pour lui. Depuis plus de vingt ans, Martin Zimmermann préfère puiser dans les bases du clown, les classiques de Walt Disney et le design Bauhaus pour composer des spectacles chaotiques aux allures de freak-show. L’Office National de la Culture helvétique lui décerne le Grand Prix suisse des arts de la scène / Anneau Hans Reinhart 2021.

Par Agnès Dopff publié le 5 nov. 2021

Plus intéressé par les couacs de l’existence que par les longs fleuves tranquilles, Martin Zimmermann convie depuis plus de vingt ans des êtres mutiques et claudicants à habiter ses décors aux allures de boîtes à trucs. Pour son oeuvre, tricot minutieux de théâtre, de danse, de magie et d'acrobatie, l'Office National de la culture suisse lui décerne le Grand Prix des arts de la scène 2021.

Clique de pantins bizarres aux faces de craie, la compagnie de danseurs acrobates et musiciens constituée autour de l’artiste suisse a d’abord roulé sa bosse dans les vitrines psychédéliques de grands magasins fantasmés. Parmi les mobiliers au design épuré, les corps sont venus grossir le stock de marchandises, poussés du coude par des objets bien décidés à mener leur petit bonhomme de chemin. Derrière des titres faussement naïfs et le plus souvent empruntés aux expressions populaires suisses-allemandes, ses pièces Öper Öpis (2008), Chouf Ouchouf (2009) et Hans was Heiri (2012) aiguisaient les jeux de miroirs et le goût du performeur-bricoleur pour les situations drôles puisque beaucoup trop tristes.

Il faut néanmoins attendre 2014 pour que Martin Zimmermann énonce tout haut ce qui le démangeait depuis l’enfance : dans son premier solo Hallo il introduit très officiellement son clown, « dernier vrai punk de l’époque contemporaine ». Avec ce double, ni personnage ni registre, il redonne un coup de jeune à la lignée des augustes muets et creuse l’art de rire face au pire. Dans les recoins véreux de l’art contemporain pour Der Besucher (2016) ou Eins Zwei Drei (2018), sur la décharge de Wonderful World (Création 2022), ou à l’article de la mort pour Danse macabre (2021), les clowns de Martin Zimmermann ne se lassent pas de cultiver jusqu’à l’absurde les situations les plus tragiques. Le meilleur moyen, nous dit l’homme, de réveiller l’humour, et avec lui l’indissociable pulsion de vie qui s’y niche.

 

 

> Martin Zimmermann a reçu le Grand Prix suisse des arts de la scène / Anneau Hans Reinhart 2021


> Danse Macabre de Martin Zimmermann, les 22 et 23 janvier à L’Usine à Gaz, Nyon (Suisse) ; les 15 et 16 mars au Théâtre de Caen, dans le cadre du festival SPRING ; du 31 mars au 1er avril à la Maison de la Culture de Bourges ; les 24 et 25 mai à l’Opéra de Dijon ; du 29 juin au 1er juillet au Grand Théâtre de Luxembourg ; du 15 au 17 septembre à Genève, dans le cadre du festival La Bâtie