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Reportage extrait de Mouvement N°114


Dans la bande de Gaza, privée de salles de cinéma depuis deux décennies, la fiction est devenue une arme comme les autres. Le Hamas s’est mis à produire des séries télévisées de propagande, qui déboulent dans les salons pendant le mois de Ramadan. Mais une frange de la jeunesse en a assez d’être utilisée comme de la chair à canons, à la télé comme dans la vie. Avec ses petits moyens, elle aussi fait des films.

Accroupi derrière des cactus à la tombée du jour, les genoux couverts de terre, Jaber se demande s’il sera encore en vie demain pour voir l’aurore. Collaborer avec l’armée israélienne l’a rendu plus riche qu’il ne l’aurait jamais imaginé, mais l’étau est en train de se resserrer. Pouvait-il en être autrement ? Il chasse ces pensées intempestives et saisit son téléphone portabl

Accroupi derrière des cactus à la tombée du jour, les genoux couverts de terre, Jaber se demande s’il sera encore en vie demain pour voir l’aurore. Collaborer avec l’armée israélienne l’a rendu plus riche qu’il ne l’aurait jamais imaginé, mais l’étau est en train de se resserrer. Pouvait-il en être autrement ? Il chasse ces pensées intempestives et saisit son téléphone portable. « Je suis exposé, et je ne vais pas pouvoir me cacher indéfiniment », annonce-t-il à son interlocuteur. Jaber respire fort, sa voix tressaille. Avant de raccrocher, il implore : « Je vais me planquer jusqu’à ce que l’opération soit terminée, et ensuite vous devrez tenir votre promesse et me sortir d’ici, David. »

« Ok, coupez. S’il te plaît, ne crie pas si fort quand tu dis le mot “devrez”. On recommence ! » Le micro sur perche virevolte dans l’air et se replace au-dessus du traître Jaber. Le soleil flirte avec l’horizon. L’équipe de tournage doit mettre en boîte une vingtaine de séquences supplémentaires aujourd’hui. La plus importante : l’assaut d’un commando de combattants palestiniens sur une ferme située en périphérie de Gaza City pour capturer Jaber. La voiture arrive en trombe dans un nuage de poussière. Les combattants sautent de la remorque et se dirigent, armes au poing, vers l’entrée de la ferme d’où s’échappe le bêlement d’un mouton. « Abou Uday, Abou Hamza, c’est bon, ressortez ! Les soldats, vous sortez. » Tout est réglé comme du papier à musique par Sadi Al-Attar, l’assistant-réalisateur, bonnet gris enfoncé sur son crâne dégarni. « Tous ceux qui ont regardé nos productions précédentes savent que nous ne faisons pas du divertissement mais des séries porteuses de messages et de valeurs, porteuses des préoccupations des Palestiniens. Nous défendons les prérogatives de notre peuple à recouvrer ses droits, à reprendre sa terre, à libérer ses captifs et à libérer ses lieux saints souillés par l’ennemi sioniste », assène le quinquagénaire entre deux prises, interrompu par le vacarme du sèche-cheveux d’un acteur en pleine séance de brushing.



 


Un acteur de la série du Hamas Le poing des hommes libres se fait recoiffer entre deux prises.
Le 15 mai 2022, l'armée Israélienne détruit la tour de bureaux de Al Jazeera et Associated Press


Le poing des hommes libres (Qabdat al-Ahrar) est ce qu’on appelle une série de Ramadan : trente épisodes en tout, un pour chaque soir du mois saint. Une période durant laquelle les Gazaouis sont particulièrement friands de fictions, qu’ils regardent en famille après l’iftar, la rupture du jeûne. C’est surtout une série de propagande produite directement par le Hamas, l’organisation islamiste au pouvoir depuis quinze ans dans cette petite langue de terre qui longe la Méditerranée. La veille, la production s’est d’ailleurs vue accorder la permission de tourner dans un camp des Brigades Qassam, la branche armée du Hamas, considérée comme une organisation terroriste par l’Union Européenne. Pratique : le char israélien factice qui sert à l’entraînement des combattants a cette fois pu être utilisé à l’écran comme un véritable Merkava.



À LA FIN, C’EST LE HAMAS QUI GAGNE


Al Aqsa Drama, la boîte de production fondée par le Hamas il y a quatre ans, a déjà un épais catalogue de séries de propagandes. Sous couvert d’héroïser la Muqawama (la résistance), celles-ci ont en commun de présenter le Hamas comme la seule force capable de mettre Israël en déroute. Le poing des hommes libres s’inspire très librement d’une véritable opération de commandos israéliens qui s’étaient infiltrés dans le sud de la bande de Gaza en novembre 2018 avant d’être débusqués. Pour couvrir l’exfiltration de ses soldats et détruire les voitures et les équipements abandonnés, l’armée israélienne bombarde allègrement la zone. L’ensemble du commando s’en sortira, à l’exception d’un lieutenant-colonel de 41 ans nommé Mahmoud Kheir el-Din. Sept combattants palestiniens sont tués, dont un commandant. Mais le scénario de Sadi Al-Attar prévoit une fin beaucoup plus réjouissante pour son public avec, promet-il, l’anéantissement de l’ensemble des soldats ennemis. Les séries de Al-Aqsa Drama répondent à une règle simple : trente épisodes, 40 minutes, et à la fin, c’est le Hamas qui gagne.


 


« Nous considérons que la production de films et de séries fait partie intégrante de notre campagne de résistance – c’est aussi important que les armes ...»

Ce mélange des genres, entre divertissement et propagande de guerre, est parfaitement assumé par Mohammed Thraya, le directeur de production. Le quarantenaire, costume gris et sourire franc, est également à la tête du département média du Hamas, qui produit notamment des clips à la gloire de l’organisation islamiste et de ses martyrs pour les réseaux sociaux. Une double casquette qui, il le sait, fait de cette boîte de production une cible potentielle. Durant la guerre de 11 jours qui a secoué la bande de Gaza en mai 2021, le personnel avait reçu l’ordre d’évacuer les bureaux, de peur d’être visé par l’aviation israélienne, comme ce fut le cas d’Al Aqsa TV, qui diffuse les séries produites par la branche Drama. La chaîne a été bombardée presque systématiquement à chaque escalade entre Israël et le Hamas, en 2008, 2012, 2014, 2018 et 2021. « Lors de la dernière guerre, nous avons été contraints de déménager dans un lieu secret », raconte le directeur. Télétravail ? « Je ne peux pas vraiment vous répondre sinon ils vont pilonner nos maisons. »


« Nous considérons que la production de films et de séries fait partie intégrante de notre campagne de résistance – c’est aussi important que les armes », assure le réalisateur Sadi Al-Attar. Il n’a pas toujours été aux manettes de la machine de propagande du Hamas. Avant la Seconde Intifada, il a travaillé pendant quinze ans dans les cuisines d’un hôpital de Tel Aviv, où il a appris l’hébreu. Une compétence rare qui lui vaut d’incarner le patron du Mossad dans la série qu’il pilote. Pour parfaire l’illusion, il ne manquait qu’une chemise extra-large et une vieille kippa chinée sur un marché de vêtements de seconde main, envoyés dans l’enclave depuis Israël. Avec cette épopée, le Hamas veut proposer son propre récit du conflit, en réponse aux fictions israéliennes au succès mondial comme Fauda. « Notre récit est aux antipodes du discours israélien. Leurs histoires sont trompeuses, elles ne reflètent pas la réalité. Aujourd’hui, à travers notre série télévisée, nous nous adressons à tous et nous disons que ce qu’ils ont vu du côté israélien est faux », martèle l’acteur Ghassam Salem, qui joue le rôle de Hamza, un combattant palestinien au goût assumé pour le lancer de roquettes. L’acteur l’avoue : il a un petit faible pour les séries produites de l’autre côté de la ligne de démarcation. Après avoir regardé Fauda sur Netflix, il a aussi dévoré Téhéran, qui raconte la mission d’infiltration d’une agent du Mossad dans la capitale iranienne. « Je ne veux pas trop les complimenter, mais les séries israéliennes sont très bien réalisées », admet-il, affublé d’un treillis camouflage et d’un vrai fusil d’assaut, gracieusement prêté par la police locale.



Le point des hommes libres s'inspire librement d'une véritable opération des commandos israéliens infiltrés à Gaza.



LE CŒUR BATTANT DU CINÉMA INDÉ


L’instrumentalisation de la fiction à des fins de propagande est le fruit d’une longue histoire qui a progressivement transformé Gaza en désert cinématographique. La dizaine de salles de cinéma qui avaient éclos sur le territoire depuis la Seconde Guerre mondiale ont toutes fermé. Certaines ont été incendiées par des groupes islamistes lors de la Première Intifada. Les moins de vingt ans – c’est-à-dire la majorité de cette population de deux millions d’habitants – n’ont jamais vu un grand écran. Une fenêtre de moins sur le monde pour un territoire sous blocus égypto-israélien depuis 2007, année de la prise de pouvoir du Hamas et de l’expulsion de son rival, le Fatah. Des traces de ce passé méconnu subsistent encore ici et là. Derrière la façade décrépie du cinéma Amer, par-delà les portes condamnées, se trouvent des affiches colorées de films bollywoodiens et même – il faut le voir pour le croire – des affiches en hébreu. Au centre culturel Holst, créé au lendemain des accords d’Oslo par un Fonds norvégien, puis progressivement laissé à l’abandon, un projecteur 35 mm couvert de poussière et de toiles d’araignées surplombe encore la salle polyvalente, utilisée à l’époque comme théâtre et cinéma. Pour le réalisateur Montasser Al-Sabea, 35 ans, qui chapeaute les travaux de rénovation, la découverte du projecteur – peut-être le plus ancien de Palestine – a été un choc. Tout comme cette autre trouvaille : une véritable toile de projection, perforée de milliers de trous minuscules pour ne pas réfléchir la lumière. Lui qui est plutôt habitué aux draps blancs dégotés au marché n’en avait encore jamais vu.

« On n’a pas été tout à fait honnêtes avec le Hamas. On leur a vendu ce projet comme une activité sociale sans leur parler de l’aspect culturel »

« Après le conflit entre le Hamas et le Fatah, la culture s’est arrêtée d’un coup. Les artistes sont constamment intimidés et surveillés. Les groupes islamistes retoquent nos scripts et nos pièces de théâtre. Ils pensent que c’est maléfique ! », se moque-t-il avec un petit rire. Le centre culturel Holst est le tombeau de la culture gazaouie et Montasser Al-Sabea s’escrime à le faire revivre. Des décors en carton-pâte pourrissent dans des salles humides aux murs couverts de tableaux. Des instruments innombrables– ouds, guitares, batteries – sont empilés en vrac à côté d’écrans de télévision aussi larges qu’épais. Le projet de rénovation de la salle polyvalente, qui devrait débuter prochainement, redonne un peu d’espoir. Osama Aloul, le directeur du lieu, se remémore avec nostalgie le dernier film qu’il a vu sur grand écran : Titanic, projeté au cinéma Al-Jalaa juste avant qu’il ne soit détruit par un incendie criminel. « Mais j’aimais par-dessus tout les films bollywoodiens projetés au cinéma Amer », raconte celui qui était encore un jeune homme à l’époque.


« On n’a pas été tout à fait honnêtes avec le Hamas. On leur a vendu ce projet comme une activité sociale sans leur parler de l’aspect culturel », précise Montasser Al-Sabea avec un sourire narquois. « On va essayer de rénover cet espace de notre mieux, mais la plupart d’entre nous n’ont jamais mis les pieds dans une salle de cinéma ! Donc il faut recommencer à zéro et définir pour les gens ce qu’est un cinéma et pourquoi c’est important. » Le réalisateur est le cœur battant du cinéma indépendant à Gaza, quasiment à lui seul. Quand il n’est pas occupé à réaliser des courts-métrages ou à diriger la rénovation d’une salle obscure, il organise des projections itinérantes dans l’ensemble de l’enclave. Il a également fondé un ciné-club à l’Institut français et chapeaute le Red Carpet, un festival annuel. En 2019, le festival aurait dû se dérouler au cinéma Amer, qui devait exceptionnellement rouvrir le temps d’une soirée. C’était sans compter sur le Hamas qui, d’après Montasser, a fait en sorte que les portes restent closes, forçant l’équipe à organiser la projection dans la rue. La façon dont les maîtres de Gaza répriment les initiatives indépendantes tout en utilisant le cinéma à des fins de propagande lui laisse un goût amer.



De nombreux artistes, cinéastes et chorégraphes utilisent le centre culturel Holst pour s'entraîner ou répéter.





FOSSOYEUR DE SOI-MÊME


« L’interférence de la politique dans les arts ne nous offre pas vraiment de marge de manœuvre, ni aux acteurs ni aux réalisateurs. On nous impose des récits qui sont systématiquement en lien avec l’occupation. J’aimerais, par exemple, pouvoir raconter des histoires à caractère social, des histoires du quotidien liées aux droits des femmes, aux violences sexistes... Mais ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible à cause de la politique, mais aussi à cause du manque de financements et du blocus. » L’actrice gazaouie Diana Al-Ayoubi énumère ses difficultés en tapotant avec son index la cigarette nichée entre ses doigts fins. La comédienne de 30 ans, top léopard et voile bleu, s’interrompt à intervalles réguliers pour laisser le temps à l’inter prète de traduire ses propos, qui l’écoute avec un sourire crispé. On pourrait presque deviner les gouttes de sueur sur ses tempes. « On va tous finir en prison, lâche-t-il avec un rire jaune. Ok. Elle a dit que, déjà avant le rift entre le Hamas et le Fatah, l’industrie cinématographique était moribonde. Mais c’est devenu encore pire après. Les gens qui nous gouvernent ont une idéologie teintée de conservatisme religieux et ça, ça a un impact énorme sur nos métiers. Avec eux, le blocus est aussi mental.» Mais un jour, Diana réalisera son rêve : produire une comédie musicale.


L’idée du court-métrage Recycle est venue à Montasser Al-Sabea après un séjour à l’hôpital pour une ablation de la vésicule biliaire. C’était en janvier 2019, en pleine « Grande marche du retour », qui réclamait la fin du blocus et le droit des réfugiés palestiniens à regagner les villes et villages dont ils avaient été expulsés en 1948, à la création de l’État d’Israël. Durant cette série de manifestations à la ligne de démarcation, les protestataires qui s’approchaient un peu trop près de la clôture étaient systématiquement visés par les snipers israéliens. Le réalisateur partageait sa chambre avec une demi-douzaine de blessés sur le point d’être amputés après s’être pris une balle en dessous du genou. Au réveil, une infirmière est venue déposer un petit sac en plastique au bord de son lit, et distribuer de grands sacs-poubelles aux estropiés. Le sien contenait sa vésicule biliaire. Les leurs, les restes de leur jambe, bouillie d’os et de tissu musculaire.


Une réglementation aussi glauque qu’absurde interdit aux hôpitaux de Gaza d’incinérer des restes humains. C’est aux patients eux-mêmes de s’en débarrasser. Encore sous le choc de cette découverte, et enragé par la façon dont le Hamas encourage ces jeunes à déferler sur la barrière comme de la chair à canon, Montasser est parti à la recherche d’un rescapé de la « Grande marche du retour » pour jouer son propre rôle dans un film de fiction. « Je ne pouvais pas accepter le mensonge selon lequel Israël était le seul responsable. J’ai donc voulu réaliser un court-métrage pour raconter cette tragédie. » En un an d’affrontements, l’ONU a recensé au moins 214 morts et plus de 36 000 blessés, dont 155 amputés. « On envoie de jeunes chômeurs sans espoir à la frontière, ils reviennent sans jambe et doivent enterrer une partie d’eux-mêmes. Et les groupes islamistes présentent ça comme un combat pour la liberté ? C’est quoi ce délire ? »




UN CIMETIÈRE SANS JAMBES


Mohammed Mosabeh était déjà une petite célébrité avant de devenir acteur. À Khan Younès, on le connaît comme le tout premier manifestant à avoir été touché par une balle israélienne alors qu’il tentait, selon sa version des faits, d’accrocher un drapeau palestinien sur la clôture. C’était le 5 avril 2018, il avait 17 ans. « Voilà, c’est là », indique-t-il en pointant du doigt un petit talus de 60 centimètres de diamètre surmonté d’un bloc de parpaing : la tombe de sa jambe droite. Le cimetière d’Abassan Al-Kabira est un lieu bucolique caressé par la lumière rasante du crépuscule. On y trouve de grands cactus émeraude, des moutons qui pâturent et au moins quatre tibias, d’après le fossoyeur enfoncé dans une tombe qu’il est occupé à creuser. La jambe de Mohammed repose au milieu du plot de terre réservé à sa famille, où sont déjà enterrés un oncle et des cousins. « Quand je mourrai, dit-il, appuyé sur sa nouvelle prothèse, je la rejoindrai. » Avant ça, il espère continuer sa carrière d’acteur, à la fois par passion et par nécessité. Il est au chômage, n’a jamais pu terminer ses études secondaires à cause de sa blessure et attend son premier enfant.


Recycle est en cours de postproduction, mais Montasser Al-Sabea sait déjà qu’il aura du mal à faire vivre son film à Gaza. Si le centre culturel Holst bénéficiera bientôt de la seule salle de cinéma de l’enclave, y projeter un film critique des autorités est risqué. « La seule vraie opportunité, ce sont les festivals internationaux. Dans Gaza, on ne pourra pas le montrer au grand public, seulement aux membres de notre communauté. Je vais faire en sorte de le projeter dans l’enceinte d’un institut étranger, là où le ministère de la Culture, qui est contrôlé par le Hamas, ne pourra pas l’interdire. »


Les gens qui nous gouverne ont une idéologie teintée de conservatisme religieux, et cela a un impact énorme sur nos métiers. Avec eux, le blocus est aussi mental, lance la commédienne Gazaoui Diana Al-Yagoubi, 30 ans.

La diffusion de Le poing des hommes libres s’est achevée début mai avec l’Aïd al-Fitr, la soirée marquant la fin du Ramadan. Une diffusion voulue la plus large possible, non seulement sur Al Aqsa TV et une douzaine d’autres chaînes arabes mais également sur une toute nouvelle plateforme de streaming dont la charte graphique, rouge et noire, est étrangement familière. Les trente épisodes y sont désormais en accès libre, sous-titrés en anglais. « On travaille déjà sur la saison 2, le script est en cours d’écriture ! », s’enthousiasme l’assistant-réalisateur Sadi Al-Attar, qui assure que sa série a été regardée par plus de 40 millions de téléspectateurs. « Le scénario sera également basé sur une histoire vraie qui montrera les crimes de l’occupation israélienne. La résistance continue. »




Wilson Fache avec la participation du journaliste Mohammed Abu Safia.



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