CHARGEMENT...
OÙ TROUVER VOTRE N° ?
Société
Le capital est un blob : il colonise votre jardin et, quand vous tentez de le raisonner, il bave dans votre frigo. Sa seule logique est l’expansion. En mal de croissance, le capitalisme s’est hybridé avec l’État pour fabriquer des guerres et écouler ses tanks. État des lieux avec Romaric Godin, journaliste à Mediapart, contre la « gestion autoritaire du désastre ».
En France, 40 000 personnes bichonnent toute l’année les centrales nucléaires. Sous-traitants ou intérimaires, ils sillonnent le pays et dorment en gîte ou en camion, au gré de leurs affectations. Les nomades de l’atome forment une caste prospère et légèrement radioactive. Mouvement est allé tendre son micro sur les parkings au pied des réacteurs, entre la PS5 et le taboulé.
Nous savons que les corpus universitaires sont noyautés par des hommes blancs. Il faudrait exiger des principaux concernés qu’ils fassent l’archéologie de leur domination. Retourner la charge de la question : à quand des whiteness studies ? C’est ce qu’entreprend l’autrice dans Vivre, libre, exploration exhaustive des zones d’influence de la suprématie blanche.
De l’avis général, la Coupe d’Afrique des Nations, organisée au Maroc, a été un fiasco : polémiques sur l’arbitrage, émeutes en plein match, détentions injustifiées. Tout l’inverse du programme qui était annoncé. Le tournoi devait faire la démonstration de la puissance policière du Royaume, et faire oublier les manifestations de la Gen Z à l’automne dernier. L’État avait tout misé sur la « gouvernance algorithmique », prenant les gens pour des données. Reportage à Rabat, sur les traces de l’insecte qui s’est glissé dans la machine.
Il existe un outil magique qui transforme les fruits de votre jardin en gnôle : c’est l’alambic, usine à gaz de cuves et de pistons. Depuis la nuit des temps, l’État chasse, taxe et indexe les bouilleurs ambulants qui viennent transsubstantier les produits des vergers. D’où des accents conspiratifs : ça se fait de nuit et dans les bois. Virée auprès de ceux qui bourrent le moût, au moment où le métier se réinvente.
À l’image de la société, le monde catholique français s’est polarisé ces dernières années : une partie du cheptel marche derrière Bolloré mais quelques brebis sauvages suivent le sentier de la lutte, fidèles aux lectures révolutionnaires des Évangiles. Ce sont les nouveaux « cathos de gauche » : jeunes, écolos, révolté·es et communiant·es – le matérialisme passe après la spiritualité. Reportage dans l’Est parisien à l’ombre du diocèse.
La « guerre à la drogue » est déclarée : depuis quelques mois, la préfecture a inventé les opérations « Jumbo » pour pilonner massivement les points de deal de l’hypercentre marseillais. Sauf que l’affaire tourne à la chasse aux personnes sans-papiers sans vraiment déranger le narcotrafic. On appelle ça des rafles. En période préélectorale, tout est bon pour faire rimer « immigration » avec « insécurité ». Arpentage entre la gare et le Vieux-Port, où des formes d’autodéfense populaire ont commencé à s’inventer.
Comment est-il possible que dans un périmètre aussi restreint, 160 hommes répondent présent à l’invitation de violer une femme ? C’est le cœur du dossier « French Bukkake ». Le procès est à venir mais l’affaire est déjà de celles qui redéfinissent notre rapport à la justice, au consentement, à la fiction – peut-être aussi à la nature humaine. Sur les tournages du tortionnaire « Pascal OP », icône du porno trash des années 2010, des femmes se retrouvaient piégées selon un plan bien rodé. Précaires, elles se voyaient promettre des sommes importantes pour la participation à une vidéo intimiste, diffusée à petite échelle. Selon leurs témoignages, une fois sur place, toutes les limites étaient bafouées, certaines faisant face à une horde d’hommes cagoulés, sous l’œil de la caméra. Quarante-deux victimes se sont constituées partie civile. Seize hommes sont mis en examen pour des faits de viol aggravé, traite d’êtres humains et proxénétisme survenus entre 2013 et 2020. Dans sa pièce Chiens, Lorraine de Sagazan va au-devant de l’orage, sans craindre d’être frappée par la foudre. Humour sarcastique, musique baroque, installation plastique : la metteuse en scène emploie des outils inhabituels pour traiter d’un tel sujet, et provoque un malaise puissant mais fécond. Si la pièce attaque frontalement l’industrie du porno mainstream – « un système d’anéantissement du corps féminin » –, son dispositif pose des questions qui touchent aux fondements de l’appareil spectaculaire dans son ensemble. Quelle responsabilité pour celui qui regarde ? La fiction peut-elle tout permettre – même le viol ? Et ça se passe comment quand une metteuse en scène se comporte comme un metteur en scène ? En réponse à ces brûlants dilemmes, Lorraine de Sagazan lâche une des œuvres théâtrales les plus clivantes de l’année.
C’est officiel : les États-Unis ont rejoint la liste des pays d’où l’on exfiltre des scientifiques. Censure, menaces et gel des moyens : la sphère MAGA persécute le savoir et des enseignants-chercheurs mettent les voiles. Une aubaine pour la France, qui se rêve en « pays de rechange de la liberté ». Sauf que les facs n’ont plus d’argent à cause de Macron. Tour d’horizon transatlantique d’un monde universitaire sous pression, où le bluff est un module obligatoire.