CHARGEMENT...
OÙ TROUVER VOTRE N° ?
Société
À l’image de la société, le monde catholique français s’est polarisé ces dernières années : le gros du cheptel marche derrière Bolloré mais quelques brebis sauvages suivent le sentier de la lutte, fidèles aux lectures révolutionnaires des Évangiles. Ce sont les nouveaux « cathos de gauche » : jeunes, écolos, révolté·es et communiant·es – le matérialisme passe après la spiritualité. Reportage dans l’Est parisien à l’ombre du diocèse.
La « guerre à la drogue » est déclarée : depuis quelques mois, la préfecture a inventé les opérations « Jumbo » pour pilonner massivement les points de deal de l’hypercentre marseillais. Sauf que l’affaire tourne à la chasse aux personnes sans-papiers sans vraiment déranger le narcotrafic. On appelle ça des rafles. En période préélectorale, tout est bon pour faire rimer « immigration » avec « insécurité ». Arpentage entre la gare et le Vieux-Port, où des formes d’autodéfense populaire ont commencé à s’inventer.
Comment est-il possible que dans un périmètre aussi restreint, 160 hommes répondent présent à l’invitation de violer une femme ? C’est le cœur du dossier « French Bukkake ». Le procès est à venir mais l’affaire est déjà de celles qui redéfinissent notre rapport à la justice, au consentement, à la fiction – peut-être aussi à la nature humaine. Sur les tournages du tortionnaire « Pascal OP », icône du porno trash des années 2010, des femmes se retrouvaient piégées selon un plan bien rodé. Précaires, elles se voyaient promettre des sommes importantes pour la participation à une vidéo intimiste, diffusée à petite échelle. Selon leurs témoignages, une fois sur place, toutes les limites étaient bafouées, certaines faisant face à une horde d’hommes cagoulés, sous l’œil de la caméra. Quarante-deux victimes se sont constituées partie civile. Seize hommes sont mis en examen pour des faits de viol aggravé, traite d’êtres humains et proxénétisme survenus entre 2013 et 2020. Dans sa pièce Chiens, Lorraine de Sagazan va au-devant de l’orage, sans craindre d’être frappée par la foudre. Humour sarcastique, musique baroque, installation plastique : la metteuse en scène emploie des outils inhabituels pour traiter d’un tel sujet, et provoque un malaise puissant mais fécond. Si la pièce attaque frontalement l’industrie du porno mainstream – « un système d’anéantissement du corps féminin » –, son dispositif pose des questions qui touchent aux fondements de l’appareil spectaculaire dans son ensemble. Quelle responsabilité pour celui qui regarde ? La fiction peut-elle tout permettre – même le viol ? Et ça se passe comment quand une metteuse en scène se comporte comme un metteur en scène ? En réponse à ces brûlants dilemmes, Lorraine de Sagazan lâche une des œuvres théâtrales les plus clivantes de l’année.
C’est officiel : les États-Unis ont rejoint la liste des pays d’où l’on exfiltre des scientifiques. Censure, menaces et gel des moyens : la sphère MAGA persécute le savoir et des enseignants-chercheurs mettent les voiles. Une aubaine pour la France, qui se rêve en « pays de rechange de la liberté ». Sauf que les facs n’ont plus d’argent à cause de Macron. Tour d’horizon transatlantique d’un monde universitaire sous pression, où le bluff est un module obligatoire.
En français, on a pris l’habitude d’appeler improprement dièze le symbole précédant les hashtags, ces trend-topics qui alimentent le débat médiatique. Mais on a aussi importé du nouchi, l’argot d’Abidjan, le mot djèze, qui se prononce pareil et qui veut dire affaire. À mi-chemin entre le bruit du monde et les mots des gens, cette chronique trace sa route dans ce qui nous occupe.
L’économie peut s’expliquer comme un système de poupées russes : sous la crise écologique et le capitalisme, il y a l’État. C’est la thèse du philosophe Mohamed Amer Meziane qui s’intéresse, dans son dernier livre, à la sécularisation du monde occidental. Ou comment les gouvernants ont absorbé le pouvoir de l’Église pour se croire légitimes à conquérir le monde : la colonisation de droit divin.
L’actualité vous fait chialer ? Le gouvernement vous fout la rage ? Ces émotions sont précieuses : c’est de là que surgit la révolte. Peur, colère, deuil, nostalgie – Chowra Makaremi porte un regard d’anthropologue sur ces affects qui irriguent les mouvements d’émancipation. De Black Lives Matter à « Femme, Vie, Liberté », l’émotion renouvelle les formes de lutte. Alors écoutez votre cœur, il vous conduira toujours en manif.
D’ici à 2032, un nouveau canal doit connecter la région parisienne aux grands ports du nord de l’Europe. C’est une infrastructure comme on n’en fait plus, au coût écologique désastreux et à la pertinence économique contestable. Les écolos aimeraient jeter le méga-canal dans la corbeille des « grands projets inutiles », avec la ZAD et le barrage de Sivens. Mouvement a promené son micro le long du tracé, à la rencontre des riverains et des bateliers : la convergence des luttes viendra, mais c’est pas gagné.
Sur le front ukrainien, il y a des hommes de toutes générations. Les pères de famille y sont allés sous la contrainte et parfois à reculons ; leurs fils, exaltés par le drapeau et l’urgence de la situation, ont pris les armes volontairement. Mouvement est allé à la rencontre de la jeunesse combattante, celle qui passe ses permissions au cimetière, a de l’arthrose à 18 ans, mange des bonbons et veut rendre fiers ses parents. La guerre modèle les hommes à son image.