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Société
Depuis l’Antiquité, les femmes ont été tenues à l’écart du corps social par une série de maladies imaginaires inventées par les hommes. « L’hystérie » est la manifestation la plus récente d’un processus millénaire de manipulation. La documentariste Pauline Chanu propose de « sortir de la maison hantée ».
La bataille culturelle autour de l’IA se joue dans « l’espace latent », sorte d’arrière-cuisine vectorielle où la machine s’entraîne à reconnaître des patterns dans l’infinitude de la donnée mondiale. Si les « tech bros » ont saturé l’espace avec leurs biais sexistes et coloniaux, des artistes-bidouilleurs s’attellent à diversifier l’alimentation de nos IA. Voyage en réalité augmentée, des plages normandes aux forums Discord.
La concentration du secteur de l’édition menace la qualité de la production littéraire et l’équilibre de la chaîne du livre : les grands groupes font la loi chez l’imprimeur comme chez le libraire. Pourtant, l’édition indépendante n’a jamais été aussi dynamique. C’est un archipel de petites structures hermétiques, débrouillardes par défaut, défricheuses dans les formes, précaires la plupart du temps. Depuis deux ans, cet écosystème se fédère autour d’objets éditoriaux dont Déborder Bolloré, le dernier bébé. Bilan d’étape à l’aube du mercato.
Cúcuta, métropole colombienne à la frontière du Venezuela, est l’un des épicentres mondiaux du camming. Cette industrie repose largement sur des femmes exilées et précarisées, à qui l’on promet d’être leurs propres patronnes : les hommes ne vous toucheront pas et tout se fera via webcam. La réalité est bien différente. Mouvement s’est infiltré dans les studios, des faubourgs cossus aux installations les plus informelles, et a rencontré des associations de travailleuses du sexe qui s’organisent pour sortir des réseaux.
Dis-moi qui sont tes pop stars, je te dirai combien ta société va mal. On pourrait ainsi résumer la méthode W. David Marx. Le critique américain, basé à Tokyo, tente l’impossible dans son dernier ouvrage : synthétiser la pop culture occidentale – musique, tech, mèmes, mode, politique et plus encore – de ces vingt-cinq dernières années. Son biais est assumé : l’auteur vient des États-Unis. Mais dans une société mondialisée et encore dominée par le lifestyle de l’Oncle Sam, chacun saura se retrouver dans les grandes tendances que le critique distingue tout au long de sa rétrospective. Blank Space (2025) prend la forme d’une étourdissante visite guidée en fast forward dans un musée – subjectif et lacunaire – du XXIe siècle naissant. Tout part du 11 septembre 2001, puis vient l’ère Obama, et enfin la dystopie trumpiste dans laquelle le monde patauge désormais. Pendant ce temps, le rock cède son trône au rap, Lady Gaga, Justin Bieber et Paris Hilton deviennent des icônes, « Gangnam Style » initie le monde à la K-pop, l’iPhone transforme nos cerveaux et Taylor Swift domine la planète avec sa pop normcore. Mais alors, où est le problème ? Pour W. David Marx, la culture n’avance plus. En cause, un désintérêt croissant pour l’innovation et le risque, un manque de circulation entre underground et mainstream, et une gauche culturelle qui cède tout au marché au nom de la démocratie. Malgré cela, pas question de dire que « c’était mieux avant ». La solution ? Rétablir la créativité et le goût comme des biens communs dans un paysage culturel où il est devenu « plus facile d’imaginer la fin du monde que celle de Taylor Swift ». Promis : les Swifties peuvent rester dans la salle.
Que fait la police ? Du cinéma, apparemment. En France, des centaines de fonctionnaires mènent des doubles carrières, de jour au comico et de nuit au plateau, où ils sont figurants. Car les productions adorent les séries policières, d’autant plus quand il y a des vrais morceaux de policiers dedans. Ce système, qui repose sur le détournement des moyens professionnels des forces de l’ordre, a pris des proportions industrielles. Mouvement a remonté la filière de ce monde interlope, de la série Netflix d’Olivier Marchal jusqu’aux plus hauts échelons du ministère de l’Intérieur.
Depuis 2020, le Kazakhstan est agité par un mouvement de contestation contre l’emprise de Moscou. Il s’agit non seulement de se prémunir de la puissance militaire de Poutine mais aussi de « dérussifier » le pays en profondeur : produire de la « q-pop », manger du kuurdak et réformer la langue. Au risque parfois de donner dans le folklore. Mouvement a promené son micro entre les bains thermaux et les concerts de musique trad’, à Almaty, capitale culturelle.
En français, on a pris l’habitude d’appeler improprement dièze le symbole précédant les hashtags, ces trend-topics qui alimentent le débat médiatique. Mais on a aussi importé du nouchi, l’argot d’Abidjan, le mot djèze, qui se prononce pareil et qui veut dire affaire. À mi-chemin entre le bruit du monde et les mots des gens, cette chronique trace sa route dans ce qui nous occupe.
Le capital est un blob : il colonise votre jardin et, quand vous tentez de le raisonner, il bave dans votre frigo. Sa seule logique est l’expansion. En mal de croissance, le capitalisme s’est hybridé avec l’État pour fabriquer des guerres et écouler ses tanks. État des lieux avec Romaric Godin, journaliste à Mediapart, contre la « gestion autoritaire du désastre ».