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Société
Depuis l’assassinat du président haïtien en 2021, la capitale Port-au-Prince est le théâtre de violences quotidiennes entre gangs, forces de police et brigades d’autodéfense citoyennes. Dans ce décor, un homme sillonne la ville chaque nuit au volant de son 4×4 teinté. C’est Mackenson Remy, journaliste à Caraïbes FM, baromètre d’une ville en crise : les habitants écoutent sa chronique au réveil et prévoient leur journée en fonction des événements de la nuit. Mouvement s’est installé sur la banquette arrière.
Le « théâtre politique » est une promesse récurrente des programmes culturels. Pour Olivier Neveux, le genre s’est encore gentrifié et ramolli ces dernières années. Dans son dernier livre, le professeur d’esthétique a réveillé Brecht – dramaturge antifasciste et formaliste allemand des années 1930 – pour questionner les théâtreuses et théâtreux : aujourd’hui, qui prend des risques ? Qui nous enfume ? Qui se la raconte ? Et surtout : qui nous rend service ?
Après le 7-Octobre, la gauche juive antisioniste a subi toutes sortes d’humiliations et de mises à l’écart. À New York, plus grande ville juive du monde, celle-ci s’est réorganisée autour de nouvelles institutions : des lieux de culte autogérés, des bases arrière militantes, des revues populaires, du théâtre yiddish. Profondément impliquée dans la campagne victorieuse du maire Mamdani, cette jeunesse redécouvre des formes de judaïsme libérées du sionisme, à rebours de son éducation et au prix de conflits générationnels qui marqueront l’époque. Plongée dans un chaudron qui frémit.
En 2022, la France a voté une seconde loi sur les lanceurs d’alerte. Spoiler : ce texte ne protège toujours personne. Les organismes chargés de le faire appliquer sont aussi mal dotés qu’une MJC. Du public au privé, du politique au social, celles et ceux qui lancent l’alerte finissent généralement dans la détresse et sous Prozac. Mouvement a rencontré ces vaillants citoyens-justiciers et les juristes qui tentent de les accompagner. Radiographie d’un sujet politique en cours de constitution.
En français, on a pris l’habitude d’appeler improprement dièze le symbole précédant les hashtags, ces trend-topics qui alimentent le débat médiatique. Mais on a aussi importé du nouchi, l’argot d’Abidjan, le mot djèze, qui se prononce pareil et qui veut dire affaire. À mi-chemin entre le bruit du monde et les mots des gens, cette chronique trace sa route dans ce qui nous occupe.
Depuis l’Antiquité, les femmes ont été tenues à l’écart du corps social par une série de maladies imaginaires inventées par les hommes. « L’hystérie » est la manifestation la plus récente d’un processus millénaire de manipulation. La documentariste Pauline Chanu propose de « sortir de la maison hantée ».
La bataille culturelle autour de l’IA se joue dans « l’espace latent », sorte d’arrière-cuisine vectorielle où la machine s’entraîne à reconnaître des patterns dans l’infinitude de la donnée mondiale. Si les « tech bros » ont saturé l’espace avec leurs biais sexistes et coloniaux, des artistes-bidouilleurs s’attellent à diversifier l’alimentation de nos IA. Voyage en réalité augmentée, des plages normandes aux forums Discord.
La concentration du secteur de l’édition menace la qualité de la production littéraire et l’équilibre de la chaîne du livre : les grands groupes font la loi chez l’imprimeur comme chez le libraire. Pourtant, l’édition indépendante n’a jamais été aussi dynamique. C’est un archipel de petites structures hermétiques, débrouillardes par défaut, défricheuses dans les formes, précaires la plupart du temps. Depuis deux ans, cet écosystème se fédère autour d’objets éditoriaux dont Déborder Bolloré, le dernier bébé. Bilan d’étape à l’aube du mercato.
Cúcuta, métropole colombienne à la frontière du Venezuela, est l’un des épicentres mondiaux du camming. Cette industrie repose largement sur des femmes exilées et précarisées, à qui l’on promet d’être leurs propres patronnes : les hommes ne vous toucheront pas et tout se fera via webcam. La réalité est bien différente. Mouvement s’est infiltré dans les studios, des faubourgs cossus aux installations les plus informelles, et a rencontré des associations de travailleuses du sexe qui s’organisent pour sortir des réseaux.