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Société
Sur le front ukrainien, il y a des hommes de toutes générations. Les pères de famille y sont allés sous la contrainte et parfois à reculons ; leurs fils, exaltés par le drapeau et l’urgence de la situation, ont pris les armes volontairement. Mouvement est allé à la rencontre de la jeunesse combattante, celle qui passe ses permissions au cimetière, a de l’arthrose à 18 ans, mange des bonbons et veut rendre fiers ses parents. La guerre modèle les hommes à son image.
Arts
Saturation numérique, droitisation de la société : quel spectateur cette époque fait-elle de nous ? Depuis vingt ans, crise après crise, Claire Bishop scrute l’évolution de notre regard sur les objets culturels. Et ses diagnostics font mouche : des deux côtés de l’Atlantique, les artistes la lisent et les critiques la citent. En 2012, dans le bien nommé Artificial Hells, la chercheuse scanne la tendance à l’interaction qui traverse les arts depuis les années 1960 : si tu participes, c’est toi le produit. De l’avant-garde au socioculturel, son ouvrage distingue les œuvres qui reproduisent les techniques du pouvoir de celles qui nous en émancipent. L’année suivante, dans Radical museology, l’auteure britannique imagine ce que serait un « musée radical » : sans doute celui qui repense l’histoire au présent, délaisse les « starchitectes » et expérimente. Dernièrement, elle s’est attaquée à un plus gros dossier encore : à l’ère du smartphone, sait-on encore regarder de l’art ? La réponse est oui et peut-être même mieux. S’asseoir et regarder en silence, c’est un truc de privilégié, défend la théoricienne. Les installations et performances immersives qui fleurissent çà et là induisent une « attention hybride : présente et connectée, furtive et profonde, live et online, collective et individuelle ». En bref, prendre des photos dans une expo, c’est ok. Paru en 2024 mais pas encore traduit chez nous, Disordered attention est devenu le livre de chevet d’une génération d’artistes qui créent iPhone à la main. Mais aujourd’hui, Claire Bishop n’a plus le cœur à discuter écrans et économie de l’attention. Aux États-Unis, sous Trump, chercheurs et artistes sont aux abois. Depuis New York où elle réside et enseigne, cette nouvelle voix de la critique culturelle a des préoccupations plus urgentes : comment la gauche peut-elle faire mieux ?
Malgré des baisses de subventions majeures, les statistiques de l’intermittence restent stables. Pourtant, sur le terrain, la précarité corrode déjà des secteurs spécifiques : le socioculturel, la régie, la danse contemporaine. Faute d’argent, le solo est la forme ad hoc de l’austérité budgétaire. Comme quoi, Rachida Dati aura malgré tout inspiré un courant esthétique. Suite de notre enquête sur la lente mise à mort du milieu culturel.
Un récent rapport dénonce le fonctionnement à deux vitesses de la police britannique : les émeutiers d’extrême droite sont très rarement poursuivis, en vertu de leur patriotisme ; les militants propalestiniens et les activistes climat passent leur vie dans les prétoires. Ainsi va la guerre culturelle : on est à deux doigts d’élever l’émeute raciste au rang des traditions vernaculaires. La responsabilité du gouvernement travailliste est immense dans cette affaire. Reportage à Londres autour du 5 novembre, anniversaire de la conspiration des poudres de Guy Fawkes, et à la veille des grands procès.
Dans un pays labouré par la guerre, les milices et les désillusions politiques, une voix continue de circuler entre les fractures : celle, rauque et magnétique, de Sajda Obeid. Icône nationale venue des marges, la chanteuse fédère les Irakiens dispersés, des rues de Bagdad aux posts TikTok de la diaspora. Star clandestine et businesswoman aguerrie, Sajda est le régime le plus stable du pays depuis Saddam Hussein. Virée dans la capitale irakienne, sur la banquette arrière.
Depuis Mitterrand, le combat LGBT+ était solidement amarré à la gauche. Mais c’est du passé. L’incompétence socialiste sur les questions minoritaires et la banalisation de l’homosexualité ont eu pour revers l’émergence d’un « homonationalisme » dont Le Pen et Zemmour cherchent à s’emparer. Résultats : à l’Assemblée, les gays les plus en vue sont à l’extrême droite de l’hémicycle. La société suit : taper sur les étrangers et les trans n’a plus rien de tabou pour bien des homosexuels. Et si la dernière victoire des fascistes avant le pouvoir, c’était les LGBT+ ?
En français, on a pris l’habitude d’appeler improprement dièze le symbole précédant les hashtags, ces trend-topics qui alimentent le débat médiatique. Mais on a aussi importé du nouchi, l’argot d’Abidjan, le mot djèze, qui se prononce pareil et qui veut dire affaire. À mi-chemin entre le bruit du monde et les mots des gens, cette chronique trace sa route dans ce qui nous occupe.
La propriété privée serait-elle l’horizon indépassable de l’humanité ? Sous l’égide des sacro-saintes « politiques de développement », dernier avatar de l’occidentalisation du monde, cette norme juridique se déploie en Afrique de l’Ouest au prix de la déstabilisation des sociétés qui y vivent. Car « habiter », chez les peuples du bassin de la Volta, ne veut pas dire occuper, ni exploiter, ni posséder la terre, mais rendre possible une vie, collective et véritablement humaine.
L’Europe a conquis sa paix intérieure par la voie du charbon et de l’acier : c’est le programme d’histoire de cinquième. Mais l’Union européenne n’a jamais cessé de faire la guerre en dehors de ses frontières. L’Algérie, c’était papi. La philosophe invite à déconstruire la « white innocence » qui parasite notre compréhension des conflits mondiaux : il faut balayer les résidus de poudre devant notre porte.