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Photographie
Raconter une autre histoire de la Résistance française, affranchie du carcan de la mythologie nationale : telle est l’ambition de Rebecca Topakian. L’objectif rivé au sol, la photographe franco-arménienne a parcouru le maquis de la Côte d’Azur à la recherche des empreintes que la guerre a inscrites dans le vivant. Arbres, fleurs et algues deviennent, sous son regard, les passeurs d’une mémoire enfouie. Récit d’un arpentage, entre Peyroules et Pégomas, parmi les arbousiers et les vestiges du siècle dernier.
L’arrière-pays cannois est connu pour sa douceur de vivre, ses volets pastel, ses villages perchés. En explorant ce territoire saturé de soleil, Alice Pallot a pris un chemin pour le moins inattendu : celui des grottes et des sous-sols. À la recherche d’anciennes coexistences entre les humains et leurs écosystèmes, la photographe invente un alphabet visuel fait d’apparitions, de radiographies et de fragments osseux.
Le vrai, le faux, le crédible : cette année, plusieurs expositions des Rencontres d’Arles interrogent moins le contenu des images que la manière dont elles construisent leur autorité.
Rencontre avec les photographes lauréat·es de la 9e édition de Regards du Grand Paris, commande photographique portée par le Centre national des arts plastiques et les Ateliers Médicis.
C’est durant sa jeunesse à Kinshasa qu’Alain Nzuzi Polo a commencé à se prendre en photo. Membre d’une famille nombreuse, l’adolescent s’arrogeait des moments d’isolement pour explorer son identité, seul avec lui-même. Pris à la dérobée dans un placard ou une chambre fermée à clef, ses selfies lui offraient un espace pour exprimer sa part féminine, tout en perruque et talons hauts. Un geste libérateur, digne d’une chorégraphie ou d’un rituel – « une danse silencieuse », décrit aujourd’hui l’auteur de ces autoportraits précoces. C’est en les publiant sur Facebook qu’Alain noue à l’époque des amitiés virtuelles décisives – il en conservera son blase, Belle Garçon, cadeau d’un internaute. C’est aussi en ligne que le jeune homme fantasme son émancipation, s’inspirant des clips de Papa Wemba, icône de la rumba congolaise et de la sape, cette culture de la flamboyance vestimentaire. Aujourd’hui, des années après sa formation aux Beaux-Arts de Kinshasa, désormais installé en Île-de-France, le plasticien revisite cette manne photographique dans son projet pour la commande Regards du Grand Paris. L’occasion de « faire le bilan sur le chemin parcouru » et d’exposer pleinement ce versant de son identité.
portfolio
SAINT-DENIS, PLACE DE LA GARE
Tout a commencé avec son frère autiste. Sous l’objectif de Lucie Hodiesne Darras, les expressions d’Antoine prennent une dimension canonique exacerbée par un noir et blanc intense. Aujourd’hui, la photographe traque dans l’espace public les frontières invisibles entre publics neurotypiques et atypiques. Sa série D’entrée de jeux s’arrête sur l’une de ces zones où la division apparaît bien malgré elle : les nouvelles aires pour enfants, dites « inclusives ». À la lisière du documentaire et du sensible, ses images marquent le contraste entre des vues désertes de ces espaces ludiques et des scènes de vie où le handicap s’estompe derrière la chaleur humaine.
De 1953 à 1971, Nanterre abritait parmi les plus vastes bidonvilles de France. C’est en bordure de l’un d’eux, baptisé la Folie, que l’artiste et militante Monique Hervo a posé sa caravane pendant une douzaine d’années pour venir en aide à ses habitant·es, des travailleur·euses immigré·es. Soixante après, la documentariste Juliette Fréchuret se nourrit de ses archives pour raconter cette histoire de violence et de béton aux portes de Paris. De la guerre d’Algérie jusqu’au décès de Nahel Merzouk, même combat.
Vivre à la grande ville, mais dans une boîte à chaussures. C’est la réalité de bien des Parisien·nes qui se contentent des 9 m2 réglementaires pour se faire une place dans la capitale. La photographe Jade Joannès s’est immiscée dans ces intérieurs millimétrés et dans le quotidien de leurs habitant·es, qui vivent à petite échelle mais voient grand. Un travail pudique et sensible, coincé entre le lit, la douche et l’évier.