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REPORTAGE AU SEIN DES MOUVEMENTS PROPALESTINIENS ANGLAIS
Arts
En Belgique aussi, l’austérité frappe la culture. Dernière victime en date : le centre d’art bruxellois la Centrale, condamné à la fermeture par le retrait de son financement municipal. C’est dans ce contexte qu’y est exposé le travail de Michel Couturier, poète belge et explorateur de friches urbaines, disparu en 2024. Un panorama sensible des métamorphoses du territoire, qui signe avec amertume la fermeture prochaine du lieu.
Que peuvent avoir en commun les travailleuses du nord-est londonien photographiées par les Hackney Flashers dans les années 1970, et les travailleuses strasbourgeoises du dernier quart de siècle ? A priori pas grand-chose, si ce n'est qu'elles sont des femmes. Malgré des années de lutte, des lois progressistes et la déferlante MeToo, la nouvelle exposition du CEAAC rappelle que les inégalités de genre et de classe ne se sont pas évanouies.
Scènes
Pas de scéno, pas d’écran, mais toujours des mises en abyme : le ponte du théâtre contemporain Milo Rau s’est prêté à l’exercice de la pièce itinérante du Festival d’Avignon sans perdre de vue ses marottes « méta ». Résultat : un duo de rue volubile qui passe de La Mouette à Jeanne d’Arc et tourne aujourd'hui dans les boîtes noires sans perdre de sa force.
Pas besoin de scène ni de gradin pour faire l’expérience de Je suis une montagne, installation performative signée Eric Arnal Burtschy. Dans l’air flottent une soixantaine de transats suspendus à des câbles. Là, allongé et les yeux fermés, le public s’engouffre dans un tunnel de sensations : chaud, froid, vent, vibrations et même une rasade de pluie en fin de parcours. Une bande son accompagne le voyage : des infrabasses, quelques frôlements, jusqu’à un paroxysme de textures synthétiques. Issu de la danse, le metteur en scène en est à sa deuxième création ne requérant aucune présence humaine en plateau – si ce n’est pour assurer la sécurité des participants. Médium artistique du futur ? Simulation environnementale ? Trip psychédélique ? À vous d’en décider – si vous ne craignez pas l’obscurité ni les orages.
Dans un face-à-face sensible, le dramaturge Mohamed El Khatib et le chorégraphe Israel Galván reviennent sur leur enfance et leur relation conflictuelle au père.
Ses performances mutantes dans l’espace public l’ont fait connaître sur les réseaux sociaux, et le documentaire Queendom sur le circuit des festivals : l’artiste russe Jenna Marvin confronte la pression politique qui pèse sur les existences queer dans sa première exposition française à Transfo Emmaüs Solidarité .
Cinéma
De l’errance d’un vingtenaire dans un bled des Alpes du Sud, un trio de jeunes cinéastes tire une ode doucereuse au « rien faire » à la croisée d’Alain Guiraudie et du ciné indé américain. Tout l’inverse de vos vacances à la montagne.
La Compagnie Rasposo aime le cirque à l’ancienne, sa poésie, ses agrès, son Guignol. Mais, après 35 ans d’existence, sa directrice Marie Molliens ouvre un espace pour interroger cet héritage et ses traditions.
Si une météorite nous tombait dessus, que faire de nos derniers instants ? Dans une imposante scénographie immersive, Brigitte Poupart imagine une situation pré- et post-apocalyptique animée par des circassiens et des danseurs. Une mise en cause, sous les pirouettes et les figures dansées, de notre attitude face au désastre.
Qui de mieux que trois oiseaux de foire pour tirer au clair une affaire qui a secoué Israël en 2020 – le meurtre d’un palestinien autiste par un membre des forces de l’ordre israéliennes ? Dans Au nom du ciel, Yuval Rozman passe par la dérision – et l’ornithologie – pour ouvrir un dialogue épineux sans prétendre à la réparation. Un petit tour de force à dos de volatile.
Le grand âge serait celui de la sagesse ? Chez Mohamed El Khatib, c’est celui où l’on fait du sale. Dans La vie secrète des vieux, un panel d’anciens nous dit tout ce que l’on (ne) voulait (pas) savoir sur le sexe. Et s’attaque, l’air d’en rire, à un interdit anthropologique : peut-on finir en beauté ?
La théorie peut-elle encore nous faire vibrer ? Réunissant près de soixante artistes, de 1970 à aujourd’hui, le Palais de Tokyo retrace l’influence du monde des idées français sur l’art des États-Unis. L’exposition interroge comment la pensée s’incarne, se frotte au monde et s’y déplace.
Société
En français, on a pris l’habitude d’appeler improprement dièze le symbole précédant les hashtags, ces trend-topics qui alimentent le débat médiatique. Mais on a aussi importé du nouchi, l’argot d’Abidjan, le mot djèze, qui se prononce pareil et qui veut dire affaire. À mi-chemin entre le bruit du monde et les mots des gens, cette chronique trace sa route dans ce qui nous occupe.
Dialogues en playback, masques de latex, malaise ambiant et esthétique hyper-technophile : en Allemagne, les institutions culturelles ont mis dix ans à digérer la vision de la metteure en scène Susanne Kennedy, désormais incontournable. En 2015, le jury des Rencontres théâtrales de Berlin la récompense en qualifiant ses travaux « d’expériences humaines sadiques ». Son style, crispant et statique, s’est d’abord illustré dans des adaptations de films ou de textes classiques qui lui ont assuré ses premiers tubes. C’est en collaborant avec le plasticien Markus Selg, son partenaire à la ville, qu’elle a développé sa propre écriture : baignée de mythologie et de posthumanisme mais entièrement composée de matériaux prélevés sur le web. Enfant des grosses maisons du pays, elle a attendu la quarantaine pour monter sa propre compagnie et s’exporte aujourd'hui hors de ses frontières. La metteure en scène présente en décembre The Work, fruit d'une collaboration avec Markus Selg, à l'Odéon. Mouvement l'avait rencontrée en 2023, à l'occasion de la création de sa pièce ANGELA (a strange loop).
Prendre les spectateurs à partie en plein show ou les imiter le long d’une performance personnalisée ; les balader en fauteuil roulant, les yeux bandés ; leur soutirer un secret en privé puis le révéler en public. Pendant des années, les Flamands de Ontroerend Goed ont joyeusement malmené leur auditoire. Mais ça, c’était avant. Depuis le COVID, l’entité pilotée par Alexandre Devriendt a changé son fusil d’épaule : pourquoi diviser quand les gouvernements le font déjà si bien ? Désormais, les expériences participatives du collectif visent plutôt à nous connecter – et tous les moyens sont bons. Summit nous convie à l’écriture d’une nouvelle constitution pour les arts. Thanks for being here scanne les gradins à la caméra et nous met face à ce qui constitue une communauté de spectateurs. Handle with care va plus loin et confie les clefs du spectacle au public : une scène, quelques instructions sur des bristols et à vous de jouer. Directeur artistique de la troupe, Alexandre Devriendt revient sur ce qui, en vingt ans, a transformé une bande de potes dont les performances trash agitaient Gand en une compagnie dont les aventures interactives font le tour de la planète.
Littérature
Meloni déteste les migrants et les homosexuels, Nerona fait la chasse aux « déviants ». La première est un phénomène politico-médiatique, la seconde écume les plateaux télé. Hélène Frappat ne s’en cache pas : l’héroïne de son nouveau roman est très fortement inspirée de la Première ministre d’extrême droite. D’origine corso-italienne, la philosophe et romancière trace un chemin bien à elle dans le monde des lettres. « J’ai eu l’ENS sans apprendre mes définitions », nargue-t-elle dans sa cuisine, entre les livres et sa collection de cafetières. Depuis 25 ans, elle écrit sur le cinéma et ses démons, les réalisateur·ices féministes et les plus abusifs, les actrices brisées par Hollywood et celles qui résistent. En 2023, paraît son essai Le Gaslighting ou l’art de faire taire les femmes. Elle y décortique la manipulation exercée par les hommes dans l’intimité du couple et étend son analyse au langage des politiciens. Un chapitre est dédié à son Italie chérie, nation où l’on forge un fascisme de pointe. Pour cette rentrée littéraire, Hélène Frappat passe de la théorie à la fiction avec l’aisance qu’on lui connaît, et règle ses comptes avec le phénomène Meloni. Résultat : Nerona, un roman inondé par la pensée délirante d’une dirigeante paranoïaque et mythomane. À tel point qu’on en rit aux éclats. À l’écrit comme dans la vie, l’autrice cultive son sens de l’ironie dans un débit presque ininterrompu. Elle maîtrise l’art de la formule et se censure peu. Dans son cou, un piment napolitain la protège du mauvais œil. « Ce livre va m’attirer des ennuis, je le sens. »
PORTFOLIO
Dans Le Pas du Monde, nouvelle création de la Compagnie XY, vingt-cinq acrobates s’échignent à composer une succession de tableaux naturels plus vertigineux les uns que les autres. Une ultime tentative de réconciliation avec le vivant par les outils du cirque.
Dernière farce scénique de la Sicilienne Emma Dante, Re Chicchinella puise à nouveau dans les contes populaires du XVIe siècle pour mettre la pagaille sur scène. Mais les effusions comiques cachent un clown triste : le pouvoir, toujours fantoche.
Nos cerveaux sont-ils cramés au point d’être inaptes à la communication ? C’est ce qu’avance le chorégraphe Alban Richard dans Quartet, illustration par la danse du dysfonctionnement qui gagne nos corps au XXIe.
Se raconter soi-même ? À d’autres. Pour mieux se dire et se comprendre, les auteurs-acteurs Gurshad Shaheman et Dany Boudreault optent pour des portraits croisés. Fruit d’une enquête et d’une réécriture mutuelles, Sur tes traces est une autobiographie dans l’œil de l’autre autant qu’une affirmation des forces de l’amitié.
Après plusieurs stand-ups (auto)biographiques, Laurène Marx offre la scène à Rita Nkat Banyang, jeune femme camerounaise en exil. Pour lui faire justice d’abord, et pour démolir le théâtre bourgeois ensuite, la metteuse en scène présente un objet scénique débarrassé de tout bon sentiment humaniste.
Dans Skinless, installation performative signée Théo Mercier, deux corps s’étreignent au beau milieu d’une mer d’emballages. Une ode visuelle à la sensualité aliénée, qui pose une hypothèse : finira-t-on par s’aimer dans nos souillures ?
Voir la mer : drôle de titre pour évoquer les abysses, ces territoires où il fait trop nuit pour que l’humain puisse y voir. Du figuratif au conceptuel en passant par le documentaire, l’exposition collective annuelle du MAIF Social Club parcourt une variété de milieux dans la géographie marine : des plus pollués aux plus exploités, des plus méconnus aux plus fascinants.
Avant de rendre un verdict sur une proposition de loi qui vise à garantir aux artistes-auteur·ices une continuité de revenus, l’Assemblée nationale lance, à partir du jeudi 19 juin, une mission flash sur le sujet. Exclu·es du régime de l’intermittence, ces professionnel·les restent particulièrement exposé·es à la précarité. Iels demandent un salaire minimum, des congés payés et l’accès aux allocations chômage. Pour porter cette revendication, de nombreux travailleur·ses de l’art, soutenu·es par des associations et syndicats, signent une tribune.
ACTE II : L’INTERMITTENCE
Photographie
Quand Mads Holm était enfant, son grand-père aimait l’emmener au musée de la guerre, à Copenhague. Là-bas, le futur photographe contemplait des armes à feu rutilantes et enfourchait de gigantesques canons. C’est aussi là que le Danois fit l’expérience du récit national et de la fabrication des images : de quoi forger l’acuité avec laquelle il documente aujourd’hui la militarisation de la sphère publique.
portfolio
Emmitouflés dans des tissus hétéroclites, ces anonymes sont les « travailleurs fantômes » qui hantent Dubaï.
Artiste multitâche connue à la scène comme à l’écran, Vimala Pons revient au théâtre avec un nouveau mastodonte. Composition chorale pour dix interprètes, Honda Romance propose un triptyque halluciné sur nos affects réprimés par le régime techno-capitaliste.
Pour sa première monographie en institution, la très en vue Josèfa Ntjam propulse l’IAC Villeurbanne dans un tourbillon afrofuturiste. Une balade ultra connectée, pavée de matières tactiles et de figures décoloniales, au cours de laquelle savoir et sentir ne font qu’un.
Dans a Folia, le Portugais Marco da Silva Ferreira déplace une fête pastorale des siècles passés dans un club contemporain. Cet espace où les corps ont encore droit à la décadence, à l’extase et à la folie.
En portugais, borda signifie « frontière », mais aussi « rêve » ou encore « tissage ». Inspirée par cette polysémie, la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues livre une fresque visuelle dans laquelle le groupe est un ancrage face à un monde en métamorphose.
Dix-huit ans après sa pièce culte L’effet de Serge, le metteur en scène Philippe Quesne rouvre l’appartement mythique de son anti-héros. Dans Le paradoxe de John, le logement est devenu une galerie d’art et une troupe d’artistes y expérimente la fine frontière entre vacuité et geste poétique. Une méditation sur la valeur de l’art et les fragiles convictions de ceux qui en fabriquent.
Coup de folie ou coup de maître pour Mette Ingvartsen ? Avec Delirious Night, la chorégraphe danoise s’aventure jusqu’au bout de la nuit, au risque de s’y perdre.
Un artiste qui explore ses origines le fait-il au risque d’exotiser sa propre culture ? Dans ce solo bricolo, le metteur en scène Jonathan Capdevielle et le comédien Dimitri Doré pénètrent cette zone trouble, entre récit d’adoption et reconstitution du folklore balte.
Au Lavoir Numérique, centre d’art siégeant dans les anciens bains-douches de Gentilly, on appelle les expositions des séquences. Un terme cinématographique qui suggère le mouvement, la narration, la temporalité. La dixième de ce nom s’intitule « Banlieue, territoire-fiction » : six artistes pour une cartographie numérique de cette périphérie toujours en mal de représentation.
Du jour au lendemain : le silence. La surdité a subitement frappé Brigitte, la mère de la comédienne Louve Reiniche-Larroche. Transposé au théâtre avec la metteuse en scène Tal Reuveny, ce drame donne lieu à une fresque familiale d’un nouveau genre : un seul en scène en playback. Car, si l’ouïe forge notre rapport au monde, que se passe-t-il lorsqu’on la perd ?
Un one-man-cirque ? Il y a de ça dans Ceramic Circus, création bricolo de Julian Vogel. Poursuivant ses réflexions sur les matières et la fragilité, le Suisse y détourne les règles et les codes de l’art sous chapiteau.
Rencontre avec les photographes lauréat·es de la 8e édition de Regards du Grand Paris, commande photographique portée par le Centre national des arts plastiques et les Ateliers Médicis.
SUR LES TRACES DE LA CHANTEUSE SAJDA OBEID
ENQUÊTE SUR LES DATA CENTERS