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Scènes
Qu’est-ce qu’une série de tentures du XVIe siècle peut raconter de notre époque ? Bien des choses, selon le binôme de chorégraphes Bryana Fritz et Thibault Lac qui revisite La Dame à la licorne dans Baby-Horn, pétulant duo aux airs carnavalesques.
Arts
Rappel : ce n’est que depuis 1965 que les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire et travailler sans l’autorisation de leur mari. Croisant archives militantes et œuvres originales, l’exposition Où sont nos thunes ? replace l’argent au cœur de la question féministe.
Alors que L’Odyssée à la sauce Nolan tourne encore dans les cinémas, le CWB nous livre sa propre épopée entre récits intimes et pratiques antiques. Loin des poncifs du blockbuster, ici, place est faite à des voix authentiques qui, comme Ulysse, cherchent refuge dans un univers hostile.
Sept chanteurs, proches de la béatitude, entonnent des chants polyphoniques anciens sur la scène dépouillée du nouveau spectacle d’Alessandro Sciarroni. Évitant le kitsch du folklore, le plasticien et chorégraphe réactive ces textes du passé, véritables éloges du rapport direct que nous entretenions jadis avec le vivant.
Les cloches de l’apocalypse sonnent, le monde brûle et les ultrariches se terrent dans des bunkers. Paul, PDG d’une entreprise de pétrochimie, et sa fille Ami sont de ceux-là. Entre eux, une lutte sourde se joue à huis clos, opposant verbe et silence, que Marion Siéfert et Matthieu Bareyre mettent en scène avec sobriété.
Au Crédac, Pedro Barateiro sonde les tréfonds de l’imaginaire occidental et la fabrication du désir contemporain dans une généreuse exposition. Dessins colorés et psychologiques, films et sculptures, ouverts à des lectures multiples.
Notre mémoire nous joue parfois des tours. Dans This is Unreal, co-écrit avec Pierre Godard, Liz Santoro retrace sa vie au prisme de sa paramnésie, une maladie bénigne qui lui génère des souvenirs fictifs. IA à l’appui, l’artiste se lance dans une autobio fantasque et dansée, entre mémoire humaine et synthétique.
Par-delà le lac Léman, le célèbre jet d’eau et les ruelles chic du centre-ville genevois, à Vernier, un immense vaisseau vient d’émerger : 27 000 mètres carrés consacrés à la création artistique et à des projets citoyens. Retour sur le week-end d’ouverture du tout jeune espace Concorde.
Oubliez le spectaculaire et les pyramides humaines : des chaises à roulettes et de la vaisselle premier prix suffisent à Marc Oosterhooff et Owen Winship pour construire tout un univers. Avec une certaine ingéniosité et beaucoup d’espièglerie, les deux circassiens renégocient les termes de la virtuosité dans The Smallest Things.
Pour sa première pièce de groupe, le chorégraphie sud-africain Tiran Willemse fait exister la pensée politique qui travaille sa pratique depuis ses débuts dans un show riche en signes.
Poursuivant son projet d’adaptation au plateau des grands textes épiques, Pauline Bayle nous balade dans ce poème fondateur de la culture indienne avec le savoir-faire immaculé qu’on lui connaît. Une virtuosité qui, malgré de beaux éclats, nous laisse à distance du feu sacré.
Sur le temps long et en adoptant une adresse subtile, la chorégraphe polonaise Ewa Dziarnowska et son acolyte britannique Leah Marojević invitent le spectateur à s’émanciper du cadre performatif. Mais en est-il même capable ?
Avec Shout Twice, Mélissa Guex et Katerina Andreou imaginent une forme somatique à la croisée du spectacle de danse et du concert, pour réapprendre à voir comme à ressentir.
La chorégraphe Mathilde Monnier s’associe à la percussionniste Lucie Antunes pour une création musicale et chorégraphique. Le résultat : un Silence commun, qui relègue la danse en second plan et exalte la musique.
Pour se repeupler, Israël offre des voyages organisés aux jeunes gens étrangers de confession juive. Le tandem Winter Family détourne le discours de ces séjours culturels dans une satire grinçante qui révèle les racines du projet colonial.
Seule en scène, guitare électrique en renfort, Juliette Fribourg fait de son personnage de gynécologue le sismographe d'un droit fondamental sans cesse remis en jeu : celui de l’avortement.
Le monde ne se limite pas à ce que nous pouvons en percevoir. Avec une cinquantaine d’œuvres produites à l’école du Fresnoy à Tourcoing, ce Panorama 28 transforme cette évidence en inquiétude : comment rester attentif à ce qui nous échappe ?
À La Galerie, le Libanais Haig Aivazian revisite l’opposition ancestrale entre ombre et lumière. Au gré d’une minisérie animée, l’artiste convie les fantômes d’une guerre qui, comme toutes les guerres, met dos à dos amis et ennemis.
RENCONTRE AVEC LIZE SPIT & LOUISE CHENNEVIÈRE
Au XVIIIe siècle, Nantes était le principal port négrier français. Pour faire face à ce lourd héritage, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage et le Musée d’histoire de la ville ont imaginé Expression(s) décoloniale(s), une manifestation culturelle pour faire entendre la voix d’artistes afrodescendants. Cette année, deux artistes – le Sénégalais Omar Victor Diop et la Brésilienne Rosana Paulino –, interrogent ce legs historique avec la complicité de la curatrice béninoise Lylly Houngnihin. Rencontre avec Krystel Gualdé, directrice du musée et commissaire de ces expositions croisées.
Prendre les spectateurs à partie en plein show ou les imiter le long d’une performance personnalisée ; les balader en fauteuil roulant, les yeux bandés ; leur soutirer un secret en privé puis le révéler en public. Pendant des années, les Flamands de Ontroerend Goed ont joyeusement malmené leur auditoire. Mais ça, c’était avant. Depuis le COVID, l’entité pilotée par Alexandre Devriendt a changé son fusil d’épaule : pourquoi diviser quand les gouvernements le font déjà si bien ? Désormais, les expériences participatives du collectif visent plutôt à nous connecter – et tous les moyens sont bons. Summit nous convie à l’écriture d’une nouvelle constitution pour les arts. Thanks for being here scanne les gradins à la caméra et nous met face à ce qui constitue une communauté de spectateurs. Handle with care va plus loin et confie les clefs du spectacle au public : une scène, quelques instructions sur des bristols et à vous de jouer. Directeur artistique de la troupe, Alexandre Devriendt revient sur ce qui, en vingt ans, a transformé une bande de potes dont les performances trash agitaient Gand en une compagnie dont les aventures interactives font le tour de la planète.
« En tant que créateur, quelle est votre histoire ? » Pour le sixième volet du cycle Histoire(s) du théâtre, c’est au tour de Tiago Rodrigues d’affronter la fameuse question lancée par Milo Rau en 2018. Habité par la disparition d’un père charismatique, No Yogurt for the Dead aborde le sujet de la filiation et du deuil à travers une balade musicale et onirique en milieu hospitalier.
portfolio
Dans Salma, Mon Amour, Ahmed El Attar brosse le portrait d’une richissime famille du Caire ébranlée par la guerre à Gaza. Entre conflit générationnel et humanitaire, le metteur en scène égyptien fait tomber les masques.
La réalisatrice de Jeanne Dielman inspire à Maëlle Dequiedt un seul-en-scène tout en douceur qui laisse les préceptes encore novateurs de l’artiste belge infuser dans le quotidien de la comédienne.
Parfois il suffit d’un peu de plastique et de quelques ventilateurs. Quinze ans après Vortex et L’après-midi d’un Foehn, Phia Ménard imagine une nouvelle pièce autour du vent. Si elle est pensée pour un jeune public, Nocturne (Parade) ne cède à aucune simplicité, technique comme narrative.
Pour son premier spectacle, le performeur et metteur en scène Anthony Martine raconte, sur le mode du conte médiéval, son expérience d’homme noir et queer dans une société majoritairement blanche et hétéro. Ou quand le politique rencontre les paillettes.
Des bouts de peau qu’on pèle, des couches de perruques qu’on arrache : nul doute, Les Idoles sont de retour. Trois ans après leur duo scotché Reface, le collectif composé de Lise Messina et Chandra Grangean cultive sa technique de la métamorphose en interrogeant celle qui naît du lien collectif. Qui a dit que l’enfer c’était les autres ?
Dix-huit ans après sa pièce culte L’effet de Serge, le metteur en scène Philippe Quesne rouvre l’appartement mythique de son anti-héros. Dans Le paradoxe de John, le logement est devenu une galerie d’art et une troupe d’artistes y expérimente la fine frontière entre vacuité et geste poétique. Une méditation sur la valeur de l’art et les fragiles convictions de ceux qui en fabriquent.
Dans le cadre épuré d’un gymnase sur fond blanc, la chorégraphe s’interroge, en danse et en vidéo, sur la culture de l’unisson qui caractérise notre société. Et déjoue les effets de groupe, au propre comme au figuré.
Vous reprendrez bien un peu de philosophie ? Dans Tout doit disparaître, Stéphanie Aflalo se prépare à la mort de son père. Et la comédienne-dramaturge le fait à sa manière : à coup de rituels décalés ou de citations Yogi Tea. Un solo drôle et ingénieux sur la disparition des proches.
Photographie
Avec Vision, les chorégraphes Éric Minh Cuong Castaing et Aloun Marchal et la dramaturge Marine Relinger collaborent avec quatre artistes malvoyant·es et conçoivent un spectacle participatif qui remet en cause notre conception du spectaculaire.
Les glaces polaires fondent à vue d’œil et le Grand Nord a commencé à disparaître. Dans sa dernière création Immaqaa, ici peut-être, Mathurin Bolze imagine une scénographie ingénieuse et construit sa propre banquise sur scène, terre d’accueil d’une joyeuse troupe de huit circassiens.
Avec Delay the Sadness, Sharon Eyal compose un show autour de la perte et du deuil. Hommage à sa mère récemment disparue, la pièce est une cartographie sensible des différents états physiques et psychiques traversés pendant cette période suspendue.
Angelin Preljocaj sublime le chaos de la perte dans cette envoûtante fresque chorégraphique. Un Requiem(s) au pluriel où l’on expie collectivement la mort pour mieux célébrer la puissance de la vie.
Du jour au lendemain : le silence. La surdité a subitement frappé Brigitte, la mère de la comédienne Louve Reiniche-Larroche. Transposé au théâtre avec la metteuse en scène Tal Reuveny, ce drame donne lieu à une fresque familiale d’un nouveau genre : un seul en scène en playback. Car, si l’ouïe forge notre rapport au monde, que se passe-t-il lorsqu’on la perd ?
D’un côté, une création solaire et tellurique. De l’autre, une pièce lunaire et métallique. Dans le cadre d’un double programme commandé par le Ballet de l’Opéra national du Rhin, le chorégraphe français Léo Lérus a fait le choix du contraste pour mieux souligner la complémentarité entre son univers et celui de Sharon Eyal, figure israélienne du monde de la danse.