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Scènes
Posé dans un domaine agricole, Alouettes sensibilise son public aux problématiques de la terre via une série de témoignages interprétés à la fraîche. Joyeuse, légère – sans doute trop –, cette nouvelle proposition de théâtre documentaire s’en remet à la douceur d’une après-midi champêtre pour éveiller nos consciences écolo.
Arts
Cancer, myopathie, fatigue chronique et douleur : Benoît Piéron a passé une enfance « hors du champ de la vie ». Aujourd’hui, l’artiste transcende cette expérience dans des formes à la fois cute et subversives. Ses peluches, ses lits d’hôpitaux et ses cabanes magiques racontent, l’air de rien, une vie à la merci du corps médical. Dernièrement, au fil de ses rencontres dans le milieu queer, Benoit Piéron à découvert qu’en plus de ce qu’il appelle « ses maladies de compagnie », il est né intersexe. « Je n’ai jamais vraiment su qu’elle était ma lettre dans l’acronyme LGBTQIA+. » S’il l’ignorait, c’est parce que l’establishment hospitalier a pour habitude d’opérer l’intersexuation au plus jeune âge et conseille aux familles d’en faire un tabou. Pour son exposition personnelle au Palais de Tokyo intitulée Vernis à ombres, le quarantenaire ressuscite la baie vitrée de son enfance, derrière laquelle est projeté un film porno abstrait, geste radical par lequel il se réapproprie son corps. Alors, comment vit-on quand la société nous place à la marge de tout ? Réponse avec un artiste qui s’est fabriqué loin de la norme.
Avec Shout Twice, Mélissa Guex et Katerina Andreou imaginent une forme somatique à la croisée du spectacle de danse et du concert, pour réapprendre à voir comme à ressentir.
Spectacle pour cinq interprètes, un espace et un public, Orchestre vide, longing for you de Habib Ben Tanfous s’empare d’un loisir populaire, le karaoké, pour mettre en valeur ce dont on préfère ne pas se vanter : nos imperfections, nos failles, nos fausses notes.
Les 5 et 6 juin, la première édition du Sahab Festival consacre deux jours gratuits à la scène palestinienne contemporaine : artistes et chercheur·euses s’opposent à la destruction en cours à Gaza par une énergie commune, où créer, transmettre et partager deviennent des gestes de résistance.
Par Toutatis ! Olivier Martin-Salvan et Thomas Blanchard sont revenus au temps des Gaulois. Sous la plume de Marion Aubert, les deux comédiens fêtent leurs retrouvailles dans une pièce riche en grivoiseries et absurdités, pour le meilleur comme pour le pire.
En 2012, une bande de Scandinaves cassent le Festival d’Avignon. Pendant plus de trois heures, leur Conte d’amour nous pose devant une boîte étanche dont l’action est projetée en vidéo. À l’intérieur : le déclin morbide d’une famille nucléaire, entre violence et pédophilie, singé en grognements et en chansons. C’est le style Markus Öhrn : de la performance brute, potache et malaisante, qui tape droit dans les plaies de la psyché occidentale. Après huit ans d’absence sur les scènes françaises, l’Odéon invite à nouveau le Suédois, cette fois-ci pour une mouture en français de son adaptation d’Ingmar Bergman. Scènes de la vie conjugale, la série culte que le célèbre cinéaste réalise en 1973, subit le traitement « white box et masques grotesques » qu’affectionne aujourd’hui le plasticien et metteur en scène. À l’arrivée : un saccage du couple hétéronormé, mis à distance pour mieux maltraiter nos cerveaux.
Pas de scéno, pas d’écran, mais toujours des mises en abyme : le ponte du théâtre contemporain Milo Rau s’est prêté à l’exercice de la pièce itinérante du Festival d’Avignon sans perdre de vue ses marottes « méta ». Résultat : un duo de rue volubile qui passe de La Mouette à Jeanne d’Arc et tourne aujourd'hui dans les boîtes noires sans perdre de sa force.
L’artiste palestinienne Aysha E Arar présente une œuvre à haute charge spirituelle à la Ferme du Buisson, à la croisée de la peinture symboliste et du vidéo clip onirique.
Parfois il suffit d’un peu de plastique et de quelques ventilateurs. Quinze ans après Vortex et L’après-midi d’un Foehn, Phia Ménard imagine une nouvelle pièce autour du vent. Si elle est pensée pour un jeune public, Nocturne (Parade) ne cède à aucune simplicité, technique comme narrative.
À l’heure du monopole des GAFAM et de la militarisation technologique, la Villa Arson à Nice fait dialoguer deux artistes-penseuses majeures de l’ère internet. En miroir avec Magnanrama, panorama de l’œuvre dissidente de la Française Nathalie Magnan, l’Allemande Hito Steyerl met en lumière les conditions de travail de la classe ouvrière du numérique avec l’installation Mechanical Kurds. Une exposition bicéphale qui souligne l’impact cognitif du digital.
Deux artistes, deux générations : Mire Lee est une petite célébrité de l’installation contemporaine, Pipilotti Rist est reconnue depuis les années 1980 en tant que plasticienne et vidéaste féministe. À l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, ces mini-rétrospectives croisées ouvrent une zone pour penser le corps et ses affects. Bienvenue dans The Psycho(Somatic) Zone.
Un artiste qui explore ses origines le fait-il au risque d’exotiser sa propre culture ? Dans ce solo bricolo, le metteur en scène Jonathan Capdevielle et le comédien Dimitri Doré pénètrent cette zone trouble, entre récit d’adoption et reconstitution du folklore balte.
Attention : « le jour de colère » va s’abattre sur l’Opéra de Nancy-Lorraine et c’est César Vayssié qui en sera le chef d’orchestre. Le Dies Iræ, déchaînement de furie lyrique abondamment repris dans la pop culture, est l’un des thèmes phares de la Messa da Requiem de Giuseppe Verdi, dont l’artiste s’est vu confier l’adaptation. Metteur en scène et vidéaste, sa trajectoire est pourtant aux antipodes de la tradition opératique : ses projets hybrides entre scène et film captent des corps à la marge et sa caméra est plébiscitée par la danse contemporaine, Boris Charmatz en tête. Dans sa relecture de cette œuvre liturgique, l’Apocalypse, c’est ici et maintenant, et avec une barre de pole dance géante au plateau. Entretien avec un outsider de l’opéra.
ENSEIGNER SOUS TRUMP 2 : À QUI PROFITE LA FUITE DES CERVEAUX
Prendre les spectateurs à partie en plein show ou les imiter le long d’une performance personnalisée ; les balader en fauteuil roulant, les yeux bandés ; leur soutirer un secret en privé puis le révéler en public. Pendant des années, les Flamands de Ontroerend Goed ont joyeusement malmené leur auditoire. Mais ça, c’était avant. Depuis le COVID, l’entité pilotée par Alexandre Devriendt a changé son fusil d’épaule : pourquoi diviser quand les gouvernements le font déjà si bien ? Désormais, les expériences participatives du collectif visent plutôt à nous connecter – et tous les moyens sont bons. Summit nous convie à l’écriture d’une nouvelle constitution pour les arts. Thanks for being here scanne les gradins à la caméra et nous met face à ce qui constitue une communauté de spectateurs. Handle with care va plus loin et confie les clefs du spectacle au public : une scène, quelques instructions sur des bristols et à vous de jouer. Directeur artistique de la troupe, Alexandre Devriendt revient sur ce qui, en vingt ans, a transformé une bande de potes dont les performances trash agitaient Gand en une compagnie dont les aventures interactives font le tour de la planète.
« En tant que créateur, quelle est votre histoire ? » Pour le sixième volet du cycle Histoire(s) du théâtre, c’est au tour de Tiago Rodrigues d’affronter la fameuse question lancée par Milo Rau en 2018. Habité par la disparition d’un père charismatique, No Yogurt for the Dead aborde le sujet de la filiation et du deuil à travers une balade musicale et onirique en milieu hospitalier.
Le théâtre de Sylvain Creuzevault nous avait habitués à une promesse ambiguë de grand soir. Des paroles jusqu’à la saturation. L’idéal porté à démesure. Le verbe trop haut pour la chair. Les idées trahies par les corps : dis-moi « révolution », je sortirai ma bite. Parle-moi de Dieu, je te répondrai avec un pet. De pièces en pièces, le metteur en scène de 43 ans remonte l’histoire à rebrousse-poil : Robespierre dans Notre terreur, Marx dans Le Capital et son singe, Dostoïevski qui regarde, en visionnaire, « par-delà le socialisme athée » dans Les Frères Karamazov. Le théâtre de Creuzevault dessine sa propre généalogie communiste, une « histoire à soi » des vaincus. Dernièrement, avec L’esthétique de la résistance et Edelweiss, France Fasciste, il s’est joué du récit officiel de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, le voilà qui accoste dans l’Italie des années 1960 et 1970. En s’emparant de Pétrole de Pier Paolo Pasolini, il porte encore au plateau une œuvre impossible. Pourquoi ? L’homme est peu disert sur cette question : « Parce que j’en ai le goût. » Dans une enfilade de notes, l’auteur dresse le portrait d’une société prise en étau entre les pressions du Vatican et les désirs d’émancipation, entre tradition et consommation. En toile de fond, un pouvoir corrompu, des relents coloniaux, l’action directe des Brigades rouges et le vrai terrorisme : celui de l’État. Au centre, un homme partagé entre ses aspirations à la réussite et ses désirs interlopes, la petite musique lancinante du refus de parvenir. De ce roman inachevé – le poète italien meurt avant sa publication dans des circonstances troubles – Sylvain Creuzevault tire sa pièce la plus désespérée. L’intensité est devenue fébrilité, les corps s’absentent, le rire abîme les dents.
ANARCHISME ET ADORATION, AVEC LES NOUVEAUX « CATHOS DE GAUCHE »
Vous reprendrez bien un peu de philosophie ? Dans Tout doit disparaître, Stéphanie Aflalo se prépare à la mort de son père. Et la comédienne-dramaturge le fait à sa manière : à coup de rituels décalés ou de citations Yogi Tea. Un solo drôle et ingénieux sur la disparition des proches.
Mise en scène explosive du jeune chorégraphe Némo Flouret, Derniers feux nous nous convie aux préparatifs d’une cabale mystérieuse. Un tableau brut, sur lequel projeter toutes les urgences du moment.
Artiste multitâche connue à la scène comme à l’écran, Vimala Pons revient au théâtre avec un nouveau mastodonte. Composition chorale pour dix interprètes, Honda Romance propose un triptyque halluciné sur nos affects réprimés par le régime techno-capitaliste.
C’est au Liban qu’elles ont vu la mer pour la première fois et qu’on leur a arraché leur humanité. Les trois interprètes de When I saw the sea, la dernière création d’Ali Chahrour, sont des rescapées de la Kafala, un régime de tutelle qui peut basculer vers l’esclavage moderne au Moyen-Orient. Le chorégraphe libanais fait de la scène un espace concret de reconstruction des corps et de libération de la parole.
Les corps peuvent-ils échapper à l’emprise martiale au sein d’une société en cours de militarisation ? Marco da Silva Ferreira l’envisage dans F*cking Future, récit d’émancipation pour neuf interprètes, au risque d’esthétiser l’autorité.
Le plasticien Jérémie Bennequin souffle un vent mystique dans la Crypte d’Orsay. C’est celui du Cantique des cantiques, poème millénaire qu’il réinvente dans une installation poétique et conceptuelle où les mots déclenchent des formes et des fragrances.
Les images mentent. Capturer le réel ? Plus personne n’y croit. L’IA déferle avec son contenu standardisé et bas de gamme, les pouvoirs politiques lissent les représentations à mesure que les fractures sociales s’intensifient. Le centre de la photographie de Mougins fait un détour par les années 1970 et le surréalisme du photographe André Villers pour revenir au présent avec les images accidentées d’Elsa Leydier et Clara Chichin. Faudra-t-il anéantir l’image pour mieux voir ?
Pouvoir surnaturel ou trucage ? Veut-on vraiment savoir ? Au CAC Brétigny, Show d’Houdini rassemble le travail de huit artistes contemporain·es sous le signe du légendaire illusionniste. Sur la scène du centre d’art : marionnettes arnaqueuses, boîtes surprises et peinture ésotérique.
Photographie
portfolio
« Qui commet le meurtre d’un homme qui se tue ? » Cette question ouvre Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo — une enquête intime, poétique et familiale qui embrasse les blessures de l’histoire européenne. Sur la scène du Théâtre Vidy-Lausanne, Valérie Dréville et Guy Cassiers donnent corps à ce Thésée moderne et nous invitent, nous aussi, à parcourir le labyrinthe de la mémoire. Mouvement vous emmène en coulisses de la création du spectacle.
Dans sa nouvelle fiesta chorégraphiée, Marlene Monteiro Freitas s’inspire (très) librement du recueil de contes perses Les Mille et Une Nuits. En bon clown aguerri, la metteuse en scène cap-verdienne contourne l'écueil de l'exotisme et s’intéresse aux stratégies de diversion et de révolte qui habitent le texte.
La sud-africaine Ntando Cele ouvre le festival Next avec Wasted Land : un quatuor de chanteurs erre dans un monde post-apocalyptique et nous pousse à faire face aux conséquences de nos habitudes de consommation.
Pas besoin de scène ni de gradin pour faire l’expérience de Je suis une montagne, installation performative signée Eric Arnal Burtschy. Dans l’air flottent une soixantaine de transats suspendus à des câbles. Là, allongé et les yeux fermés, le public s’engouffre dans un tunnel de sensations : chaud, froid, vent, vibrations et même une rasade de pluie en fin de parcours. Une bande son accompagne le voyage : des infrabasses, quelques frôlements, jusqu’à un paroxysme de textures synthétiques. Issu de la danse, le metteur en scène en est à sa deuxième création ne requérant aucune présence humaine en plateau – si ce n’est pour assurer la sécurité des participants. Médium artistique du futur ? Simulation environnementale ? Trip psychédélique ? À vous d’en décider – si vous ne craignez pas l’obscurité ni les orages.
Lieu commun des pancartes de manif’, l’image du grand manitou déplaçant les masses du bout d’un fil n’épargne aucun dirigeant un peu trop oublieux de l’intérêt commun. Avec Le Ring de Katharsy, Alice Laloy prend la métaphore marionnettique au pied de la lettre. Au rythme de quatre matchs sans pitié, six pantins en chair et en os subissent les directives de leurs leaders.
Après les variations sur papier de PLI (2022), Inbal Ben Haim s’intéresse aux possibilités formelles de la corde lisse à travers un dispositif où les spectateur·ices font évoluer la scénographie en direct. Une pièce à la narration encore fragile, qui parvient néanmoins à tisser une relation singulière à son public.
Avec Marius, adapté du classique de Marcel Pagnol, Joël Pommerat propose une création ultra-classique autour de l’enfermement social. Un virage inattendu pour le virtuose de l’hyper-réalisme magique. Sauf à considérer l’étroite coïncidence entre l’asphyxiante paralysie de Marius et le parcours de vie des acteurs qui l’incarnent.