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Cinéma
Chez Mouvement, on aborde la société par son revers, à contrepied. Alors, pour honorer notre collaboration avec LaCinetek, plateforme de streaming dédiée aux films « de patrimoine », notre sélection de longs-métrages se fait un brin rebelle et s'attelle à présenter les classiques du tout jeune XXIe siècle. De 2000 à nos jours, la liste du magazine est un kaléidoscope de points de vue sur le monde tel qu’il est – et tel qu’on le montre peu. De vrai-faux films de noël, à savourer pendant les fêtes.
De l’errance d’un vingtenaire dans un bled des Alpes du Sud, un trio de jeunes cinéastes tire une ode doucereuse au « rien faire » à la croisée d’Alain Guiraudie et du ciné indé américain. Tout l’inverse de vos vacances à la montagne.
La cinéaste Alice Diop a signé huit documentaires et un film de fiction, Saint Omer, récompensé du Grand Prix du Jury à Venise en 2022. À 45 ans, elle monte pour la première fois sur les planches cet hiver dans Le Voyage de la Vénus noire. Puisque « nous sommes obligés de trouver des moyens nouveaux pour dire la même chose », Diop aménage les formes pour raconter l’intime, l’histoire et l’identité. Échange transatlantique à l’ombre de sa bibliothèque, dans sa maison de Montreuil.
Apôtre d’un cinéma artisanal et jardinier à son propre compte, Pierre Creton a réalisé une vingtaine de films sans catering ni casting. Ancien ouvrier agricole, il filme la traite des vaches et les potagers de ses clients entre deux scènes érotiques. Un prince, son cinquième long métrage, sort en salles prochainement. Rencontre à domicile, dans le bocage enchanteur du Pays de Caux.
Solitude, précarité et paranoïa fleurissaient dans une sélection inégale, dominée par un auteurtainment sans subtilité. Une poignée d’œuvres détonnaient cependant par leur approche sensorielle du fait social. Le jury ne s’y est pas trompé en récompensant Les dimanches de Alauda Ruiz de Azúa et Histoires de la bonne vallée de José Luis Guerin, deux coproductions franco-espagnoles.
Comment vit la jet-set de Tel Aviv pendant que Tsahal pilonne Gaza, à tout juste 70 kilomètres de là ? Dans l’excès, hors sol, dopée à la propagande d’État, plus carnassière que jamais. C’est cette réalité que pénètre Oui, cinquième long métrage du réalisateur israélien Nadav Lapid, basé à Paris depuis 2021. Un film inconfortable, qui éclate à la gueule, saisi de convulsions et de ruptures de ton, « malade » d’après son propre auteur. Comme témoins embarqués de cette hystérie collective, le cinéaste a choisi Jasmine et Y., couple d’entertainers-escorts survoltés, de toutes les soirées mondaines. Elle est danseuse, bien décidée à en découdre avec les machos fachos du pays. Lui est pianiste-performeur et négocie sa soumission au régime qui lui commande un hymne appelant à la conquête de Gaza. Dans les résidences de luxe de la capitale, on se débauche en serrant les dents tandis que les notifs de smartphone font le décompte des victimes et qu’au loin, la fumée des bombardements s’élève dans le ciel. Sous une forme hallucinée, Oui dit la gangrène morale qui ronge les élites israéliennes. Un brûlot moderne dont répond Nadav Lapid, conscient de signer là son dernier film dans son pays natal.
Le FID propose, cette année encore, un tour d’horizon mondial du cinéma de recherche, engagé tant dans sa forme que dans ses méthodes de production. La rétrospective Radu Jude, éclatante d’inventivité et de radicalité, formait le centre de gravité d’une sélection en demi‑teinte.
Ça remue fort en Roumanie. Fin 2024, un scrutin présidentiel est invalidé : le candidat vainqueur du premier tour, un soixantenaire prorusse jusqu’ici inconnu, aurait piraté TikTok pour booster sa campagne. Retour aux urnes en mai prochain. Pendant ce temps, sur la côte de la mer Noire, ça charbonne sur le chantier de la plus grosse base militaire en Europe de l’OTAN. Et, c’est historique : le pays vient d’intégrer l’espace Schengen. À la bonne heure ! Ce chaos made in Romania, personne ne l’embrasse mieux que Radu Jude. Il y a vingt ans, cet ancien réalisateur de pub signe ses premiers films alors que le pays s’invente un cinéma post-Révolution. À l’Ouest, le socio-réalisme de la « Nouvelle vague roumaine » a la cote, mais le cinéaste trace sa propre route : des formes barrées et un regard acide sur les vieux démons du pays. Dans sa filmographie, il y en a pour tous les goûts : des docus plombés sur la persécution des Juifs en Roumanie, des essais DIY – l’histoire roumaine à travers des publicités d’archive, un patchwork de vues webcam sur la tombe d’Andy Warhol – ou des longs métrages qui conjuguent satire nihiliste et prouesses formelles. Ce sont ces derniers qui le placent parmi les cinéastes du moment en Europe. Dans Bad Luck Banging or Loony Porn (2021), Ours d’Or à Berlin, et N’attendez pas trop de la fin du monde (2023), des héroïnes à bout de nerfs se cognent au capitalisme tardif et au conservatisme bas du front qui pourrissent l’époque. Mais Radu Jude a toujours l’idée de montage qui tranche ou une citation littéraire bien sentie pour relever ces chroniques du cynisme moderne. Sur son agenda en 2025 : la sortie de deux longs métrages tournés au débotté – les tribulations d’une huissière rongée par la culpabilité ; une relecture du mythe de Dracula – et un projet de film en France, à l’automne. Dans un Bucarest encore fumant de ses turbulences électorales, le cinéaste, qui a appris le français en potassant la presse ciné à l’Institut Français, nous a reçus à proximité de son banc de montage. Du 23 septembre au 11 octobre, il est à l'honneur de la rétrospective parisienne « Radu Jude, cinéaste intranquille », organisée par le Centre Pompidou au cinéma Mk2 Bibliothèque.
Au festival marseillais Music & Cinema, le film est aussi affaire de son. Pour l’illustrer, 11 longs métrages et 64 courts composent le programme, tous issus de la jeune création internationale. Mouvement vous trace un chemin en trois films dans cette 26ème édition : de la Géorgie à la Slovénie en passant par l’Allemagne, avec beaucoup de libido juvénile, des déboires familiaux et, à la clef, l’épanouissement, promis.
Comment représenter le réel quand il nous échappe ? Loin des codes de la narration dominante, des cinéastes s’attellent coûte que coûte à cette lourde tâche et le Cinéma du Réel les met en lumière. Pour sa 47èmeédition, la première hors du Centre Pompidou, le festival déménage dans plusieurs salles du Quartier Latin, repaire historique de la cinéphilie. À l’affiche : 37 films plus une flopée de sélections parallèles et de séances spéciales. Dans cette masse, Mouvement vous guide : Don Quichotte dans la tess, du coaching de vie par le BDSM et les racines du mal néo-conservateur made in USA.
Dans le cadre du programme « Objet catalans non identifiés » au théâtre Garonne, le duo Cabosanroque partage deux œuvres récentes du cinéma espagnol. La première, Canto cosmico, épouse la grâce de Niño de Elche, chanteur-performeur à l’avant-garde du flamenco, également à l’affiche du festival. La seconde, Segundo premio, qui a représenté l’Espagne aux Oscars 2025, capture la scène rock andalouse des années 1990.
Lucrecia Martel, figure du « Nouveau cinéma argentin », fait peu de films mais touche à tous les genres : l’épouvante, la bande dessinée, la science-fiction. Elle s’intéresse aux classes sociales, la sienne d’abord : sa « trilogie de Salta », du nom de la ville où elle est née au nord du pays en 1966, décrit un monde bourgeois dont les attitudes exercent une violence sourde sur leur environnement. Dans La Ciénaga (2001), les enfants chassent dans la forêt pendant que les adultes s’enivrent au bord de la piscine et qu’un orage annonce un danger imminent. L’adolescente de La Sainte Fille (2004) poursuit un docteur venu se frotter contre elle, tandis que La Femme sans tête (2008) commet un délit de fuite sans que l’on sache si elle a renversé un chien ou un enfant, son entourage s’efforçant de faire comme si de rien n’était. Hantés par la dictature argentine, ces films donnent à sentir, sans commentaire, la domination et la complicité d’une classe aisée et blanche. Pour autant, les névroses qui circulent dans le cinéma de Lucrecia Martel n'éclatent jamais tout à fait à l'écran. C’est le son, dont elle ne cesse de clamer l’importance, qui les prend en charge. Son dernier film, Zama (2017), aborde la colonisation espagnole du XVIIIe siècle et met en scène un piteux fonctionnaire du vice-Roi des Indes qui attend en vain sa mutation. Depuis, tout en réalisant régulièrement des films courts, Martel travaille sur un documentaire qui traite de la résistance des communautés indigènes contre la spoliation de leurs terres, sujet d’autant plus crucial que l’Argentine s’est vouée à un économiste d’extrême droite armé d’une tronçonneuse. La cinéaste présentera son nouveau long métrage documentaire, Nuestra Tierra à Paris lors de la soirée d'ouverture de la 48e édition du festival Cinéma du Réel.
Qui d’autre que le provocateur catalan pour filmer la corrida en 2024 ? Attendu depuis Pacifiction, césarisé en 2023, Albert Serra dresse le portrait au ras du corps de Andrès Roca Rey, matador à la gueule d’ange. À la fois inscrit dans un passé mythique et tourné vers l’avenir du cinéma, cet anti-documentaire contourne les polémiques qui criblent la corrida en prenant le risque d’en révéler la dimension métaphysique.
En Asie du Sud-Est, on a beaucoup à célébrer en 2025 : rien qu’au Vietnam, 80 ans d’indépendance et 50 ans depuis la fin de la guerre, puis au Cambodge aussi, 50 ans depuis la prise de Phnom Penh par les Khmers Rouges. Le festival Si Loin Si Proche, le seul en France à se pencher sur cette région d’Asie, se saisit de ces dates anniversaires pour éclairer le présent de trois pays voisins – Laos, Cambodge et Vietnam – et de ses diasporas. Performances, rencontres, musique, courts et longs métrages : Mouvement fait sa sélection dans la programmation.
Société
Inexistant au début du millénaire, le cinéma corse explose. Trois films insulaires étaient présentés au dernier festival de Cannes. Sur l’île, le septième art est vécu comme un moyen de réinvestir les représentations identitaires : raconter son histoire de la violence, puis passer à autre chose. Des acteurs non professionnels – adolescents sans histoire ou anciens militants du FLNC – tiennent le haut de l’affiche. Une épopée entre mer et montagne, de Bastia à Bastelica, garantie sans Christian Clavier.
Des étudiantes autrichiennes oisives, une rando herboriste, un hippopotame traqué, un film-performance sur la bête du Gévaudan, et une relecture du conte d’Aladin : au Festival international du Cinéma de Marseille, chacun sa légende. Mouvement s’arrête sur cinq films en compétition lors de cette édition prématurée en raison des JO.
Dans le monde anglo-saxon, les coordinatrices d’intimité sont devenues monnaie courante sur les plateaux de cinéma ; en France, où l’auteur est roi, les réticences sont grandes mais l’idée fait son chemin. Mouvement a interrogé les pionnières du métier ainsi que des acteurices, des productrices et une réalisatrice. Protocole expérimental pour saboter le cinéma-prédateur.
Une sieste à plusieurs à Taïwan. Un bavardage sur un rond-point à Sri Lanka. Une rando à 3 000 mètres d’altitude au Pérou. L’air est moite et les journées s’étirent : malgré son titre de blockbuster, The Human Surge 3 prend son temps. Au gré de quelques courts et d'un premier long-métrage (The Human Surge en 2016 – le second volet n’existe pas), le réalisateur Eduardo Williams s’est fait l’artisan d’un cinéma d’immersion où le ressenti et la durée priment. Son adjuvant favori pour restituer cette sensualité est la prise de vue à 360°, façon Google Street View ou first person shooter. Son nouveau docu-fiction a été tourné à l’intérieur d’un casque de réalité virtuelle : les glitchs sont fréquents et restitués tel quel ; l’image ultra-panoramique s’affaisse sur les bords comme la Terre vue du ciel. Mais à l’inverse des géants de la tech qui abusent de cette technologie pour contrôler nos villes, le cinéaste argentin s’en saisit pour proposer une observation méditative du genre humain dans son environnement. Formé au Fresnoy sous l’égide du réalisateur portugais Miguel Gomes, Williams pose un regard multidimensionnel sur des fragments de vie et éclate la mappemonde. Mais si The Human Surge 3 défie les catégories, le film a des antécédents : les embardées les plus mystiques de Terrence Malick, les stases et les zones aqueuses d’Apichatpong Weerasethakul, le naturalisme dans le détail d’Abdellatif Kechiche et l’innovation formelle de l’école expérimentale. Ses personnages, éparpillés dans trois pays du Sud global, ont aussi des points communs : les frustrations de la précarité, la jeunesse et ses élans. Eduardo Williams invite à sentir le monde à travers leurs yeux, leurs corps. Et à devenir ce spectateur omniscient par le biais d’une technologie détournée à des fins émancipatrices – une fois n’est pas coutume.
37 ans après avoir été tournés, certains documentaires résonnent encore. Peut-être parce que le monde ne change pas tant que ça ; probablement parce que ces films visent juste et touchent à des réalités qui perdurent, bien après la mort de leurs protagonistes. Classified people, tourné en Afrique du Sud en 1987, est de ceux-là. On y suit un vieux couple démesurément amoureux en plein apartheid : Doris est une femme noire ; Robert pensait être un homme blanc avant que les autorités n’en décident autrement. Sa première femme le quitte et ses enfants le rejettent pour échapper à la ségrégation. La matrice du cinéma de Yolande Zauberman se dessine dans ce premier film : la rencontre au centre, et un dispositif simple qui déroule comme par magie une incroyable intimité. L’amour, la religion, la politique. Parisienne d’origine polonaise, locutrice du yiddish, c’est sa rencontre avec le réalisateur israélien Amos Gitaï qui la fait basculer. « Le cinéma m’a éduquée et la caméra m’a mise debout », dit-elle. Sans commettre d’effraction, à la manière d’une psychanalyste, Yolande Zauberman pousse des portes verrouillées à triple tour. Elle trouve la lumière dans les zones les plus sombres de l’humanité. Pour M (2018), elle s’est immiscée à Bnei Brak, capitale des juifs ultraorthodoxes, avec un jeune homme qui cherche à confronter ses violeurs. En revenant sur les lieux des crimes, ce film met la focale sur le scandale d’une pédophilie à grande échelle, et dévoile le cercle vicieux qui transforme les victimes en bourreaux. Avec La Belle de Gaza, présenté à Cannes cette année, la cinéaste poursuit sa quête dans la nuit de Tel Aviv aux côtés de femmes trans, demi-déesses marginalisées. C’est parfois dans le noir que se révèle le vrai visage de la société.
Immersion dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, bien après le saccage de la police et l’abandon du projet d’aéroport. Pour leur deuxième collaboration, Guillaume Cailleau et Ben Russell dressent un état des lieux une fois le calme revenu dans le bocage. Sur 3h30, peu de discours militants, peu de dialogues, mais plutôt la vie simple au quotidien. Primé à la dernière Berlinale, DIRECT ACTION prend la réalité du terrain à bras-le-corps et rend compte d’une utopie tout à fait concrète.
Documentaires d’auteur, expériences formelles, essais filmiques : du 22 au 31 mars à Paris, le Cinéma du Réel réunit ce que l’on ne voit pas ailleurs. Si la programmation vous perd, Mouvement a repéré pour vous trois portes d’entrée.
Ben Rivers est de ces cinéastes secrets. Seuls trois de ses longs métrages ont été diffusés dans les salles françaises : Two Years at Sea (2011), Un sort pour éloigner les ténèbres (2015), coréalisé avec Ben Russell, et Krabi, 2562 (2019). Pour les autres, une bonne quarantaine tous formats confondus, il faut fouiller du côté des espaces d’art et des festivals de cinéma indépendant. Chez lui, le documentaire anthropologique se fond dans l’expérience sensorielle. Tournées le plus souvent en 16 mm, alternant noir et blanc opaque et jaillissement de couleurs, ses fables non-narratives cultivent une apparence artisanale, à la mesure des thématiques qui l’occupent : l’instinct de survie, la communauté à venir à l’aune de l’effondrement et la transfiguration possible dans un monde courant à sa perte.
Le Wu-Tang Clan au réveil. La clope électronique sur le banc de montage. Et le tennis, le soir à la télé. Début 2023, Bertrand Bonello terminait son dixième film, La Bête, en salle le 7 février. En plein chantier, entre le doute et l’excitation, il se confiait à Mouvement. Pour un cinéaste, le montage est ce moment de sculpture décisif — celui où le romancier reprend ses phrases et le mécanicien règle un moteur. La Bête, triptyque d'anticipation qui devait compter Gaspard Ulliel au générique, s'inspire d'ailleurs d'une nouvelle de Henry James. Un film phénix, un rescapé, qu’on aurait du mal à classer dans une filmographie où s’enchaînent la fresque intimiste (L’Apollonide, 2011), le biopic hypnotique (Saint Laurent, 2014) et le cauchemar eschatologique (Nocturama, 2016), avant un teen-movie plein de fantasmes (Zombie Child, 2019) et une youtubeuse tout en énigmes (Coma, 2022). Alors, pour décortiquer ses images, Bertrand Bonello s’interroge sur ce qui les suscite. La solitude. La rêvasserie. Sa fille. Et la musique, du piano de l’enfance au hip-hop d’aujourd’hui - ou du bâtisseur de l'atonalité Arnold Schönberg, qu'il fantasme dans une mise en scène musicale à la Philharmonie de Paris.
Un patrimoine rural à l’agonie quelque part en Italie, dans un passé plus ou moins distant : les années 1980 ou un âge préromain, ou les deux en même temps. Au début il y a la tombe, à la fin le destin – dans l’intervalle, advienne que pourra. Dans les films d’Alice Rohrwacher, des paysans, des forains et des brigands se déplacent dans les ruines et le spectateur s’égare dans la narration. Il n’a pas toutes les clés de compréhension : le cinéma est un des derniers endroits où se promener sans carte ni destination. La réalisatrice présente La Chimère, sélectionné à Cannes en 2023, dernier volet d’une trilogie consacrée au centre de la botte où elle a grandi. Le film relate les péripéties d’un gang de tombaroli, ces pilleurs de tombes étrusques qui défrayaient la chronique dans l’Italie des années 1970 et 1980. Arthur, leader malgré lui de cette bande de joyeux voyous, possède le don de détecter les sites antiques enfouis sous terre. Héritière d'un néoréalisme teinté de magie, Alice Rohrwacher met en scène des personnages habités par un lien spirituel avec l’invisible, intercesseurs entre le monde des vivants et celui des défunts, entre le cinéma documentaire et la mythologie romantique. Au mois de décembre, le Centre Pompidou lui consacre une rétrospective accompagnée d’une exposition-installation intitulée Bar Luna : décor central de La Chimère, point de départ d’un voyage vers l’amour et la mort.
Du 10 au 12 novembre au CENTQUATRE, la cinéaste réunit des femmes noires artistes autour d’un thème : reformuler. Performance, vidéo, peinture, musique et littérature : autant de prismes par lesquels envisager la féminité noire aujourd’hui, et sa place dans la France contemporaine, mais surtout faire avancer collectivement une réflexion située.
Entre fiction poétique, essai documentaire et expérimentation plastique, la 34ème édition du Festival International de Cinéma de Marseille présentait une large palette de formes et d’écritures, souvent placées sous le signe de la rencontre et mues par un esprit de communauté. Les films inclassables et non formatés, parfois à la lisière de l’amateurisme, y étaient accueillis avec les honneurs, au même titre qu’un cinéma narratif à l’ancienne.
Pour son second long-métrage, Mehdi Hmili plonge dans la violence du Tunis interlope de son enfance. Le cinéaste signe avec Amel et les fauves un film puissant et personnel en point d’interrogation : quel lendemain pour la société tunisienne ?
Aux Mourinoux, quartier d’Asnières-sur-Seine, les habitants partagent leur spleen et leur rêve d’évasion. À l'occasion du week-end pluridisciplinaire Sur les bords au T2G, Rayane Mcirdi présente Le Croissant de feu, court métrage entre fiction et documentaire, sous le signe de la nostalgie.
Réfractaire au formatage et aux classifications de genres, le Festival du moyen-métrage de Brive célébrait cette année sa 20eme édition dans l’allégresse. Contrecoup des années covid, la tonalité des films était à contrario plutôt morose, traversée par les motifs récurrents du deuil impossible, des rendez-vous manqués et des fantômes d’amours passées. À moins qu’il ne s’agisse de leur résurrection ?
C’est avec une œuvre radicale qu’elle alimente le cinéma français depuis 35 ans. Printemps 1988 : Chocolat électrise et divise les spectateurs du Festival de Cannes. Claire Denis a lâché son premier film, celui d’une femme blanche éduquée dans le crépuscule de l’Afrique coloniale, formée auprès de Wim Wenders et Jim Jarmusch, lectrice de Frantz Fanon : un cinéma subtil, intelligent, interprétable. On lui explique alors que son regard est sexualisant, en plus d’être symptomatique de son genre. La réalisatrice réfute ces deux accusations : elle ne veut pas faire des films de femme, pas plus que des films d’homme. Depuis, elle arpente les coursives du cinéma d’auteur, du fait divers à la science-fiction, de la banlieue parisienne à Djibouti, d’Isabelle Huppert à Vincent Lindon. Hollywood la courtise régulièrement ; ses films sont encore assez peu montrés en France. Elle a reçu l'année dernière le Grand Prix du Festival de Cannes pour Stars at Noon, actuellement en salles, et le prestigieux Ours d’argent à la Berlinale pour la réalisation de Avec amour et acharnement, adapté d’un roman de Christine Angot. À 76 ans, ni le conformisme, ni les paillettes des grandes cérémonies ne la contraignent à regarder le monde comme il faudrait. Elle taille la route avec ses personnages, fidèle à leurs erreurs, chroniqueuse de leurs bifurcations. Des errances désirantes.
Parmi les œuvres filmées d’Exposé.e.s figure un portrait truculent, celui du militant d’Act Up Hervé Couergou, emporté en 1994 par l’épidémie. Vagabond dandy, artiste à ses heures, on le rencontre en famille, chez des amis, à travers ses chansons et ses poèmes - ou bourré sur son lit. Tout en surimpressions vidéo et digressions domestiques, c’est Lionel Soukaz qui l’a croqué dans son Journal Annales, travail au long cours initié caméra au poing en 1991, que met en forme son ami cinéaste Stéphane Gérard. Soukaz compte parmi les quelques pionniers queer du cinéma indépendant français. En 1978 il réalise Race d’Ep, film composite et espiègle entre fiction et docu retraçant une histoire de l’homosexualité sur des textes du militant Guy Hocquenghem. Lui succède Ixe en 1980, collage épileptique et autodestructeur dans la tradition expérimentale. Censurés en leur temps, ces deux films, reflets kaléidoscopiques d’une condition gay pré-SIDA, n’ont vécu qu’en festival depuis. Ces photogrammes en sont tirés.
Entretien avec la réalisatrice britannique qui a fait d’une vache Holstein la protagoniste de son quatrième long métrage, un documentaire quasi-muet qui interroge le rapport de l’homme à l’animal d’élevage. Cow est actuellement en salles.
La voie toute tracée vers la gloire ? C’est celle qu’aura contournée à dessein le poète, éditeur, musicien et cinéaste Piero Heliczer (1937-1993), ignoré de son vivant en dépit de sa contribution décisive à la Beat Generation et auquel une exposition est consacrée ces jours-ci à Bagnolet. Retour sur la destinée chaotique de cette étoile filante de la constellation warholienne.
Après avoir déclenché la ferveur du festival de Cannes, le dernier film d’Albert Serra débarque en salles. Tourné à Tahiti en plein confinement, Pacifiction ausculte la paranoïa attenante au pouvoir, avec en toile de fond la reprise des essais nucléaires de l’État français en Polynésie. Mêlant exotisme postcolonial, satire politique et romance aberrante, tout en s’aventurant par l’image du côté de David Lynch ou de Michael Mann, le film respire l’excentricité à chaque plan. Et c’est d’une splendeur à se damner. Albert Serra ouvre une voie nouvelle dans son cinéma, plus fiévreux et envoûtant que jamais, et offre à Benoît Magimel un rôle à la hauteur de sa stature. Conversation avec le maestro catalan.
D’année en année, le FIFIB (Festival International du Film Indépendant de Bordeaux) porte haut la flamme d’un cinéma indépendant, fortement ancré dans les problématiques contemporaines. Accessible et exigeante, la programmation constitue aussi un vivier de jeunes cinéastes à suivre de près. Quatre films en lice, traitant d’exil dans un monde de plus en plus uniformisé, ont retenu notre attention.
Si la compétition officielle de cette 70ème édition abritait en majorité des productions calibrées pour les plateformes, une poignée de films dans les sections parallèles rehaussaient le niveau d’une édition travaillée par des questionnements sur la violence patriarcale, la non-binarité et l’éveil du désir, avec une prédominance bienvenue de réalisatrices.
La 31e édition du festival Biarritz Amérique latine a été l’occasion de découvrir Mafifa, le merveilleux long métrage d’une jeune réalisatrice de La Havane, Daniela Muñoz Barroso. Dans celui-ci, elle part en quête d’une autre femme, une sonneuse de cloche aujourd’hui disparue, musicienne mythique, une des grandes figures de la conga de Santiago de Cuba.
Un homme seul avec sa caméra dans le désert, le témoignage au long cours d’un ancien toxico, quatre ans après son sevrage, une femme malade attendant le verdict de son médecin… Si les réseaux sociaux ont rendu banale la mise en scène de soi, le format documentaire offre une descente dans l’intime d’une tout autre profondeur. Spécialiste du genre, la plateforme de streaming Tënk en fait la démonstration.
Chaque été à Marseille, un cheptel de films hors format déferle sur la Canebière – de la fiction d’auteur au dispositif conceptuel en passant par l’essai intimiste – à l’occasion du FID. Invité de marque, l’endimanché Albert Serra bénéficiait cette année d’une rétrospective et d’une masterclass, tandis que Mathieu Amalric se voyait offrir une carte blanche doublée d’une performance théâtrale d’après Robert Musil. Panorama sélectif.
Le cinéaste aime la vieille pierre noire et l’architecture presque stalinienne de Clermont-Ferrand : c’est là qu’il a tourné son dernier film, Viens je t’emmène. Située dans la France post-attentat, cette comédie est issue d’une sous-intrigue de son roman Rabalaïre, un thriller porno rural hanté par le doute et la mort. Encarté au Parti Communiste la moitié de sa vie, Alain Guiraudie se fout bien de la « littérature majeure» et des films pour cinéphiles qui n’ont rien à dire. Rencontre avec un non-aligné du cinéma français.
Bologne est la capitale de la restauration. La cité émilienne est célèbre pour son université de l’époque médiévale, également pour son art culinaire et, depuis 1986, pour son travail de (re)découverte d’œuvres du 7e art oubliées, perdues ou sur le point de l’être à tout jamais, avec le festival Il cinema ritrovato
À la fin des années 1980, Leos Carax débarque dans un village de Petite Camargue pour tourner Les Amants du Pont-Neuf : un projet pharaonique, interminable, qui faillit ruiner la carrière du réalisateur. Des années plus tard, des débris de décor polluent encore le marais. Ce marais est aussi une catégorie mentale pour les habitants : un exutoire secret plein de fantômes et de fantasmes. Je dis « cinéma », tu réponds « taureaux ». Enquête incomplète et partiale sur un amour manqué.
Mi-juillet 2021, à la veille de l’Aïd, un attentat revendiqué par Daesh a fait 30 morts à Sadr City, un quartier populaire de Bagdad traversé par les conflits militaires et les violences politiques. C’est là qu’opèrent les frères Atwani, deux vidéastes qui filment les mariages d’une population friande de chaînes en or et de coupes mulet. Parfois les funérailles de la jeunesse tombée au combat. Leurs vidéos sont célèbres jusqu’en Inde. « Filme-moi Atwani ! »
Retrouvant ses marques anté-pandémie du 4 au 9 avril, le festival du cinéma de Brive, véritable berceau du moyen-métrage, offrait cette année une programmation plus internationale et défricheuse que jamais. Ce vivier de films hors-format, toutes catégories confondues, laisse augurer de riches perspectives pour le cinéma d’auteur de demain.
Musique
Après Impulso, magnifique portrait de la bailaora Rocío Molina au travail, avant son docufiction à venir sur le cante, Emilio Belmonte a dévoilé en avant-première le deuxième volet de sa trilogie sur l’art du Flamenco. Avec Trance, le réalisateur s’intéresse au flûtiste et saxophoniste espagnol acclamé Jorge Pardo.
Absent des salles françaises depuis dix ans, le réalisateur revient avec Vitalina Varela. Poursuivant son travail de fiction avec des immigrés capverdiens issus des quartiers les plus pauvres de Lisbonne, ce récit est l’histoire vécue par son actrice et héroïne, Vitalina Varela : « Je suis arrivée au Portugal avec une fièvre brûlante, trempée, gelée. C’était le 30 juin 2013. Les funérailles de mon mari avaient eu lieu trois jours plus tôt. » Primé au festival de Locarno, ce long métrage d’une profonde noirceur est un réquisitoire contre les hommes, comme son mari, qui ont manqué à leur parole.
Plaidoyer autonomiste, documentaire sur la vie politique de la France désindustrialisée, performance de détournement d’une élection par la fiction, Municipale est un film-ovni, à rebours des discours sur l’apathie politique et l’extrême-droitisation de la France et de ses pauvres. Rencontre avec ses scénaristes : Thomas Paulot, Ferdinand Flame et Milan Alfonsi.
Entre un biopic réussi sur le célèbre DJ français Laurent Garnier, une plongée dans une rave party illégale, et ce joueur de oud réfugié en Écosse qui refuse de jouer de son instrument, la musique est particulièrement mise à l’honneur au festival du film britannique de Dinard. Restera un coup de cœur : Rudeboy : The Story of Trojan Records de Nicolas Davies, nouveau genre de docufiction qui traite avec sérieux des ramifications entre musique jamaïcaine et britannique.
Scènes
Abolir le vieillissement, éradiquer la maladie, décupler les capacités physiques et cognitives : à force de vouloir perfectionner le corps, le posthumanisme ne finit-il pas par le nier ? Pour poursuivre son exploration du « corps augmenté », Éric Minh Cuong Castaing préfère apprendre de celles et ceux qui, en perte de mobilité, sont considérés comme « non valides ». À la croisée de la danse et du cinéma, Forme(s) de vie, présenté au Carreau du temple, érige un manifeste pour l’enrichissement du regard.
Célébrant sa résurrection post-confinement, le festival de cinéma de Locarno, porté par son nouveau directeur artistique Giona Lazzaro, faisait la part belle aux films de genre « dégenrés » et à un world cinema tonitruant. La veine fantastique était donc à l’honneur, le surnaturel, la sexualité ou la violence apparaissant comme des allégories d’une réalité contemporaine de plus en plus complexe et morcelée. Quelques perles plus discrètes se détachaient néanmoins de la sélection en faisant naître, enfin, une véritable émotion.
Caméra à la main, le cinéaste explore dans une quasi-clandestinité les sillons tracés en Chine par les bouleversements économiques et sociaux des vingt dernières années. Ses documentaires, parfois proches de l’expérimental, exposent les blessures laissées par l’histoire. Son dernier, Jeunesse (le printemps), nous immerge pendant près de 4 heures dans les ateliers de textile chinois pour dire le réel de vies régies par le rendement capitaliste. À l'occasion d'une exposition que le BAL lui consacrait à Paris en 2021, Wang Bing donnait à Mouvement les clefs d'une œuvre tournée dans le contre-champ du roman officiel.
Focalisés sur une jeunesse désœuvrée, révoltée ou socialement marginalisée, la plupart des films présentés au festival Côté Court et des moyens-métrages découverts au Festival du cinéma de Brive faisaient écho au désarroi de l’époque et à ses horizons obstrués.
Grâce à NPO Dance Archive Network, nous avons eu accès aux deux derniers travaux d’Eiko Otake, A Body in Fukushima, film réalisé en collaboration avec le photographe William Johnston et A Body in Tokyo, captation d’interventions chorégraphiques au cœur de la capitale, suivie d’un entretien inédit avec Takao Kawaguchi. Ces deux œuvres ont été présentées en première mondiale sur le site Tokyo Real Underground dans le cadre du Tokyo Festival.
Si le vent tombe, premier long-métrage de Nora Martirosyan, marque la première véritable apparition au cinéma du Haut-Karabagh, aux confins de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. Un territoire que la guerre est venue défigurer la veille de la sortie du film en salle. Entretien en deux temps, en suspension entre le réel et la fiction.
Documentaire rythmé, Si c’était de l’amour de Patric Chiha sonde les coulisses de la pièce de Gisèle Vienne, Crowd. Une free-party chorégraphiée pour quinze danseurs qui évoluent au ralenti sur des beats techno, acides et industriels. À voir en ligne dans le cadre du festival de cinéma Best of doc.
Salles de concerts comme de cinéma semblent reléguées à une époque lointaine ? Consolons-nous (un peu) avec l’alléchante programmation en ligne du festival FAME (Festival international de films sur la musique), concoctée par la Gaité Lyrique.
À Montréal, le festival les Filministes met en lumière le travail de réalisateurs et réalisatrices pour qui le féminisme n'est pas une étiquette, mais une façon de capter et créer. Regard dans le rétroviseur sur l'édition 2020 : un parcours ouvert de cinq longs et plus d’un trentaine de courts métrages, documentaires ou de fiction, qui suivent autant la vie d'une docteure en Syrie que l'enlèvement criminel de femmes autochtones au Canada.
Avec la nomination d'Elsa Charbit à la tête du festival, Entrevues retrouve un nouveau souffle. En parallèle à la compétition officielle et à une rétrospective Pierre Salvadori, la part belle revenait aux trésors de la cinéphilie, avec une thématique Chasse à l'homme, un panorama du cinéma algérien et une découverte du cinéma de la RDA. Retour sur quelques films phares.
Merce Cunningham (1919-2009) a révolutionné la danse : la rendant abstraite, indépendante de la musique, utilisant l’aléatoire et les techniques de son époque. Tourné en 3D, et sobrement intitulé Cunningham, le nouveau documentaire de la réalisatrice russe Alla Kovgan consacré au chorégraphe américain est un chef d’œuvre, n’ayons pas peur des mots.
La 28e édition du festival Biarritz Amérique latine qui célèbre les liens ancestraux entre le pays basque et une partie du Nouveau monde vient de s’achever. Sept jours de projections de films, de rencontres littéraires, de concerts, de cours de danse… mais aussi de repas dans les bodegas du village d’artisanat créé de toutes pièces pour l’occasion, face à l’océan, dans les belles salles du casino municipal.
Entre une jeunesse en crise et les spectres bien réels des guerres passées, la programmation du 30e festival du film britannique de Dinard a été dominée par le réalisateur légendaire Mike Leigh et sa fresque historique sur la répression d’une révolte paysanne à Manchester.
Alors qu’on fêtait le cinquantième anniversaire des émeutes de Stonewall et de la Marche des fiertés, la rétrospective Libérations sexuelles, Révolutions visuelles à la Cinémathèque française présentait des films rarement programmés de l'histoire du cinéma LGBTQI+.
Contrairement à ce qu'annonce la fiche technique du catalogue officiel de Cannes, Tommaso d'Abel Ferrara n'est pas du tout « un film sur l'imagination » mais, au contraire, un épisode autobiographique du cinéaste représenté par son double, en l'occurrence l'acteur américain Willem Dafoe.
Présenté pour l'ouverture du festival de Cannes, le film de Jim Jarmusch élargit la comédie horrifique à la fable écolo d'anticipation, traitée, comme il se doit, au deuxième degré. Le premier semble quant à lui avoir été définitivement abandonné après l’usage excessif qu’en a fait, durant plus d'un siècle, le cinéma représentatif/narratif, industriel ou « indépendant ».
Méprisé par le cinéma d’auteur, le doublage traîne une image de sous-produit pour consommation de masse. Au Québec, cette industrie révèle pourtant un rapport à la langue plus complexe qu’il n’y paraît. Rencontre avec les antivedettes francophones qui prêtent leurs cordes vocales aux stars hollywoodiennes.
Si les documentaires sur la musique sont légion, le festival F.A.M.E fait la part belle aux films d’auteur, aux essais et aux docu-fictions plutôt qu’aux biopics standardisés. La soirée d’ouverture, placée sous le signe de la High Energy, inaugure une édition plus éclectique que jamais, jalonnée de performances et de rencontres.
Entre l’urgence de témoigner d’aujourd’hui et la nécessité de jouer des époques pour mieux appréhender les réalités, la 16e édition de Doclisboa porte ce que le critique Serge Daney disait être « l’essence des grands films » : inventer le temps.
Le documentaire d’Emilio Belmonte sur la bailaora d’avant-garde Rocío Molina, reprend le concept développé depuis quelques années par celle-ci, l’Impulso, qui fait la part belle à l’improvisation.
Inépuisable zone de défrichage cinématographique (pas moins de 180 films au programme !), le FID révèle cette année des cinéastes en herbe, enfants d’Internet, dont l’humour déconnant n’enlève rien à la pertinence de leur regard sur la société qui les entoure, bien au contraire.
Arts
Un film sur l'artiste Alban Denuit, dont la vie a été tragiquement écourtée par les attentats du Bataclan en 2015, sera présenté au Collège des Bernardins, samedi 23 juin à 16 heures, dans le cadre de l'exposition // Devenir //.
Chez El Hayal, convivial restaurant de kebab d’Aubervilliers, Rodrigo Garcia propose une adaptation cinématographique d'Hamlet, tournée en direct et jouée par les habitants du quartier. Il redonne ainsi à Shakespeare la dimension de poète populaire qu'il avait en son temps, et que son entrée dans le répertoire a fini par nous faire oublier.
Le premier long-métrage de Neïl Beloufa, Occidental, sort en salles le 28 mars. Citations, assemblages, collages, indistinction du vrai et du faux et ficelles apparentes : se faufilent dans ce film les obsessions du plasticien.
Après la National Gallery de Londres ou l’Opéra de Paris, le réalisateur Frederick Wiseman s’attaque à une institution new-yorkaise, sa public library, avec l’ascétisme et la suspension de jugement qui caractérisent ses films.
Le Festival International du Film de La Roche-sur-Yon s’impose au fil des ans comme un mini-Sundance à l’échelle de la France. Cette année, quelques films marquants se sont détachés d’une édition tiraillée entre velléité d’auteur et ouverture à un public plus large.
Loties dans un hôtel art déco qui surplombe la Méditerranée d’un côté, la voie ferrée de l’autre, Les Rencontres Cinématographiques de Cerbère-Portbou, à deux pas de la frontière espagnole, sont l’un des secrets les mieux gardés de l’Hexagone.
Conversation nocturne avec l'auteur qui défend une vision épique et mystérieuse de l'art, et place son public en état d'urgence.
La 28e édition du festival du film britannique de Dinard appréhende le Commonwealth à travers un prisme social, que ce soit à la Cour d’une reine Victoria en fin de règne, dans les prisons thaïlandaises ou encore dans les exploitations agricoles anglaises et tanzaniennes. Entre autres détours.
Perdu dans la taïga sibérienne, à 700 km de toute présence humaine, Sacha Braguine vit avec sa famille, de chasse et de pêche et dans l’autarcie la plus complète. Pour comprendre les motivations de cet homme, Clément Cogitore s’est rendu sur place. Rapidement, il s’aperçoit que ces quelques cabanes en bois sont le théâtre d’un violent conflit humain : l’ennemi juré est installé de l’autre côté du rivage et a Kiline pour patronyme. Nous publions un extrait du carnet de repérages qui donnera le film Braguino ou la communauté impossible. Clément Cogitore est le premier lauréat du prix LE BAL de la jeune création avec l'ADAGP.
Poète de l’Amérique white trash, le cinéaste s’accapare les codes de la culture dominante pour mieux les pulvériser : une manière de sublimer l’idiotie crasse, la violence et le mauvais goût. Le Centre Pompidou lui consacre une rétrospective.
Dans les exigeants et foisonnants États généraux du film documentaire de Lussas, la programmation « Expériences du regard » offre une grande diversité d’écritures et l’occasion de découvrir des œuvres que l’on ne verra pas en salle. Conversation avec les programmateurs de cette édition, Vincent Dieutre et Dominique Auvray.
Une incompréhension, un paradoxe ou un manque d’histoire. Les films de Marie Voignier émergent à partir des silences des récits historiques et médiatiques. Dans son atelier du XVIIIe arrondissement de Paris, bercé par le passage des trains de la gare du Nord, on a retrouvé l’obstination bienveillante qui anime tous ses films.
Le FID se tenait à Marseille, avec un florilège de films à la lisière entre le documentaire, l’essai et la fiction. Le festival réaffirme son soutien à un cinéma de recherche, libre et intransigeant, et s’identifie plus que jamais à la vigie d’un monde sens dessus dessous.
Pour sa troisième édition nantaise, le « festival de cinéma décontracté » promu par le magazine SoFilm était fidèle à son slogan : entre deux pintes de bière, on y slalomait entre les salles du Stereolux, du Katorza et du Concorde pour un parcours cinéphile, réconciliant films d’auteur et grand public.
Chaque année, un pays est représenté à la Quinzaine des réalisateurs. En 2017, c’était au tour du Liban de se raconter via quatre films, coréalisés par quatre réalisateurs étrangers et quatre Libanais, produits en un temps limité.
Le portrait par Jacques Doillon de Rodin, insigne sculpteur de la IIIe République est-il un film ou un téléfilm ?
Sonia Kronlund fait ses premiers pas à la Quinzaine des réalisateurs avec un documentaire tourné à Kaboul sur un personnage cocasse et bien réel, Salim Shaheen.
La Quinzaine a montré le premier long métrage de la Colombienne Natalia Santa, La Défense du dragon, consacré au jeu d’échecs cher à Marcel Duchamp. Le titre désignant une variante de la tactique dite sicilienne.
Patti Cake$ de Geremy Jasper est une gentille série B, d’une naïveté à peine feinte et bourrée de bons sentiments. Une jeune rouquine rondouillarde du New Jersey, vivant avec mère et mère-grand, aspire à devenir une vedette du rap, au désespoir de sa mère, qui eut son quart d’heure de gloire comme chanteuse de country-blues.
Cannes Classics a rendu hommage à Jean Rouch, l’un des précurseurs de la Nouvelle Vague, à l’occasion de son Centenaire, en projetant un long métrage rare, presque inédit, sélectionné en 1976 par le festival, dans une copie flambant neuf restaurée par le Cnc.
De l’intérieur vers l’extérieur. De l’enferment à l’affranchissement potentiel. Entre ces deux pôles, le dernier document filmé de Raymond Depardon, 12 jours. Un délai qui correspond à celui fixé par la loi de 2013 obligeant les hôpitaux psychiatriques à demander l’avis du juge pour poursuivre l’internement d’un patient sous contrainte.
S’il fallait croire les cinéphiles d’aujourd’hui, les séries représenteraient depuis le changement de millénaire le vrai cinéma. Les créatifs seraient passés du grand écran auquel restent attachés quelques gardiens du temple au petit, voire à celui, de la taille de la main, des tablettes et des smartphones.
Abel Ferrara est venu, cette fois-ci officiellement (on se souvient que son biopic sur DSK avait été montré à la sauvette dans une salle parallèle à la Croisette), présenter un opus atypique, mi chair mi poisson, mi docu mi fiction – cette distinction n’étant pas plus importante que ça à ses yeux, à l’en croire : Alive in France.
Lauréat du Grand Prix, 120 battements par minute de Robin Campillo incarne la lutte des militants d’Act Up contre le Sida dans les années 1990. Un film documenté, loin de se complaire dans le documentaire.
Après son délicieux dorayaki, pâtisserie à base de haricots rouges cuits au sirop, la réalisatrice Naomi Kawase a suivi avec Hikari, la recette plus sommaire d’une purée de navet servie en cinémascope, appétissante en court métrage mais qui, étalée sur plus de 100 minutes, ne nourrit pas son homme.
La Quinzaine nous a fait découvrir une intéressante docufiction signée Leonardo Di Costanza, L’Intrusa, consacrée à un centre socio-éducatif destiné aux enfants déshérités d’un quartier nopolitain.
Le film de Todd Haynes, Wonderstruck, qu’on pourrait traduire par « Le Miraculé », même s’il n’a rien de commun avec celui, loufoque et grinçant, de Jean-Pierre Mocky, a été une des bonnes surprises de la sélection officielle cannoise.
Parce que ses films les plus récents n’étaient ni sélectionnés à Cannes ni programmés en France, on pensait que Werner Herzog n’avait plus rien réalisé depuis plus de trente ans. Or, il n’en était rien, comme il a tenu à le préciser en présentant dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs son Bad Lieutenant, Escale à la Nouvelle Orléans (2009).
Le musical de Bruno Dumont, Jeannette, était un des événements à ne pas rater à la Quinzaine, d’autant qu’une partie de la troupe avait fait le déplacement jusqu’au Marriott.
Drame social dans la haute bourgeoisie calaisienne avec Happy End de Michael Haneke.
À Cannes, Bong Joon-ho présente Okja, coproduit entre autres, par Brad Pitt et Tilda Swinton.
Western de Valeska Grisebach, traite du réel sur le mode réaliste.
Le dernier film en date d'Arnaud Desplechin, Les Fantômes d'Ismaël, est un méli-mélo spatio-temporel, avec force flashes-back.
Les amateurs de théâtre filmé ne seront donc pas déçus. Mais on reste plus près du théâtre de boulevard que de celui d’un Marivaux...
Dans une petite ville Toscane envahie par le cinéma, le LFFEC (Lucca Film Festival et Europa Cinema) nous plonge dans un monde fait de manque, de contestation et de solitude.
Derrière la démarche de ce plasticien-vidéaste qui obstrue l’objectif de sa caméra avec une feuille de papier, le ton, la voix et la façon de nommer nous intriguaient.
Le couple de cinéaste a quitté la communauté virtuelle de Second Life pour tourner une histoire d’amour fictionnelle au sein de l’Académie du bonheur de Raël.
Une fois encore, la capitale du Burkina Faso s’est jetée avec enthousiasme dans la grande fête du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou, le Fespaco. Du 25 février au 4 mars, de 8 heures du matin à minuit, professionnels et public local, apprentis cinéastes ou comédiens et festivaliers de tous bords se sont bousculés aux projections quotidiennes, en se pliant – sécurité oblige – au rigoureux contrôle mis en place à l’entrée des salles et des lieux publics.
Avec l’exposition Popcorn, le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne sonde les liens mystérieux qui unissent design et cinéma pour en extraire le substrat imaginaire de nos modernités.
Si João Pedro Rodrigues n’était pas cinéaste, il serait devenu moine. Ou bien ornithologue, le titre de son dernier long-métrage dans lequel le mythe de saint Antoine se réinvente dans une fable bercée d’érotisme. Discussion avec un réalisateur plus innocent que profane.
Si João Pedro Rodrigues n’était pas cinéaste, il serait devenu moine. Ou bien ornithologue, le titre de son dernier long-métrage dans lequel le mythe de saint Antoine se réinvente dans une fable bercée d’érotisme. Discussion avec un réalisateur plus innocent que profane.
Avec son inclassable film Where is Rocky II ?, Pierre Bismuth décortique les rouages du cinéma hollywoodien. Une enquête mi-fictive, mi-réelle autour d’un mystérieux rocher placé dans le désert de Mojave par l’artiste Ed Ruscha.
Sous la supervision de Paolo Moretti depuis 2014, le festival international du film de la Roche-sur-Yon confirme d’année en année sa capacité à réconcilier cinéphilie exigeante et grand public. Un art de la transversalité qui tord le cou aux idées reçues.
Le cinéaste catalan Albert Serra aime les figures mythologiques. Dans son prochain film, il met en scène les derniers jours de Louis XIV avec Jean-Pierre Léaud dans le rôle du monarque à l’agonie.
De courts en longs métrages, la 5e édition du Festival international du film indépendant de Bordeaux a permis de découvrir plusieurs films enthousiasmants, rétifs à toute standardisation.
Ettore Scola nous en avait prévenu lors de la précédente édition du festival d’Annecy, cinéma italien : « Vous ne me verrez pas l'année prochaine. »
L’édition 2016 du festival du film britannique de Dinard, à laquelle votre site préféré était convié, vient d’attribuer son Hitchcock d’or à l’excellent film musical Sing Street de John Carney qui, une fois n’est pas coutume, sortira en salle, de ce côté-ci de la Manche, le 26 octobre.
Avec Dead Slow Ahead, Mauro Herce s'immisce dans le quotidien d’un cargo qui fend les eaux internationales à la cadence imposée par le commerce de matières premières. Bienvenue dans la machine.