50 pianos, tous à deux centièmes de ton l’un au-dessus de l’autre ; 11 000 cordes – « 11 400 », corrige le New York Times après recalcul ; 1 000 spectateurs cernés par l’instrumentarium ; 25 musiciens du Klangforum de Vienne, un orchestre de chambre et des étudiants de conservatoire, tous guidés sur iPads. On pourrait s’étendre indéfiniment sur le dispositif déployé pour exécuter cette pièce de l’Autrichien Georg Friedrich Haas, sans rien dire de ce qui la rend unique. « Tout sauf une expérience scientifique » d’après son auteur, 11 000 cordes propose une catharsis auditive rare, de l’ordre de celles que composaient à leurs heures les plus ténébreuses Gérard Grisey (également au programme du Festival d’Automne) ou Iannis Xenakis.
Nuées d’abeilles prêtes à l’attaque ? Trafic autoroutier ? Ou même : effondrement d’immeuble ? On peut tout lire, tout vivre, tout entendre dans les vibrations qui nous traversent pendant près d’une heure. Réputé pour ses opéras aux thématiques extrêmes, Georg Friedrich Haas détonne aussi par son parcours et sa vie privée. Descendant d’une famille de nazis, le compositeur entretient une relation BDSM avec une coach sexuelle afro-américaine, idylle exposée dans un documentaire qui a fait le tour des festivals. Radicales à un autre endroit, les ondes microtonales de 11 000 cordes ont également parcouru le monde – de New York à Hangzhou – et s’apprêtent maintenant à désorienter le public parisien de La Villette.
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