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the then + the now = now time
Elaine Mitchener
© Guido Mencari
the then + the now = now time
Elaine Mitchener

Éructations, tremblements, bégaiements, étouffements : sur scène, Elaine Mitchener vibre de toute sa personne. Son corps, sa cavité buccale, ses cordes vocales sont le lieu d’un théâtre oral à bout de souffle dans lequel des tableaux historiques prennent vie, fortement incarnés. Comme cet examen de santé que subissaient les esclaves noirs, dont elle énumère les noms et la valeur monétaire qui leur était attribuée à l’époque de la traite. Ailleurs, c’est un plaidoyer qu’elle transforme, celui du député travailliste David Lammy dénonçant des détentions illégales de migrants. 


La chanteuse britannique, née de parents jamaïcains et élevée dans l’Est londonien, a plusieurs vies. À l’opéra, c’est une mezzo-contralto dotée d’un registre de trois octaves. Dans les arts plastiques et sonores, c’est une performeuse à corps perdu qu’on a pu voir aux côtés de Christian Marclay, Marina Abramović ou dans des formations instrumentales. Elle injecte cette même énergie dans ses solos, d’intenses récitals pour voix seule ou avec accompagnement électronique. Son set intitulé Vocal Classics of the Black Avant Garde proposait une anthologie de l’expérimentation sonore et poétique afro-américaine, du pionnier minimaliste Julius Eastman au poète concret N.H. Pritchard. Au Festival d’Automne, elle présente the then + the now = now time, un rappel, guttural et incarné, que les violences raciales de l’histoire engagent notre responsabilité. Croisant ambient, susurrements, chant caribéen et emprunts à James Baldwin ou bell hooks, Elaine Mitchener se fait la courroie de transmission, sous très haute tension, d’un passé qui ne passe toujours pas.

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