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Ici, des fioles pleines d’écume. Là, des ballons débordant d’un liquide noir inconnu. Plus loin, un aquarium rempli d’algues, des bulles d’air crevant à sa surface. Pour une fois, l’humidité est la bienvenue dans un espace d’art. C’est même l’un des protagonistes de l’exposition collective qu’accueille la Crypte d’Orsay, qui n’aura jamais si bien porté son nom. Dans Le Chuchotement des écosystèmes que proposent les artistes Karine Bonneval, Anaïs Tondeur et Floriane Pochon, l’aqueux a tous les droits : champignons, bactéries et autres microbes sont coauteurs des œuvres. Une initiative qui fait sens au cœur d’une région, l’Essonne, sérieusement concernée par la question des eaux : sept ans après une première crue, l’Yvette est sortie de son lit, inondant une partie de la commune d’Orsay et touchant une école ainsi que le campus universitaire qui fait sa réputation.  

 



Vue de l'exposition Le chuchotement des écosystèmes ©DR




À croire que le béton et l’eau ne font pas bon ménage. L’artiste Karine Bonneval envisage alors une combinaison alternative dans sa Symbiote Symphonie. Penché sur un bac à eau verdâtre, loupe à la main, le visiteur observe des espèces naviguant entre les algues : plancton, larves et escargots miniatures. Cette mise en valeur du microcosme local offre un contrepoids au marketing territorial qui voudrait vendre le plateau de Saclay comme une Silicon Valley miniature. Avant que le bruit du métro aérien, actuellement en construction, ne gagne ce coin de la conurbation francilienne, l’artiste donne à écouter une autre bande-son : celle de cette vie quasi invisible, captée avec des micros sous-marins. Et si observer le vivant dans un aquarium était déjà une forme d’initiative citoyenne ?

 



Vue de l'exposition Le chuchotement des écosystèmes ©DR




La pratique du collectif derrière cette exposition repose sur « l’arpentage » : une manière d’explorer la biodiversité locale en développant des savoirs et une sensorialité autres. C’est au cours d’une telle dérive qu’Anaïs Tondeur a trouvé des « leucothoés », variété de plante méconnue mais très répandue. Le nom du végétal est tiré d’un mythe : celui d’une femme enterrée vivante par son père, puis réincarnée en plante. La photographe a brodé autour de cette histoire toute une série de clichés que l’on retrouve ici imprimés sur un drap de soie : dans un noir et blanc saturé, un rhizome de branches lézarde une silhouette spectrale. La démarche fait écho aux origines de la Crypte que le comte Pierre Gaspard Marie Grimod d’Orsay fit construire en 1776 pour y déposer la dépouille de sa défunte épouse. Et c’est encore un processus naturel qui est à l’œuvre, cette fois-ci dans la révélation des photographies : celle-ci est permise en partie par l’extraction du phénol de la leucothoé, limitant l’usage de révélateurs chimiques. Un rééquilibrage de forces entre le synthétique et le végétal, mais surtout un appel à ralentir la cadence sur un territoire où l’urbanisation grignote chaque jour friches, champs et parcs. 

 

 

Le Chuchotement des écosystèmes de Karine Bonneval, Anaïs Tondeur et Floriane Pochon, jusqu’au 7 décembre à la Crypte d’Orsay


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