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Vos deux pratiques interrogent notre conception de la « nature ». Quel est votre rapport avec la campagne du Valais, un paysage très identifié ? 


La campagne suisse, et les paysages ruraux en général, ont été une grande source d’inspiration pour l’exposition. Les structures, outils et autres éléments associés à l’agriculture sont directement intégrés aux œuvres. De vieux gants trouvés à la Ferme-Asile reprennent vie en saisissant une faux de bronze. La vidéo présente dans l’exposition a été tournée entre Sion et la Dranse, en Valais. On y suit deux personnages qui déambulent et jouent entre les frontières de l’intérieur domestique et du dehors « sauvage ». Sur les toiles, Louisa Gagliardi a représenté des machines destinées à « dompter la nature ». Un tracteur est peint sur six grands panneaux, lui conférant une nouvelle stature. Dans le même mouvement, les sculptures intègrent des outils du monde agricole afin de les élever vers un autre registre. Par exemple, la combinaison d’une botte de foin et d’une boîte en plexiglas augmente symboliquement les œuvres.


 



© Adam Cruces & Louisa Gagliardi




Pourquoi emprunter le titre de votre exposition, MERGERS AND ACQUISITIONS, au langage de la finance ?


Les pièces exposées jouent du trouble entre le naturel et l’artificiel. Plutôt que de penser à la fusion de deux entreprises, nous avons appliqué la notion « mergers and acquisitions » au paysage et à l’humanité qui l’habite. Nous sommes dans une situation très paradoxale : dans de nombreux scénarios, l’homme triomphe sur la nature, alors que dans d’autres, l’homme est insignifiant face aux forces du vivant. Toutes ces situations contradictoires nous ont servi de base pour imaginer les œuvres. 

 


L’agriculture intensive a engendré une crise sociale, économique et environnementale sans précédent en Europe et dans le monde, où cette relation aliénante au vivant est aujourd’hui critiquée. Comment MERGERS AND ACQUISITIONS s’empare-t-il de cette question ?


Même si nous adoptons une certaine légèreté, nous avons conscience de traiter des thèmes que nous savons cruciaux. Toute avancée technologique est accompagnée de phases d’adaptation douloureuses. L’humanité doit s’ajuster et trouver de nouvelles méthodes pour faire face aux effets délétères du progrès. Les œuvres racontent aussi cette nécessaire transformation. Comme beaucoup de nos contemporains, nous entretenons un rapport nostalgique, doux-amer, avec la ruralité. Nous espérons que l’exposition se montrera fidèle à ce sentiment partagé. 

 



© Louisa Gagliardi & Adam Cruces




Vos œuvres comportent aussi une dimension espiègle assumée. Elles sont conçues comme des trompe-l’œil.


Le sens de l’humour est une chose sérieuse pour nous. Nous cherchons un équilibre délicat : répondre aux attentes des visiteurs, afin de mieux les déjouer. Il faut une certaine dose d’espièglerie pour transformer une situation familière en une expérience plus ouverte, capable d’offrir plusieurs interprétations. 

 


Pour cette exposition, vos deux pratiques – la sculpture et la peinture – entrent en dialogue. Quelle est la nature du travail préparatoire pour une telle collaboration ? Est-ce l’image ou bien la forme qui vient en premier ? 

 

La grange a été notre point de départ. La surface de la Ferme-Asile fait environ 800 mètres carrés et, contrairement à la plupart des institutions de type « white cube », la salle conserve son atmosphère rustique. C’est à la fois une opportunité et un défi. Au sein de ce bâtiment agricole, nous nous jouons des échelles pour subvertir les attentes du visiteur, lui faire voir les choses sous un nouveau jour. Une situation ordinaire prend alors une dimension plus mystérieuse. Nous avons la conviction que les objets les plus ennuyeux ont des histoires à raconter. 

 

 

MERGERS AND ACQUISITIONS, exposition d'Adam Cruces et Louisa Gagliardi, jusqu'au 28 juin à la Ferme-Asile, Sion (Suisse)

 

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