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L’adolescence n’est pas un sujet neuf en photographie. Le thème, abondamment couvert, a souvent été mal abordé, simplifié, réduit à des clichés. Comment être intime sans être intrusif ? À l’écoute des doutes et des hésitations sans les figer ? Comment ne pas céder au surplomb, à la condescendance ou à la complaisance ? Et ne pas assigner ces corps en devenir à une narration préfabriquée ? C’est à cet endroit précis que se situe Ici on va, là on passe, le projet photographique de Margaret Dearing actuellement montré à La Terrasse, espace d’art à Nanterre. Le lieu inscrit cette exposition dans une saison intitulée « Pas/sage », consacrée aux manières d’occuper, de traverser et de s’approprier la rue, en prêtant attention aux usages discrets et à la vie de tous les jours.




Ici on va, Là on passe, Margaret Dearing ©Adagp, Paris




Depuis 2025, les artistes invités en résidence par La Terrasse répondent à une commande portant sur trois quartiers de Nanterre. Avant de réaliser ses propres images, Margaret Dearing a engagé un travail de terrain avec des adolescent·es âgé·es de onze à quatorze ans. Des ateliers constituent la première phase du projet et ces jeunes y expérimentent la prise de vue, croquant leurs quartiers, leurs trajets et leurs lieux de sociabilité. Leurs travaux, visibles dans La Vitrine de La Terrasse, installent un temps de rencontre et de confiance. Ce n’est que dans un second temps que l’artiste réalise ses propres clichés. Cette temporalité étendue, fondée sur l’observation et les repérages, déplace le rapport de pouvoir souvent à l’œuvre lorsqu’un regard adulte se pose sur cet âge charnière.




Vue de l'exposition Ici on va, Là on passe à La Terrasse ©Margaret Dearing




Dans l’exposition, modeste par sa taille mais sincère dans sa démarche, les portraits d’une dizaine de jeunes sont croisés avec les lieux qu’ielles fréquentent. Chaque portrait est réalisé à un emplacement symbolique choisi par la personne photographiée, afin d’éviter l’aspect illustratif d’un simple décor. Les bâtiments ne servent pas de toile de fond mais participent pleinement de la construction de l’image. Beaucoup de photos comportent aussi des grillages, des barrières, des délimitations, et les prises de vue hésitent entre enfermement et respiration, contrainte spatiale et possibilités d’échappée. D’autres éléments importants, comme des tags évoquant la mort de Nahel Merzouk en 2023, affleurent aussi sans être commentés, inscrivant l’exposition dans une mémoire collective marquée par l’injustice et les violences policières. 




Ici on va, Là on passe, Margaret Dearing ©Adagp, Paris




Le travail de Margaret Dearing s’ancre dans une pratique photographique attentive aux évolutions contemporaines de notre habitat. Les infrastructures souvent vides forment un paysage ponctué de végétation et de signes discrets, où le bâti cohabite avec des zones laissées en suspens. En croisant portraits, paysages et deux vidéos réalisées sur place, l’artiste ne décrit pas un territoire figé mais des usages et des présences en mouvement. L’adolescence y apparaît comme le moment d’une appropriation d’un espace public, rarement pensé pour elle mais qu’elle investit malgré tout.


Ici on va, là on passe de Margaret Dearing, jusqu’au 28 mars 2026 à La Terrasse, Nanterre

Rencontres et événements publics le 14 février et le 27 mars

 

 

 

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