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Ouvrir une exposition sur des barrières. C’est un paradoxe mais c’est ainsi que débute Semons nos résistances, nouveau group show annuel du MAIF Social Club. Amèrement familières de nos jours, ces « barrières de police » grisâtres délimitent ici une distance de sécurité autour d’un mur blanc sur lequel on déchiffre l’inscription : « Qui est responsable des responsables ? » La question n’est pas sans pertinence à l’heure où la jeunesse défile pour qu’on désigne enfin les coupables du désastre social qui lui tient lieu d’avenir. Réalisée à la poudre de métal sur une surface aimantée, l’installation de Nicolas Daubanes nous met d’emblée dans l’ambiance répressive du moment. Dès cette première salle, le lieu d’art parisien, davantage porté sur les questions d’écologie, durcit le ton avec une exposition plus agressive qu’à son habitude. Et le hasard du calendrier lui donne raison : le vernissage s’est tenu trois jours avant le 17 octobre, journée qui a vu s’embraser la place de la République à quelques rues de là. 

 


© Jean-Louis Carli / MAIF



Plafond bas, mur gris : la scénographie de la première salle dégage une atmosphère un rien claustro. Dans un coin pend une Chrysalide en barbelés signée de l’artiste Abdul Rahman Katanani. Les barbelés, Katanani les connaît bien, lui qui a vu le jour dans un camp de réfugiés palestiniens au Liban. Des échardes de fer recouvrent ce cocon comme autant d’espoirs de renaissance morts dans l’œuf. À côté, une silhouette d’homme nous menace : assis, mains dans les poches, le visage caché par une capuche. On doit cette présence à l’Américain Mark Jenkins, qui dispose habituellement ces mannequins dans l’espace public pour confronter les passants. Ici, l’exiguïté de la salle force la proximité avec cette « personne masquée » devenue l’icône d’une phobie qui a saisi les médias et le bon peuple. Un autre rapport à l’autre est pourtant possible : pourquoi ne pas envisager l’inconnu comme un potentiel camarade de lutte ?   



© Jean-Louis Carli / MAIF


 

D’une salle à l’autre, les couleurs explosent et l’expo change de ton. Documenter une manifestation, ce n’est pas rentrer chez soi à la fin du parcours. Cha Gonzalez le sait bien, elle qui suit les militants jusqu’au bout de la nuit, quand la fête prend le relais de l’insurrection. Dans les séries Abandon, République et Stalingrad, les pancartes et les drapeaux se mêlent aux stroboscopes. Une banderole (Manif’iques de Zoé Saudrais) en tissus verts, rouges, jaunes et bleus, nous interpelle en trois mots avec humour : « Idées de merde ? » En vis-à-vis, une installation lui répond : une table recouverte de lettres en mousse colorées nous rappelle les activités ludiques d’école primaire – quand on ne savait pas encore qu’un jour l’alphabet servirait avant tout à composer une langue de bois.  

 


© Jean-Louis Carli / MAIF



C’est ensuite dans le sol que gronde la révolte : un ver géant en surgit, assemblé à partir de souches de chêne clouées au marteau. Simon Augade fait de ce monstre en bois un emblème du collectif et de la lutte à l’image des écorces tuilées ensemble pour fabriquer cette bien nommée Braveuse de murs. Toute en matériaux naturels, la scénographie accueille dans le même espace un court métrage : dans Printemps de Julie Chaffort, deux amants, en flammes mais vêtus de combinaisons ignifugées, s’enlacent dans un cadre verdoyant. Ils ont pour témoin un cheval : l’œil de l’animal nous renvoie au paradoxe de cette étreinte incendiaire. Une image qui capture à elle seule l’urgence du soulèvement en cours et traduit peut-être un changement de posture chez certains artistes – de la crispation à l’explosion. Semons nos résistancesen propose une synthèse par oxymore : entre le gris carcéral et le rouge des feux de joie. 

 


Semons nos résistances, exposition collective jusqu’au 24 juillet au MAIF Social Club, Paris 


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