L’artiste peintre Mathilde Denize peint beaucoup, presque frénétiquement. Sur du textile trouvé, des rebuts et des chutes, ou des châssis plus classiques. Les couleurs pastel lui viennent et elle les étale en des dizaines de couches étrangement transparentes, produites d’un mélange d’aquarelle et d’acrylique qu’elle emploie. La plasticienne réutilise ensuite ces textiles de couleurs vaporeuses, souvent rosées, bleues, violacées et verdâtres, pour fabriquer des tableaux dont la surface n’est jamais régulière. À même la toile sont cousues des coquillages, des morceaux de sculpture, des boutons à pressions bruns ou cuivrés. Sont aussi perforés des trous, desquels jaillit parfois la manche d’un costume, comme fondue dans le tableau. Si bien que sur le plateau parisien du Frac Île-de-France, notre regard s’amuse à observer les infinis détails de Sound of Figures (2025), grand format installé en majesté au cœur de la première exposition personnelle de l’artiste dans une institution publique. De discrets câbles en métal suspendent l’œuvre de manière à ce que son recto et son verso s’offrent au visiteur. L’envie d’enfiler le manteau bigarré amarré à la toile nous saisit. Mathilde Denize cherche-t-elle à nous faire virevolter autour de ses toiles ?
Vue de l'exposition de Mathilde Denize au Plateau © Photo Tanguy Beurdeley - Courtesy de l'artiste et de la galerie Perrotin.jpgDans « Camera Ballet », chaque pièce est pensée comme un élément de décor de théâtre ou d’opéra, à l’image de cette grande cape ouvragée d’empiècements de peinture surmontée d’une collerette. L’imaginaire fantastique de l’artiste nimbe tout l’espace. Des escaliers, des châteaux abandonnés, des monstres et des montagnes se distinguent dans la brume du paysage, esquissant un monde fantaisiste, proche de ces jeux vidéo gothiques inspirés de l’époque médiévale. Des génies drapés des mêmes toiles aux teintes de crépuscule sortent d’amphores en céramique émaillée tournées par l’artiste. Ces deux spectres nous surplombent comme s’ils allaient nous délivrer la clef d’une énigme, l’exposition devenant une quête mystérieuse.
Vue de l'exposition de Mathilde Denize au Plateau © Photo Tanguy Beurdeley _ Courtesy de l'artiste et de la galerie Perrotin.jpgCamera Ballet s’achève sur un tableau embrumé. Quelques trous à la surface, bordés de pressions et de punaises couleur bronze, et dispersées çà et là dans une composition sophistiquée. Les couleurs et les formes s’animent d’après des motifs d’arabesque soulignés en blanc. Libre à chacun d’y voir un ciel orageux percé d’éclaircies, des marécages dont jaillissent des monstres, la chute des châteaux que les précédentes toiles profilaient, ou même un affrontement entre forces du mal et du bien dans le niveau final d’un jeu vidéo. Pour Mathilde Denize, la peinture est un terrain de jeu et de liberté. Il suffit, comme elle, d’aller au bout de ce que ces formes évoquent pour affirmer ce que nous avons tous en partage : notre capacité à nous représenter le monde. Certaines de ses toiles ont été découpées en formes de pull-over. Accrochés en ronde, ceux-ci se tendent les bras. Doit-on entrer dans le cercle ?
Camera Ballet de Mathilde Denize, jusqu’au 11 janvier au Frac Plateau – Île-de-France, Paris
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