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Sitôt passée la porte de Magnanrama, nous voilà transporté·es dans lunivers corporate des années 1980 : moquette grise, TV cathodiques, couleurs pop et décalcomanies au murUne entrée en matière vintage dans le travail de Nathalie Magnan, théoricienne des médias, militante queer et « hacktiviste » aux méthodologies participatives. Le parcours se veut chronologique et nous balade dans ses archives, associant textes, films et objets intimes aux œuvres d’autres artistes contemporain·es proches de sa démarche. Dans les premières salles, affiches, lettres et photographies font le récit de ses années d’études aux États-Unis et de son engagement dans l’activisme queer des années sida. Leporelos, flipbooks et installations conjuguent réflexions théoriques et formes poétiques, témoignant de l’intérêt de Magnan pour le low tech, le questionnement des normes et lerapport des corps aux machines. Précurseuse, elle décrypte avec humour et finesse les fondements racistes, patriarcaux et positivistes de son époque : plusieurs films DIY au ton parodique, avec le collectif Paper Tiger Television, dénoncent le racisme du cinéma américain et s’intéressent au recours aux mères porteuses et à la fécondation in vitroDe retour en France, la réalisatrice poursuit son travail critique : ses films mélangentinterviews et found footage, abordent la culture visuelle lesbienne dans Lesborama, ou décortiquent, dès 1996, la production des fake news dans le brillant Il n’y a pas de fumée sans feu, et en plus c’est vrai ! 



Vue de l'exposition "Magnanrama" © Antoine Aphesbero / Villa Arson



En dix ans, le monde qu’a connu Nathalie Magnan s’est métamorphosé, notamment par l’arrivée de l’intelligence artificielle. Comme un contrepoint contemporain, Hito Steyerl s’intéresse à l’articulation entre les dynamiques extractivistes et les technologies numériques dans le captivant Mechanical Kurds. Témoignages, voix synthétiques et présences fantomatiques générées par ordinateur : l’installation vidéo de la plasticienne et théoricienne allemande raconte la manière dont les habitant·es des camps de réfugiés kurdes entraînent lIA des grandes entreprises du digital. Une œuvre aux accents dystopiques qui met en lumière la face sombre de l’ère numérique, faisant état dun monde où les machines sautonomisent au prix de lexploitation et du contrôle des populations.



Extrait de "Mechanical Kurds" © Hito Steyerl



Alors comment résister aux GAFAM en 2026 ? En puisant dans les ressources du passé. Dès les années 1990, Nathalie Magnan faisait figure de passeuse de médias tactiques : des pratiques artistiques et militantes très diverses visant à détourner ou saboter les médias et les systèmes dominants. Invité·es à dialoguer avec le travail de cette pionnière, Chloé Desmoineaux, Bobby Brim & Ada LaNerd poursuivent la désobéissance civile électronique à travers l’installation participative Worm:Win32/Badtrans.B@mm. À partir d’une étiqueteuse détournée en imprimante à stickers et d’un micro-ordinateur transformé en studio de radio pirate, les trois artistes créent un espace de diffusion d’archives et de circulation d’idées liées aux communautés hackeur·euses et cyberféministes. L’hacktivisme se revendique ici comme une force créatrice et émancipatrice, une manière de reprendre la main sur les machines et les technologies de service pour en faire des espaces de transmission communautaires, en dehors de toute logique mercantile. À l’arrivée, si les propositions plastiques contemporaines s’effacent quelque peu dans la masse d’archives, Magnanrama parvient à construire un ensemble documentaire généreux et inventif à parcourir des heures durant. Un hommage collectif et plein d’humour qui réactualise une œuvre aussi protéiforme que pertinente.




Magnanrama et Mechanical Kurds, expositions jusqu'au 31 mai à la Villa Arson, Nice




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