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Sur un poste d’accueil, construit de bouts de bois aux teintes bleues-vertes délavées, s’entassent des futons, casseroles, gourdes, une bouée de sauvetage et une rame de bateau. La porte ouverte donne sur un bureau où est assise une jeune femme. Sa chemise, comme le drapeau accroché au mur derrière elle, est composée d’un joyeux mélange d’emblèmes de pays multiples. Elle délivre des passeports pour l’Antarctique. Unique continent à être le territoire commun de 54 États grâce à un traité de 1959, cette zone se veut le symbole d’une coopération internationale pacifique et éclairée. Passeport à la main, vous êtes libre de circuler.

Antartica World Passeport de Lucy et Jorge Orta. p. Alice Fiedler

Depuis l’installation Antarctica World Passeport de Lucy et Jorge Orta, le voyage nous mène à travers des espaces conçus par la designeuse Isabelle Daëron évoquant tantôt les fenêtres d’un avion, les vitres d’un train ou encore le hublot d’un bateau. D’un coup, nous tombons nez à nez avec un énorme amas de bouées gonflées, aux formes de flamants roses, ballons ou tigre jaune. Inflatbowl #2 de Laurent Perbos, renvoie avec humour à un tourisme de masse, peu soucieux de l’environnement et de l’humain. Les « vacances » sont à la consommation ce que le « travail » est à la productivité : un cercle vicieux basé sur l’exploitation et la recherche de profit.

 

Faire voyage de tout bois

Malgré cette industrie touristique prédatrice, Emo de Medeiros persiste : le voyage resterait un moyen de se laisser « traverser », « métamorphoser » par des expériences, des lieux… De nationalité franco-béninoise, l’artiste alterne entre son atelier à Paris et à Cotonou. « Ce que j'aime beaucoup quand je fais ces allers-retours, c'est la différence de tempo entre ces deux sociétés, explique-t-il. Ce phénomène, très fertile, me ressource. » Sous la visière de leur casque d’astronaute incrusté de coquillages cauris, ses Vodunaut présentent un écran à la place du visage sur lequel défilent des paysages à l’aspect surnaturel. Emo de Medeiros, qui s’affirme comme un individu « transculturel » contre des mouvances identitaires mortifères, entend puiser dans la totalité des corpus culturels de la planète, du moment qu’il en cite les origines. « C’est dans la rencontre entre des choses nouvelles que les frottements intéressants peuvent se produire. »

 

Partir dans un monde inventé

Et nous ? Que cherchons-nous dans le voyage ? Et qu’elle serait la chose la plus importante que nous emporterions dans notre valise ? Pour Kathleen Vance, le plus précieux est la nature. Dans ses Traveling Landscapes ont découvre des paysages miniatures à l’intérieur de malles plus ou moins anciennes. L’artiste grandit dans une ferme du Maryland aux États-Unis, mais déménage assez jeune à New York. Elle cherche alors à apporter un peu d’ouverture, de grands espaces dans cette zone urbaine. Construire ces petits mondes est son échappatoire. Elle raconte : « C'est un espace mental, imaginé. Certains paysages sont recréés d’après mon vécu, le souvenir d'une époque, ou tout simplement fantasmés, comme un endroit où nous aimerions aller, mais n'avons pas encore été. » Un voyage immobile entre « ce qui a été » et ce qui pourrait être, dans lequel nous embarque à son tour Mounir Ayache avec son simulateur de vol AV.roes. Debout devant son œuvre, il est accosté par une petite fille qui demande : « Ça sert à quoi au final ? » Il répond tout aussi franc : « À avoir la sensation de voyager sans partir de chez soi. » Ou quand le besoin primaire de se déplacer rejoint celui d’imaginer.

 

> Prendre la tangente, jusqu’au au 23 juillet au MAIF Social Club, Paris

Légendes 

Image 2 :  Emo de Medeiros, Vodunaut © Jean-Louis Carli MAIF

Image 3 : Kathleen Vance, Traveling Landscapes © Jean-Louis Carli MAIF

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