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La séance était notamment présentée par Andrea Paganini, délégué général du Centenaire, qui a rappelé que c’était la première fois qu’une production d’Afrique noire était sélectionnée par le festival Cannes à travers cette œuvre, le premier film nigérien et le seul de Jean Rouch à y avoir été programmé. Tournée caméra à l’épaule, en format 16mm couleur, gonflée en 35 mm en vue de sa diffusion en salle, cette magnifique épopée en costumes (la seule à notre connaissance parmi les 180 titres du cinéaste-ethnographe) réunissait une nombreuse figuration. La bande fut en grande partie improvisée par des villageois incarnant leurs ancêtres, de futurs réalisateurs ainsi que par l’acteur fétiche de Rouch déjà présent dans Moi un noir (1958), Damouré Zika. Le réalisateur-ethnologue suivit aussi les conseils de l’historien et homme politique Boubou Hama.

Babatu était un chef guerrier zarma particulièrement redouté en son temps (au XIXe siècle) qui conquit le Gurunsi, avant la colonisation de la région par les Européens. Il devait sa prospérité à l’annexion territoriale ainsi qu’au commerce des captifs. Le film a pour sous-titre Les Trois conseils, ceux en l’occurrence dispensés au cours de l’action par un sage que certains combattants suivent et d’autres non – ces derniers y laisseront des plumes. La mise en scène est spectaculaire, la production ayant convoqué les meilleurs cavaliers des villages environnants, avec leur monture sellée à l’ancienne. Elle a commandé de nombreux costumes aux teintes vives et fait fabriquer quantité d’arcs, d’épées et de lances. Des scènes du quotidien, très drôles, avec des dialogues spirituels et quelquefois aigrillards alternent avec les mouvements d’ensemble d’une troupe partie pour une guerre de sept ans. Le récit est donné à voir mais aussi à entendre, grâce au chant du griot le rythmant par intermittence et à la voix mélodieuse de Rouch traduisant les vers dépeignant la geste.

 

 

> Babatu, les trois conseils de Jean Rouch, 1976

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