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Dans le ciel de Paris, une comète trace une grande traînée blanche. Pendant ce temps au sol, des Parisiens s’affairent. Pour un podcast, une femme parcourt les rues de Belleville micro en main et interroge les passants : « Aimez-vous vivre ici ? Comment voyez-vous l’avenir ? » Plus loin, dans une salle de répétition, une comédienne et une metteuse en scène viennent de rompre mais s’efforcent de faire bonne figure devant le reste de leur troupe. Dans le XIXe arrondissement, un homme fraîchement sorti d’hôpital psy et son meilleur ami vont de bars en soirées, désœuvrés. Ailleurs encore, un jeune homme fauché rénove un appartement au black et flirte avec sa psy. Tous ces personnages se connaissent, sont d’anciens amants, se croisent au travail, se menacent ou s’aiment en secret. Au-dessus de ce nœud de destins, la boule de glace fend l’univers et diffuse une ambiance fiévreuse et poétique, de celles qui poussent à dire ce qu’on a sur le cœur dans la seconde. Selon un rythme bien à lui, le film passe de climax en climax, tissant sa trame avec des moments de vérité ou des déclarations d’amour. Comédie dramatique « alien », Comète propose également une méditation sur le métier d’acteur, le tout avec cet humour pince-sans-rire à la française et un scénario qui doit beaucoup au Melancholia de Lars von Trier. À cette légèreté répond toutefois une obsession plus sombre : pour la mort. L’une des comédiennes attend en secret un diagnostic du service oncologie de l’hôpital. Sur le trottoir, en hors champs, un personnage fantôme suit les autres et fixe la caméra. 

 



Comète d'Élie Wajeman




Pour dépeindre ce Paris surnaturel, Élie Wajeman opte pour une image naturaliste. Les plans sont dépouillés, les lumières soignées mais sans excentricité. C’est le difficile équilibre que tient le film : générer une autre version du réel, un poil plus extraordinaire et magique que d’habitude, à peine enchanté. C’est cette expérience liminale que traversent les comédiens enfermés dans cette salle de répétition, artistes acharnés en dépit de la précarité et des baisses de subventions. Leur mise en scène : un dîner qui n’en finit plus entre des personnages coincés dans une faille temporelle. Devant ces vraies-fausses répétitions, la caméra capture l’hésitation, les différentes versions d’un même dialogue, l’irruption des vraies jalousies et rancœurs, le grand foutoir de vérités et de mensonges que nécessite l’écriture collective d’un spectacle. Comète fait de la place pour tout ça et donne à voir la fabrication du réel comme de la fiction.

 

Si l’ode au métier de comédien est réussie, le long métrage manque toutefois de confiance. Le geste reste timide, les plans assez sages, même la colère des acteurs est rentrée, jamais vraiment exploitée. Et quid de la comète ? Comment l’image ne peut-elle pas être plus contaminée par cet objet spatial qui traverse l’atmosphère ? Pourquoi la faire disparaître du ciel noir par une nuit d’anniversaire, sans prévenir ? Pourquoi la catastrophe à venir – ou sa résolution – influence si peu le cours des choses ? Comète tient sur trois pieds : l’humour décalé de Vincent Macaigne, la mise en abyme du métier d’acteur, et une poésie surnaturelle. Si le dernier est un peu branlant, les deux premiers sont bien ancrés dans le sol, tout en gardant un œil sur le cosmos. 

 


Comète d’Élie Wajeman, en salle le 15 juillet


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