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On aurait bien aimé en voir deux heures de plus : c’est ce qu’on se dit après avoir vu la version courte – 3 h 30 tout de même – du deuxième long métrage de fiction de Pedro Pinho, Le Rire et le Couteau. Odyssée sur les frontières troubles du néocolonialisme, le film nous propulse dans l’intimité de Sérgio, ingénieur environnemental recruté par une ONG en Guinée-Bissau pour rédiger un rapport sur le tracé d’une route contestée. À peine arrivé, le trentenaire rencontre Diára, tenancière d’une buvette queer, flamboyante adepte de la débrouille, ainsi que son acolyte Guilherme, un Brésilien gender fluid à la recherche de ses racines en Afrique de l’Ouest. Le trio se forme, structuré par des rapports de désir et de pouvoir. Des boîtes de nuit de Bissau jusqu’aux derniers villages encore épargnés par le capitalisme, Sérgio mène sa barque, sans jamais échapper à ce qu’il représente – un homme blanc travaillant pour une ONG dans une ancienne colonie – ni aux rapports de domination Nord/Sud qu’il rejoue malgré lui. Séquence après séquence, Le Rire et le Couteau déploie sa charge politique dans les rapports les plus intimes : les quatre vérités d’une travailleuse du sexe dans un tripot en plein désert, les théories économiques d’un jeune homme d’affaires africain sur un dancefloor. Mimant le rythme de la vie, on entre dans le film comme dans une transe, pour tenter vainement de répondre à cette question : sera-t-on un jour lavé du sang de l’héritage colonial ? Au matin de la projection de la version longue, dans le cadre de Regards Satellite – festival transilien qui lui consacrait une rétrospective – le réalisateur portugais Pedro Pinho s’assoit à table, l’œil malicieux et la générosité débordante, pour retracer la genèse d’un périple entre douleur et réconfort.


Un entretien issu du numéro 129 de Mouvement



Comment vous êtes-vous retrouvé pour la première fois en Guinée-Bissau ?

 

J’avais entendu parler de la Mauritanie comme d’un lieu mythique, au milieu du désert. J’y ai tourné une partie de Bab Sebta (2008), mon documentaire sur les personnes qui attendent leur traversée vers l’Europe. Je suis tombé amoureux du pays, je me suis fait des amis. Après le film, j’y ai vécu pas mal de temps. Je retournais à Lisbonne faire de l’argent, et je rentrais en Mauritanie. J’emmenais des amis différents à ch

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