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Tout est affaire d’appropriation chez Glenn Ligon : les cahiers de coloriage des années 1960 et 1970 confiés à des enfants en 1996 et repris sous formes de peinture ; The Death of Tom, un film muet de 1903 réalisé d’après le roman Uncle Tom’s Cabin, rejoué plan par plan par Glenn Ligon qui en réinterprète les dernières scènes. Comme le film développé s'avère illisible suite à une erreur technique, l'artiste décide d’en projeter les images brouillées pour en faire comme à son habitude plus qu’une posture esthétique, une matière poétique de l’émancipation.

Double America, 2012 © GLENN LIGON

Courtesy de l’artiste ; Hauser & Wirth, New York ; Regen Projects, Los Angeles ; Thomas Dane Gallery, Londres & Chantal Crousel, Paris. Photo : Farzad Owrang

   


C’est son travail sur la langue, à la fois en tant qu’outil de pouvoir mais aussi d’affranchissement, qui fait la pertinence des œuvres, parfois littérales, de l’artiste new-yorkais. Glenn Ligon crée un art visuel plat comme en littérature on parle d’écriture plate. C’est ainsi qu’il utilise des formes d’apparences neutres et dépouillées, le plus souvent en noir et blanc, avec un grand soin dans la précision des mots qu’il choisit de mettre en scène, comme s’il voulait maintenir une distance objectivante à sa propre œuvre.  À l’exemple de la célèbre série de néons America qui sert d’entrée en matière à l’exposition. Là, dans une large typo ou chaque lettre est composée d’un unique néon, les caractères qui composent le mot America sont retournés, inversés, ou encore simplement parfois peints en noir pour que la polysémie d’un nom propre, à la fois toponyme, groupe de musique, revue, œuvre littéraire ou cinématographique devienne le rappel lumineux de l’immense zone de pouvoir de la première puissance mondiale mais surtout le lieu des jeux de la puissance de l’imaginaire. C’est aussi le cas pour Negro sunshine, un autre gigantesque néon qui emplit la quatrième salle du parcoursL’expression provient d’un recueil de nouvelles publié en 1909 par Gertrude Stein pour décrire le sourire d’un des personnages noirs. Grâce à l’ambivalence de son humour, l’œuvre rejoint l’une des hypothèses de l’origine du créole : une langue secrète que les personnes esclavagisées ont inventé avec l’une des seules armes à leur disposition, la dérision. Si l’on prend au sérieux l’aphorisme de Wittgenstein qui déclare qu’ « il faut parfois retirer de la langue une expression et la donner à nettoyer pour pouvoir ensuite la remettre en circulation », on comprend mieux l’usage citationnel des œuvres de l’artiste.


Debris Field (Red) #20, 2021 © GLENN LIGON

Courtesy de l’artiste ; Hauser & Wirth, New York ; Regen Projects, Los Angeles ; Thomas Dane Gallery, Londres & Chantal Crousel, Paris. Photo : Lewis Ronald


Cet art au scalpel, précis, délicat et cruel, c’est encore celui de l’immense toile qui retranscrit au complet Un étranger au village de James Baldwin. L’essai, publié en 1955, raconte l’installation de l’auteur dans un village en Suisse où pour la première fois les villageois voient un homme qui n’est pas blanc. Pour reprendre le texte, Glenn Ligon utilise des pochoirs et des bâtons d’huile noirs puis disperse de la poussière de charbon sur la toile. L’ensemble s’avère difficile à lire : l’artiste semble parler sa propre langue comme une langue étrangère. Une manière de se réapproprier la plasticité des mots que préconise la philosophe spécialiste de l’image Marie José Mondzain, dans son essai K comme colonie (La Fabrique éditions, 2020), pour se débarrasser de l’esprit colonialiste lequel, affirme-t-elle, appartient à l’imaginaire des colonisés mais surtout aux colonisateurs eux-mêmes. Et cela encore aujourd’hui. La « décolonisation des imaginaires » ne passe pas seulement par le rappel, la mise en lumière et la conscience de faits historiques enfouis dans les tiroirs des bibliothèques. Il s’agit encore de refuser la confiscation des mots et des images. Dans ce processus, l’art peut jouer un rôle important.



> Glenn Ligon, Post-Noir, jusqu’au 20 novembre au Carré d’Art, Nîmes

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