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Le domestique est le nouveau décor de la littérature contemporaine. Les drames sont familiaux, les enquêtes généalogiques, et chaque récit, un plaidoyer contre une violence larvée, indicible, qui serpente entre les générations. Si bien qu’il est difficile aujourd’hui de nier la réalité de l’inceste, du viol conjugal ou de la domination des parents sur les enfants. Si ce sont d’abord les mères qui ont pris la parole pour raconter la solitude, le corps qui n’est plus à soi et les pulsions infanticides, en cette rentrée littéraire, c’est aux filles de sortir du silence. Louise Chennevière publie Faire la peau pour dire adieu à cette socialite parisienne qui l’a élevée et utilisée. Un récit fiévreux qui fait écho à Autobiographie de mon corps de l’écrivaine flamande Lize Spit, traduit cette année. Elle y raconte une mère en fin de vie, peu aimante, passive et précaire, noyant sa mélancolie dans l’alcool. Depuis des réalités sociales très différentes, les deux textes dissèquent cette relation première. Peut-on s’émanciper de sa propre mère ? Dépasser la peur ancestrale qui tient une fille sous son emprise ? Que désirer après des décennies passées sous le joug d’un parent fusionnel ? Dans un même mouvement de retour sur soi, Louise Chennevière et Lize Spit font le récit d’un corps traversé par les épreuves, dont les organes dysfonctionnent et la peau s’enflamme, un corps revendiqué par la mère, dans une logique d’identification et de compétition volontiers délirante et incestuelle. De mère en fille, une tradition : la haine. « Je voulais la tuer, alors je me suis tuée », écrivait Sylvia Plath, au sujet de sa première tentative de suicide à 20 ans. Pour se sauver, Lize Spit et Louise Chennevière ont refusé l’héritage.


Un entretien extrait du numéro 131 de Mouvement

 

 

Autobiographie de mon corps raconte la mort d’une mère et le soulagement qui l’accompagne. Faire la peau s’ouvre sur le désir de voir sa mère mourir. Pourquoi renoncer au lien maternel est-il devenu vital pour vous ?

 

Lize Spit : J’avais besoin, avant qu’elle ne meure, de comprendre pourquoi ma mère me dégoûtait à ce point. Pour se libérer de sa mère, il faut construire un monde à soi et inventer un langage selon ses propres termes. C’est ce qu’on fait, Louise et moi. Ma mère allait mourir et Louise souhaitait couper les ponts avec la sienne. Dans son texte, elle lui dit : « Voilà comment j’ai vécu notre vie ensemble, comment j’ai survécu. C’est mon point de vue et si cela peut exister sur le papier, alors c’est aussi vrai. C’est ma réal

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