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Pièces d'identités est l'acte de naissance d'un geste littéraire et artistique. À l'instigation de Roland Fichet, auteur et directeur du théâtre de Folle Pensée, de jeunes auteurs africains vivant en Afrique et de jeunes auteurs français vivant en France ont écrit au cours de l'année 2003 une pièce d'identité. Une première salve de ces pièces a été montée en janvier 2004 à La Passerelle-Scène Nationale de Saint-Brieuc. Une seconde salve a été créée en Afrique de février à avril. Les spectacles qui sont présentés à Dijon sont le fruit du travail réalisé à Saint-Brieuc et en Afrique.
« Rencontres ». Les pièces courtes de ce spectacle sont issues de la commande d'écriture de Roland Fichet. Les auteurs, français et africains, ont trouvé là non seulement l'opportunité de faire entendre et voir leurs textes, mais aussi la possibilité d'un espace de travail et de rencontre. Je tiens à ce mot élimé de « rencontre » : il y a des processus de rencontre. Exemple : depuis décembre 2002 les jeunes auteurs français se réunissent régulièrement, tous les deux mois environ, à Saint-Brieuc, mais aussi à Rennes, pour partager leurs textes, écouter les cheminements intimes du travail de chacun. Il y a des courants dans ce laboratoire de formes : nous avons sévèrement discuté des questions de « fiction » et « d'autofiction », de récit, de théâtre. Nous faisons l'effort d'entendre comment les autres parlent du réel : nous posons sur la table nos techniques de fabrication de textes, nous mettons en commun nos problèmes de réel. Nous pensons qu'il est important que des gens se posent ensemble, de manière officielle, la question du réel et des mots. Les mots ont un poids que nous souhaitons éprouver ; les mots pèsent aussi leur poids de réel.
Parmi cette communauté de jeunes auteurs français se sont aussi affirmés des désirs de mise en scène. C'est un fait assez rare pour être souligné : Pièces d'identités permet à de jeunes metteurs en scène de construire, dans un espace institutionnel visible, un premier geste professionnel. Il en va de même pour les acteurs qui sont, pour la majorité, au début de leur carrière (quatre d'entre eux sont issus de la dernière promotion de l'école du Théâtre national de Bretagne à Rennes).
Rencontre aussi avec des esthétiques nigériennes, camerounaises, béninoises et congolaises brassant des questions telles que la bigamie (Alfred Dogbé dans A l'étroit) ou poussant la langue française dans un jeu de massacre acharné (Dieudonné Niangouna dans Balle à terre).
Là encore, dans la relation à l'Afrique il y a un processus de rencontre dans la durée. En plus des auteurs, qui sont venus à Saint-Brieuc en janvier en amont des représentations, des acteurs africains participent au projet, en France et en Afrique. Certains travaillent avec le théâtre de Folle Pensée depuis plus de deux ans. Certains connaissent presque aussi bien les collines de Yaoundé que les plages des Côtes d'Armor. Ce lien qui dure permet de faire du théâtre à long terme, un théâtre qui prend le temps de se coltiner des questions comme celle, par exemple, de la représentation de l'intime dans l'écriture et sur la scène. Voilà bien une question qui pèse son poids de réel à Niamey comme à Saint-Brieuc, une question qui pousse à des partis pris esthétiques coupants.
Il y a ces objets artistiques théâtraux repérables et délimités, ces « pièces d'identités », et il y a le terreau de ces créations, un projet franco-africain au long cours permettant l'éclosion d'identités artistiques en devenir. Le projet Pièces d'identités implique ces deux composantes.


Pièces d'identités au festival Frictions de Dijon, à l'Usine le vendredi 21 à 19h et le samedi 22 à 19h30.

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