Un entretien extrait du n°127 de Mouvement
Vous avez grandi dans une maison de Montevideo où le français apparaissait parfois sur la couverture d’un livre ou au détour d’une phrase, généralement pour exprimer une douleur enfouie. L’histoire de votre famille est liée à cette langue ?
Le français était la langue que mes sœurs parlaient avec ma mère dans des moments où je comprenais que je ne devais pas comprendre. Mes parents se sont rencontrés en France dans les années 1970, aux funérailles d’un autre exilé. Mon père habitait à Paris et faisait des études ; ma mère vivait dans un HLM à Nanterre avec son vieux mec pourri et faisait des jobs de merde. C’est mon père qui m’a raconté l’exil. Ma mère ne m’en a quasiment rien dit. Or dans tout ce que mon père raconte – la prison, la torture –, on dirait qu’il est parti en colonie de vacances. Quand il me parlait de la Fran

