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Cela faisait longtemps que l'on n’avait pas eu l'opportunité d'observer une somme aussi conséquente d'œuvres de Suzanne Lafont. La première fois, c'était en 1992, à la Galerie nationale du Jeu de paume, sous le commissariat d'Alfred Pacquement. C'était, en France, le début de la photographie d'exposition, de celle que l'on appellera la photographie plasticienne. On commençait à voir une photographie en grand format et en couleur qui échappait à son rôle documentaire ou publicitaire et devenait beaucoup plus imaginative. Dans ce cadre, Suzanne Lafont faisait figure de précurseur et l'exposition du Jeu de paume montrait des images très composées, très mises en scène ; beaucoup de portraits archétypaux, en couleur, sur fond noir, dans un style caravagesque. On y voyait aussi une série, de grands formats, noir et blanc, horizontaux ou verticaux juxtaposés qui formait une séquence nommés « L'argent ». Un hommage certain à la peinture classique mais aussi à la modernité et la radicalité de l'immense Robert Bresson. Ce cinéaste qui parvenait, à l'aide d'acteurs non professionnels, à créer une impression d'intemporalité grâce aux principes de neutralités dramatique et tonale.

C'est cette intemporalité que parvient à rendre parfaitement aujourd'hui encore l'œuvre éloquente de Suzanne Lafont. Une théâtralité photographiée que l'on peut rapprocher du cinéaste de Pickpocket mais aussi d'Alain Cavalier ; un puissant classicisme de la forme au service d'une grande expressivité narrative.

À Carré d'art de Nîmes, la très réussie exposition Situations, sous le commissariat de Jean-Marc Prévost, rassemble des œuvres anciennes et des travaux beaucoup plus récents dont certains réalisés pour l'occasion. En préambule, le hall contient deux grands formats photographiques en couleur sur fond noir d'un jeune homme debout, légèrement flouté, qui semble un performeur contemporain en attente de mouvement ;  il affirme l'intérêt permanent de l'artiste pour la figure de l'acteur. Lui succède, un diaporama, un abécédaire très immersif qui est pensé comme « la matrice de l'exposition » où sur un double écran, se succèdent 468 très grandes images, d'architectures, d'objets, de portraits, de silhouettes. Puis sur un peu moins de 1000 m2, un ensemble de salles développent des Situations. À l'aide de photographies, en plan rapproché, de figures ou d'objets pour la plupart légendés, les Situations sont des représentations d'actions performatives ou de documentations ; comme cette salle qui donne à voir les 225 premières pages photographiées d'un livre emblématique d'architecture contemporaine. Enfin l'exposition se clôt sur un espace impersonnel aménagé en salle de réunion. Rassemblant des plantes vertes, une horloge et des photographies de chaises, elle devient un lieu suffisamment énigmatique et indécis pour s’interpréter comme l'espace des possibles. L'espace performé où les corps de l'exposition, pourraient dialoguer avec le public mais aussi avec les différentes personnalités, David Lynch, Edgar Allan Poe, Charles Baudelaire ou encore Rem Koolhaas qui hantent le parcours.

 

Suzane Lafont, Situations, jusqu’au 26 avril au Carré d’art, Nîmes.

 

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