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À quoi peut bien penser ce garçon, allongé dans l’herbe, le regard perdu dans la brindille qu’il triture ? Le cou ceinturé par un casque audio, le portable posé sur le sol, il ressemble à n’importe quel jeune homme traînant ses heures creuses dans les parcs parisiens. Pourtant, il fait partie des 15 000 mineurs étrangers non accompagnés en France – un chiffre probablement sous-estimé. S’ils ne sont pas reconnus mineurs, ils ne sont pas pris en charge par l’aide sociale à l’enfance. Faute de foyers d’hébergement, sans papiers d’identité ni protection, ils sont laissés à la rue et demeurent des fantômes aux yeux des pouvoirs publics. Ils ne sont pas encore adultes et se sont déjà heurtés à toutes les violences – racistes, sociales, économiques, administratives, policières, politiques. Que reste-t-il de l’enfance lorsqu’on n’a plus d’existence légale et qu’il faut survivre dans un pays hostile aux exilé·es ?
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« Portés par une soif d’horizons nouveaux, Dieudonné, René, Diallo, Mohammed et Aissata ont un jour contemplé l’océan, fascinés par son infinité et la promesse d’un avenir plus grand. Face aux rues sans fin et aux murs silencieux, leurs rêves de gamins et de gamines s’effritent parfois. Pourtant, ils réinventent une manière d’espérer, portés par la conviction que leurs rêves ont encore droit de cité », écrit Florence Cuschieri. L’artiste franco-maltaise est partie en quête de cette part d’humanité oubliée et invisibilisée. Avec son appareil photo, elle a suivi ces adolescents dans leurs errances entre Paris et sa banlieue, redessinant la carte de la capitale au gré de leurs allers-retours entre les camps aux portes de la ville, les gares, les gymnases, les bibliothèques, les hôpitaux ou les tribunaux. Ses scènes de rue saisissent ces corps fragmentés et sans visage, appuyés contre une grille ou assis sur une fontaine. Les silhouettes débordent presque du cadre, comme si elles reprenaient le dessus sur la ville qui les avale. Les images tirées au charbon pigment indigo baignent dans une atmosphère fantastique propice aux songes. Une suspension du temps qui laisse divaguer l’esprit dans le fond d’un gobelet ou un quartier d’orange. Ses portraits en noir et blanc, en plans resserrés, fixent un menton juvénile, une bouche entrouverte, un regard impénétrable où l’innocence se mêle à la puissance. Un regard parmi des milliers qui porte en lui toute la dignité et les rêves que l’État français refuse aux déraciné·es.
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