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Édito


Un bus vers une bouche de métro, un dédale de couloirs, de tapis roulants et d’escalators. Quelques stations sous terre, une gare de correspondance, puis une seconde encore. Surface, profondeurs, surface ; aller-retour. C’est la réalité quotidienne de millions d’habitants de la métropole. Dix ans après le début de travaux
titanesques, un premier tronçon du Grand Paris Express – 200 kilomètres de rails en petite et grande couronne – sera finalement inauguré en octobre. Des trains sans conducteur lancés à 100 km/h relieront Paris-Saclay et son cluster de grandes écoles à la gare de Massy-Palaiseau. La ligne 18, « automatique, légère, connectée », promet « gain de temps et efficacité ». Le vocabulaire est connu : fluidifier, optimiser, connecter. Quand les urbanistes parlent du Grand Paris, il est toujours question de flux. Les lieux s’effacent derrière les liaisons, les existences se calent sur les trajets. La vitesse augmente, les distances s’estompent, mais une question demeure : comment habiter une ville que l’on ne fait que traverser ? Pour la neuvième et avant-dernière édition de Regards du Grand Paris, commande photographique portée par le Centre national des arts plastiques (Cnap) et les Ateliers Médicis, les six photographes lauréat·es prennent le contrepied de cette logique, avec une hypothèse : « La ville comme maison ». 


Sebastián Bruno s’arrête à Saint-Denis, zonant au long cours place des Victimes du 17 octobre 1961. Celles et ceux qui l’occupent n’habitent pas forcément la ville, mais aiment s'y arrêter après le travail. Mickaël Vis a choisi de retourner à Grigny, là où il a grandi, pour fouiller dans les archives municipales et reconstituer, au-delà des stigmates, la mémoire de l’une des villes les plus pauvres de France. Le projet de Jade Joannès est intramuros : elle est allée à la rencontre de locataires parisiennes de micro-logements, refuges de 9 m2, pour comprendre leurs stratégies d’adaptation entre le lit, la douche et l’évier. Juliette Fréchuret a choisi la vidéo pour raconter une femme hors du commun, Monique Hervo, qui a consacré douze ans de sa vie à la communauté algérienne du bidonville de la Folie, à Nanterre, dans les années 1960. Alain Nzuzi Polo a préféré tourner l’appareil vers lui-même pour une série de selfies par lesquels il s’affirme, en perruque et talons hauts. Des autoportraits libérateurs mis en abîme dans l’espace public. Enfin, Lucie Hodiesne Darras poursuit son travail sur le handicap, entamé avec son frère atteint d’autisme. Son objectif est braqué cette fois sur les nouvelles aires de jeu pour enfants, dites « inclusives », où la division persiste derrière les bonnes intentions. Six manières de ralentir, de dévier, d’habiter autrement. S’extraire du flux pour enfin regarder.


Jean-Roch de Logivière 


Sommaire


Mickaël Vis : Le serpent qui avalait les âmes

Jade Joannès : La ville, mode d’emploi

Sebastián Bruno : Saint-Denis, place de la gare

Juliette Fréchuret : Vivre à la folie

Lucie Hodiesne Darras : L’enfance hors-jeu

Alain Nzuzi Polo : Selfies rituels



Une coédition des Ateliers Médicis, du Centre national des arts plastiques et de Mouvement 

⇢ Lire le supplément

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