Rencontre avec Alice Pallot et Rebecca Topakian, deux artistes en résidences au Centre de la photographie de Mougins.
Édito
On exige aujourd’hui à peu près tout de l’artiste : créateur bien sûr, mais aussi commercial, influenceur et médiateur culturel. Être un couteau suisse pour survivre dans la jungle du marché. Les résidences sont nombreuses mais imposent thèmes, ateliers et restitutions en bonne et due forme. Dans ce paysage compétitif et calibré, rares sont les initiatives comme celle du Centre de la photographie de Mougins. Chaque année, un·e artiste de l’image est invité·e à explorer la région et à expérimenter, sans obligation de résultat. Sur les hauteurs de Cannes, l’un des endroits les plus ensoleillés de la métropole, au cœur du vieux village construit en escargot, cette résidence de six semaines vise à faire émerger un regard neuf.
Les photographes sont invité·es à se perdre dans ce morceau de Sud, creuset d’histoire et puits de biodiversité. Ils et elles y rencontrent des spécialistes du territoire — scientifiques, archivistes ou bergers. L’année dernière, Rebecca Topakian a arpenté les vallons en quête des spectres de la Résistance. Sous son objectif, prendre le maquis devient un geste contemplatif, un retrait du monde et un rapprochement avec le vivant. Une sorte d’ermitage. Dans sa série Iode, les arbres, les fleurs et les algues sont des témoins du passé. En 2026, Alice Pallot emprunte elle aussi le chemin du vivant et fouille la mémoire sédimentaire. Au contact d’archéologues dans le cadre de son projet Le sommeil des poissons, l’artiste photographie des fragments de squelettes de poisson et interroge notre rapport aux ressources halieutiques, et plus largement à la coexistence interspécifique.
Guidé·es par ces rencontres, les artistes passé·es par Mougins dévoilent les angles morts de la mythologie régionale et renouvellent l’imaginaire d’une Côte d’Azur tant de fois photographiée. Kaléidoscope de perspectives, ces points de vue inédits offrent à la ville un trésor : la possibilité de se voir autrement, et parfois même de se découvrir.
Marouane Bakhti
Sommaire
Alice Pallot, fouiller sous la carte postale
Rebecca Topakian, la fleur et le fusil

Une coédition du Centre de la photographie de Mougins et de Mouvement.
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