Une structure cubique en métal occupe le centre de la scène, support d’un réseau délicat de fils entremêlés. Divers objets du quotidien – plante, chaussures, livres – y sont suspendus, évoquant les débris d’un naufrage ou d’une maison quittée à la hâte. Sourire timide aux lèvres, Inbal Ben Haim nous accueille au plateau et confie une cordelette à un spectateur avant de s’élancer dans la sculpture. Parvenue entre les brins de coton, la circassienne cherche ses mouvements, voltige, rebondit ou danse. Peu à peu, la trame du tricot initial se dénoue et les spectateur·ices sont invités à en tirer les fils. D’abord contraints, les gestes de l’interprète se délient à mesure que le décor se défait. Est-ce là le récit d’une destruction ou d’une libération ?
Empruntant son nom au concept bouddhiste de « non-éternité », Anitya – l’impermanence se présente comme « une invitation à partager un moment d’effritement ». Ben Haim ajoute un angle politique à cette exploration formelle, faisant référence à l’état d’un monde engagé dans des processus de destruction, et plus particulièrement au conflit toujours en cours à Gaza. Un sujet brûlant pour cette artiste israélienne ouvertement opposée à l’occupation du territoire palestinien. Mais si le désir de questionner notre responsabilité collective est des plus louables, la pièce s’empêtre parfois dans une dramaturgie trop littérale. Au mitan du spectacle, des objets s’écrasent au sol dans un fracas attendu ; ailleurs, la performeuse s’affaire dans un décor-ville en morceaux. Des scènes dont les ressorts narratifs guère subtils éclipsent les moments de voltige, ratant la ligne où le geste suffit à faire sens.
Pourtant, on le sait, l’enjeu est de taille : comment reconstruire après le chaos ? C’est à la suite d’une blessure qu’Inbal Ben Haim a eu l’idée d’utiliser une corde tricotée : pendant sa rééducation, des fils secondaires lui offraient un partage de poids dans l’exercice de son agrès. L’artiste étend ce rhizome à ses spectateur·ices, leur confiant le soin de tenir les cordes sur lesquelles elle évolue. Le dispositif engendre de précieux moments en suspens : la concentration se lit sur les visages lorsque, arrivés au bout du fil, les participant·es comprennent que leur geste pourrait faire tomber un objet sur la performeuse. Cette implication du public, la circassienne la sollicite avec une délicatesse qui signe la réussite du projet. Ici, on se tient, on détruit ou on construit ensemble, tout en partageant le poids, la tension et l’attention. Et c’est là que se tissent les prémices d’une expérience commune qui n’a besoin de rien d’autre pour se produire. Un jeu d’interdépendances, de partage et de responsabilité collective, loin des démonstrations attendues.
Anitya - l’impermanence d’Inbal Ben Haim a été présenté dans le cadre de l’Entre2 BIAC à Archaos, Marseille
⇢ les 25 et 26 février au TMG, Grenoble
⇢ les 10 et 11 mars au Grand R, La Roche-sur-Yon
⇢ le 14 mars au Moulin du Roc, Niort
⇢ du 19 au 21 mars au Théâtre d'Orléans
⇢ du 25 au 28 mars dans le cadre du Festival Transforme aux Subs, Lyon
⇢ les 1er et 2 avril dans le cadre du Festival Spring au Centre culturel Bourvil, Franqueville-Saint-Pierre
⇢ du 28 au 30 mai au Théâtre de la Cité internationale, Paris
⇢ du 3 au 5 juin dans le cadre du Festival Transforme au TNB, Rennes
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