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Banquet de caca, performance boulimique ou déclaration d’amour anthropophage : pour rendre compte des implicites qui parasitent nos relations, Rébecca Chaillon n’hésite pas à mettre les petits plats dans les grands. Après la fresque chorale Carte Noire nommée désir, où son auto-dérision décape toutes les formes de misogynoir, la création Plutôt vomir que faillir réalise un nouveau tour de force : nous faire regretter nos années collège. On voudrait avoir 15 ans. Voir la pièce après les cours et en sortir avec le sentiment rare d'être compris. Sur scène, quatre comédien.ne.s racontent les affres de l'âge ingrat. Au temps des corps qui se métamorphosent, le malaise est profond pour les ados de la Gen Z, comme il l’était pour la millennial Rébecca Chaillon.


Pour décor, une assiette monumentale et des couverts géants qui transforment les quatre performers en lilliputiens. De quoi se sentir minuscule dans le monde des grands. Au milieu de la scène, une cuvette de toilettes. Tout droit sorti d’un dessin animé, le quatuor haut en couleur enchaîne les déboires. Chara transpire des litres, Mélodie se trouve hirsute, Anthony aime les garçons et Zakary fait plus blanc qu’arabe. Autour d’eux, tout suscite le réflexe nauséeux. La nourriture, source métaphorique inépuisable pour Rébecca Chaillon, est partout. Dans Plutôt vomir que faillir, on recrache la moutarde par le nez et on mange les petit-pois à même le sol. Ambiance réfectoire, odeur de purée Mousseline. Comme un affront aux « adultosaures », les jeunes comédien.ne.s font de la régurgitation un outil d’émancipation. Durant 1h40, iels récusent les injonctions parentales, les canons de beauté irréalistes et les identités préfabriquées. La norme ? Plutôt vomir.


Maux d’enfants

 

À tour de rôle, les performeurs tentent leur autoportrait. Du simple témoignage à l’envolée lyrique, s’exposer devient cathartique. Pour protéger ses jeunes interprètes de tout voyeurisme, Rébecca Chaillon invente une pléthore de dispositifs narratifs. Anthony, par exemple, préfère raconter son coming-out en doublant un extrait du célèbre anime One Piece. Noir et gay, c’est plus facile à dire avec une voix de dessin animé. Quand l’émotion est trop forte, la réalité trop proche, l’auteure vole à la rescousse. Sa langue reparaît, ses mots se font incantatoires et pleins d’astuces. Aucun interprète ne semble malmené, le théâtre se charge de ce qui ne peut pas être confessé.


Pour cet exercice autobiographique, le digital est partout. On entre en 2023 après tout. La petite troupe chronique, en live, ses déconvenues les plus gore à l’aide d’un téléphone portable, en même temps qu’elle exhume conversations Messenger et covers Youtube. Avec ou sans filtre, la même question taraude les interprètes : « Qui suis-je ? » Épuisé.es par cette quête, les quatre comédien.nes se retrouvent autour de la cuvette pour partager des ChocapicLes un.es après les autres, iels tentent de définir leur petite troupe. Algérien, guyanaise, gay, scorpion ou non binaire… La liste est longue, et la conclusion formidable : aucun de ces costumes étriqués ne leur convient. Plutôt vomir que faillir préfère les fins ouvertes et les identités en mouvement.


> Plutôt vomir que faillir de Rébecca Chaillon, du 24 au 26 mai dans le cadre de Théâtre en mai au Théâtre Dijon Bourgogne