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Un paysage de montagnes enneigées, un tas de détritus, une bande de fantômes. Difficile d'identifier ce qui prend forme sous nos yeux alors que la lumière éclaire doucement le plateau. Les mouvements sont lents, presque imperceptibles, le silence est total. Puis, sous les amas de tissus, de vêtements et de plastique, des visages émergent enfin. Une première frontière est franchie, celle séparant le monde des vivants et des choses. D’autres le seront bientôt.

 

Un interprète se détache du groupe, emportant avec lui le plastique sous lequel il se cachait. L’imposante toile – une immense bâche de plusieurs mètres de long – creuse une rivière sur le plateau : un Styx charriant les souvenirs de vies passées. Le groupe s’y accroche, y pêchent tantôt un poupon – pour le bercer –, tantôt un linge – pour le rejeter dans les flots. Tout une iconographie se mobilise alors : Le Radeau de la méduse de Géricault, La Grande Vague de Kanagawa. Un baiser volé entre deux danseurs rappelle la série photo des Farewell kiss de l’Américain Alfred Eisenstaedt. Cet espace impalpable, jonction des univers, du fictionnel et du réel, de l’immobile et du mouvant : c’est là que nous dépose Borda. Comment alors ne pas se noyer dans ce tourbillon d’images ? En s’accrochant au collectif, répond la chorégraphe.

 

Borda aurait pu s’arrêter sur cette vision : ses neuf interprètes, collés les uns aux autres, rescapés de quelque tempête. Mais une énième frontière – celle de trop ? – est franchie. Entre les guenilles, des baluchons de vêtements d’un autre genre attendent leur tour. Les enceintes crachent un son dansant, couleurs, paillettes et sequins surgissent : l’humeur est maintenant à la fête. Les mouvements jusqu’ici abstraits, presque organiques, cèdent la place à une chorégraphie plus littérale. Cette seconde partie, dont l’énergie contraste avec les premiers tableaux, en efface le souvenir. Après avoir assumé l’abstraction, Lia Rodrigues rebrousse chemin. Serait-ce par peur d’en avoir trop fait ? Ou de lasser son public ? Toujours est-il que ce final sonne comme une récompense : donner aux spectateurs ce que la chorégraphe suppose qu’iels étaient venus chercher – du divertissement, donc. Ce sont pourtant bien ses premières images qu’on retiendra de Borda : ses visages expressifs, l’urgence des regards, qui disent plus que n’importe quel tableau festif. 

 


Borda de Lia Rodrigues a été présenté du 12 au 17 septembre dans le cadre du Festival d’Automne au CENTQUATRE, Paris


⇢ les 2 et 3 octobre dans le cadre de la Biennale de la danse de Lyon à la Comédie de Valence

⇢ les 6 et 7 décembre dans le cadre de la Biennale de la danse de Lyon à la Comédie de Clermont-Ferrand

⇢ les 22 et 23 janvier dans le cadre du festival Trajectoires au Lieu Unique, Nantes

⇢ du 4 au 6 février au théâtre Garonne, Toulouse


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