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Dans son titre déjà, Border Dance pose la notion de frontière, de délimitation. À la croisée des styles et des générations, la nouvelle pièce de Taoufiq Izeddiou lie six artistes professionnels à neuf amateurs le temps d’une cérémonie gnawa revisitée – une communauté qui trouve son origine dans les populations esclavagisées d’Afrique subsaharienne déportées au Maroc. Pour transposer cette culture sur le plateau de danse, le chorégraphe marocain raconte une histoire individuelle au cœur d’une histoire collective. Au gré des mouvements, une dissonance fait surface : l’inégalité entre ces corps qui interprètent les mêmes gestes malgré leurs différences. Flamenco, danse contemporaine, morceaux de classique, électro : Taoufiq Izeddiou se nourrit de cette diversité pour hybrider cette culture ancestrale avec le temps présent. 

 

Devant des pièces de tissu coloré suspendues, la chorégraphie donne d’abord la sensation d’un évitement de la rencontre. Tout se joue dans les regards rassurants que les interprètes s’adressent. Lancinant, le spectacle évolue par boucles, en circonvolutions, allant du mécanique au spirituel, jusqu’à instaurer une transe au plateau. De ce geste amateur, curieux, spontané, décomplexé face au public, naît une véritable maîtrise chorégraphique et un état de liesse.

 

Un interprète aux yeux bandés s’approche du public. Il tient un morceau de tissu. Les autres danseurs, immobiles, se laissent entraîner tour à tour dans sa trajectoire et son élan. Cette mise en mouvement devient une véritable mise en vie. Un défilé s’élance sur cette bordure de plateau, exposant les tissus présentés en ouverture. Ce jeu de va-et-vient linéaire s’accompagne d’une présence spectrale, qui semble être celle du chorégraphe marocain, plongée dans l’obscurité. En filigrane, deux motifs reviennent toujours : les cœurs battants et les corps suants. 

 

Taoufiq Izeddiou a fait de l’invitation et de l’adresse au public sa signature. Ses interprètes tapent du pied, tendent la main, comme une poignée fraternelle, un pacte d’amitié. Le spectateur s’immisce même dans les rouages de la représentation qui s’achève sur la mise en scène de répétitions informelles de ce tableau final : les interprètes en ligne partent de la frontière en fond de scène et traversent le plateau jusqu’à l’extrême limite qui les sépare du public. Plusieurs fois, le groupe reprend ce même motif, simulant une erreur de l’un·e des danseur·euses ou un commentaire d’un autre. Et c’est dans cette répétition, dans cette appréciation du geste individuel que s’affirme la puissance du collectif. 

 


Border Dance de Taoufiq Izeddiou a été présenté les 26 et 27 juin dans le cadre du Festival de Marseille à la Criée

 

⇢ du 22 au 24 avril au Carreau du Temple, Paris 


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