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Un plan de travail, une grande desserte, et Daniele De Michele qui coupe pieusement des condiments. Dès l’ouverture, nous voici spectateur·rices de sa cuisine intérieure, hantée par la nostalgie du génie culinaire de sa grand-mère « Nonna ». La dramaturgie de la pièce se construit autour d’un plat : la Pasta al sugo con le polpette, des tagliatelles faites à la main avec une sauce tomate maison, une recette qui servira de prétexte à une étude anthropologique de la cuisine italienne. Cette scène inaugurale entre en dialogue avec des images documentaires tournées dans le Salento et projetées en fond. S’y raconte l’exil, ponctué d’anecdotes amusantes, comme les tentatives de faire passer des litres de sauce tomate à la frontière, déjouées par la douane d’avant l’Union européenne. Au fil du tournage, Daniele De Michele rencontre ceux et celles qui n’ont pas besoin d’écrire les recettes pour maintenir le patrimoine vivant. Se donne à voir toute la précision du geste, de l’habitude, comme un rituel. Le corps est sensible et sait les choses au-delà des machines.

 

Le passé fasciste, la modernité destructrice et les stratégies de résistance se devinent dans ces portraits culinaires. On y voit un paysan âgé, depuis décédé, qui fabrique son fromage et tente de le faire tenir debout, tant bien que mal. Ernesto De Martino, anthropologue italien qui fut l’une des inspirations du spectacle, ne s’y trompait pas lorsqu’il consacrait ses derniers travaux aux apocalypses culturelles – rassemblés dans l’ouvrage posthume La Fin du monde. Le cònsolo, du nom du repas qu’on offre aux familles endeuillées dans le sud de l’Italie, nous est offert comme si nous étions nous-mêmes en train de pleurer un monde qui disparaît sous nos yeux.

 

Cette mise en scène de l’intime s’ouvre dans un second mouvement lorsque l’artiste vient faire goûter quelques extraits de sa préparation aux spectateur·ices les plus attentif·ves. Le public est au plus près des marmites qui fument et des planches à découper, filmées en gros plans et projetées sur le même écran que les images d’archives. Lieu de transmission par excellence, la cuisine de Daniele nous parle et nous éblouit avec quelques effets de style enfarinés. Tel un prestidigitateur, son art de presque rien est sublimé par une chorégraphie de gestes efficaces. Les doigts frôlant le couteau, Daniele retrace avec une grande maîtrise bien plus que des histoires de cuisine. Pasta al sugo con le polpette, comme une offrande d’un monde qui n’a pas fini de mourir.

 


nsolo de Daniele De Michele & Julien Cassier a été présenté du 13 au 21 juillet dans le cadre du Festival Off d’Avignon à la Manufacture

 

⇢ les 21 et 22 novembre dans le cadre du festival OVNI au Théâtre 71, Malakoff

 

 

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